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 HAUTE-BIGORRE 1850-1950

La  pauvreté du sol, la modestie des exploitations et leurs difficultés de gestion en haute montagne, la pérennité de méthodes archaïques, le tout baignant dans une rudesse climatique, avaient engendré le droit d’ainesse, tant pour les hommes que pour les femmes. Les cadets,  en majorité étaient obligés de partir, soit dans l’armée, les ordres ecclésiastique ou dans la création d’écarts où ils édifièrent de toute pièce des activités nécessitant peu de terre privée, comme celles de chevriers. C’est dans ces conditions drastiques, que furent évitées nombre de famines.

En revanche, vers le milieu du XIXe siècle, la suppression du droit d’ainesse s’imposant petit à petit,  obligea nombre de paysans à émigrer vers des cieux plus cléments, à l’étranger ou dans des zones périphériques, les parts d’héritage ne permettant pas de vivre décemment. Lire Les corneilles blanches de Robert Arnaut.  A cela, s’ajouta nombre de désertions vers l’étranger, suite aux tirages des mauvais numéros et en 1916, en pleine guerre.

1-Vers les Amériques

L’initiative des migrations de l’Europe vers l’Amérique latine a pour origine la prise de décision du président de la Confédréation argentine, Jose de Urquiza. Vu le besoin de main-d’œuvre de son pays, il chargea Samuel Fisher Lafone, aux ancêtres protestants d’origine béarnaise d’organiser cette démarche. Ce dernier envoya en Europe des recruteurs, essentiellement dans le Sud-Ouest : Béarn, Bigorre et Pays basque, auprès « des hommes sans terre pour des terres sans hommes » L’Argentine et le Chili attentive à l’expérience de leur voisin se lancèrent à leur tour dans la recherche de « Grands Bérets » Bordeaux, Bayonne, Saint-Sébastien devinrent les ports de l’émigration et des retours au pays pour ceux qui n’y trouvèrent pas leur bonheur.
C’est surtout vers la fin du second Empire que les départs furent les plus nombreux. Le développement des transatlantiques au départ de Bordeaux, multiplia dès 1855, et surtout en 1860,  les trajets vers l’Amérique latine. Ceci, grâce à ces deux sociétés : la Messagerie Impériale et la Société Générale Transatlantique.
De plus des recruteurs arpentaient la région, à la recherche de main-d’œuvre agricole, comme François Issaby, pour l’édification de colonies agricoles

Grâce aux archives départementales, nous savons que ce ne sont pas les îles à sucre comme au XVIIIe siècle qui attitrèrent les candidats au départ, mais l’Amérique latine. En premier, c’est l’Argentine avec Buenos Aires qui fut la principale destination. Les demandes de passeport mentionnaient généralement : « pour faire une aisance ». Si les Basco-Béarnais tenaient le haut du pavé avec près de 100 000 départs, les Bigourdans représentèrent  environ 25 000 départs durant le XIXe siècle (chiffres ABAU)

La première région à se vider fut le Val d’Azun avec Arrens et Marsous. Sans activité industrielle, avec des territoires très pentus et hauts perchés, ses habitants furent les premiers à émigrer. De 1836 à 1936, la ville a perdu 55 % de sa population (1), passant de 1123 à 506 habitants ; et bien plus pour toute la vallée. L’année  1872, fut le marqueur de l’hémorragie qui s’annonçait. Buenos Aires fut suivi par Montevideo, Pernambouc, Corrientes et Chaco (colonies agricoles) et la Nouvelle Orléans (2). Puis l’Uruguay. Les insoumis des environs d’Aucun, partirent en Californie à San Francisco pour devenir blanchisseur (ref ABAU).
Un exemple d’une famille d’Arrens-Marsous : les Cazanobe.
http://www.emigration64.org/2020/06/cazanobe-dominique/ 
L’association locale La Balaguère organise des randonnées en Argentine.

                                                                  émigrés

Association 3A d’Arrens
En commémoration de son passé ponctué par ces nombreux départs de ses habitants, pour des terres lointaines en vue d’une vie meilleures,  Arrens-Marsous a créé en janvier 2018, une association d’accueil de migrants : Association Accueil Azun ou 3A. Elle agit dans le cadre d’un accueil digne et inconditionnel des personnes ayant fui leur pays et pour la protection, l’éducation, la formation, les loisirs des jeunes mineurs non accompagnés.
Elle fait partie du Réseau Éducation Sans Frontière des Hautes Pyrénées. Ses actions sont étroitement liées à celles de la CIMADE 65. Elle soutient les personnes qui hébergent et/ou protègent celles ou ceux en situation de vulnérabilité ou de minorité d’âge.
A été également créé un  dispositif d’accueil d’une famille de réfugiés ayant obtenu son droit d’asile, sur le village d’Arrens-Marsous, de son hébergement à l’accompagnement vers son autonomie sociale et économique. Sources page de 3A. http://accueilazun.com/

                           Cazanobe

                                     Famille Cazanobe d'Arrens, photo, blog de la famille

Un second exemple du Val d'Azun à Bun, la famille Marseillan.

Dans le village de Bun comme dans toute la Haute-Bigorre, être cadet n’était pas une sinécure. Soit on restait à la ferme comme valet de son aîné soit on la quittait pour créer un écart, élever des chèvres, ou encore devenir curé ou partir à l’armée.

Nous avons vu que les politiques d’accueil de l’Argentine fin du XIXe siècle, pour de nouveaux arrivants et la multiplication de transatlantiques reliant Bordeaux ou le Havre à Buenos Aires et Montevideo, développa le départ pour les Amériques  chez les amateurs d’aventures. Ainsi à Bun, l’un des cadets de la famille Marseillan, Paulin, dispensé du service militaire franchit le pas en partant en 1883 pour Buenos-Aires. Il fut suivi en 1885, par son frère Hippolyte, avec le Ville de Pernambouco des Messageries maritimes (1), une fois, à 25 ans, le service militaire terminé. Bergers avec un certain bagage culturel grâce au collège des frères de Garaison installé à Poueylaün, ils commencèrent à travailler dans des fermes. Puis Hippolyte très économe et travailleur réussit à acheter une petite bergerie avec quelques centaines d’hectares. Devenu el señor  Francisco Hipólito, après un mariage avec une pyrénéenne, il fonda une famille et obtint  des crédits importants proposés par le gouvernement. Ce qui lui permit grâce aussi à son opiniâtré dans son travail,  d’acheter en 1900, l’Estancia La Florida avec ses 4 000 hectares de terres agricoles ! Ses sept enfants suivront des études en Europe et Francisco reviendra avec son épouse à plusieurs reprises dans le village de son enfance. Son petit-fils, Luis Medus Marseillan installé à Bahia Blanca suivra son exemple en venant en juillet 2011 rendre visite à la terre de ses ancêtres et à ses petits cousins de Bun.

(1) Le Pernambouco lancé en janvier 1882, inaugurait la liaison Le Havre-Montevideo. Pourquoi Hippolyte n’a-t-il  pas pris le bateau à Bordeaux plus proche ? Nous l’ignorons.

vpernambouc5 Le Pernambouco. Photo Messagerie maritime

(1) Le Pernambouco lancé en janvier 1882, inaugurait la liaison La Havre-Montevideo. Pourquoi Hyppolite n’a-t-il  pas pris le bateau à Bordeaux plus proche, nous l’ignorons.

                                              Marseillan 2

À Bun, entre M. Le maire B. Pelhuet et J.-P. Abadie, président de l'ABAU, Emila et Ferande Marseillan avec leurs cousins de Bigorre. Photo La Dépêche du 28 02 2011.

- La zone de Pierrefitte-Nestalas grâce à ses activités industrielles naissantes a eu une émigration restreinte, surtout dirigée  de 1914 à 1929 vers la Norvège, suite à la venue des Norvégiens pour la fabrication entre autres d’ammoniac et d’acide nitrique.
À Cauterets, malgré la création de la station thermale, mais à la saisonnalité trop courte, l’émigration fut dominante à partir de 1881, mais elle fut  surtout dirigée vers les départements voisins.

- Quant à la vallée d’Argelès, malgré l’instauration de la station thermale en 1885, la venue d’étrangers pour les chantiers d’hydroélectricité et du chemin de fer (près de 600) la balance de l’émigration resta positive (excédent de l’émigration sur l’immigration), ces immigrés essentiellement Espagnols, Nord Africains et même Polonais, repartant au pays, à la fin des chantiers.
- Pour le Pays toy,  un simple regard sur le tableau de sa population montre que l’hémorragie a commencé très tôt comme dans le val d’Azun. De 1836 à 1936 la population est passée de 2678 habitants à 1138 ! Soit une perte de 58 % de la population ; avec là aussi une remontée  provisoire après-guerre, due aux nombreux chantiers de barrages et d’usines d’hydroélectricité. Nous pouvons préciser que pour le canton de Luz, entre le 27avril 1872 et le 26 avril 1875, 39 personnes ont quitté le pays (4). Sur ces 39 personnes, 27 ont émigré en France, 12 hors de France avec 9 en Amérique latine. C'est Sers qui a fourni le plus gros contingent, avec la famille Penette, dont Sophie, Claire, Laurent et Etienne.  Sont également parti du même village pour l'Argentine, Laurent Crampe et Marc Subercazes.  Nous savons, par un article de Jeannette Legendre dans le bulletin de la SESV de 2012 p169 à 172, qu'Etienne Penette, installé à Nueve de Julio, comme boulanger en prenant la succession du boulanger Ferran. suivra avec La boulangerie française Etienne Penette, l'évolution économique et l'avancée du chemin de fer du pays en s'installant en 1883,  dans la ville nouvelle appelée  Dennehy. Devenu notable avec son épouse basque et ses 10 enfants, une rue Esteban Penette lui a été dédiée. Claire, qui revint en France dans son village prolongea le nom de la famille. Et c'est à l'occasion de la venue en 2012, de la petite-fille d'Etienne, Ana Penette, qu'une cousinade a été organisée à la salle communale du village. 

                                        Famille Penette

                                              La cousinade à Sers en février 2012. Photo La Dépêche, 2012

- Pour Betharram
Parmi les groupes qui ont engagé de nombreux liens avec l’Argentine et l’Uruguay il y a les pères du Sacré Coeur de jésus de Bétharram. Située en lisière de la Bigorre, leur congrégation, fondée par Michel Garricoïts (saint) en 1832, a envoyé nombre de missionnaires, non seulement en Chine, mais aussi dans ces deux pays pour fonder des collèges. C’est ainsi que l’un des leurs, Jean-Baptiste Laborde Tounedou ancien directeur et professeur du Collège San Jose de Buenos Aires de 1872 à 1922, revenu sur la terre de ses ancêtres à sa pierre tombale dans le cimetière du Calvaire de Bétharram. Elle est recouverte par une plaque commémorative offerte par ses élèves.
Juste retour des choses, c'est maintenant un Argentin qui dirige depuis 2017, la maison de Bétharram, le père Gustavo Agin.

plaque argentine 

Gisèle Lesenne, dans sa thèse (1) a constaté que de 1851 à 1946, 19 communes de la région ont enregistré une émigration positive de 5 500 personnes. Ce sont les zones rurales et de haute montagne qui ont été les plus touchées. Aux nombreuses statistiques données  par cette chercheuse, il faut ajouter les hécatombes des deux dernières guerres, surtout celle de 1914-18, pour comprendre l’ampleur de la dépopulation de nos montagnes.

Ce dépeuplement n’a pas été influencé par les taux de mortalité, qui très souvent étaient inférieurs aux taux de natalité (3). Les familles nombreuses restant encore la marque sociale de la Haute-Bigorre.
En 2003, a été fondée à Séméac, l’ABAU ou association Bigorre -Argentine –Uruguay dont lee siège actuel est à Uglas 65300 : pour plus de détails : https://www.abau65.fr/immigration-bigourdane. Cofondateur Robert Vié. Une revue, Partir de l'association AME retrace la vie de ces familles outre Atlantique. Son adresse :   http://ame.memoire-emigration.org/Elle est en vente, entre autres, au Centre Leclerc de Lourdes.

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Un Bigourdan célèbre Isidore Ducasse,  dont le père instituteur en Bigorre a émigré en Uruguay en 1839. Il a son banc d’élève au Lycée Théophile de Tarbes, alors Lycée impérial.

(1) 70 % dans la thèse de Gisèle Lesenne. Le dépeuplement des vallées d'Argelès, d'Azun et de Cauterets, revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest ; tome 27, fascicule 2, 1956. pp.135-160
(2) La remontée ponctuelle  après-guerre (1946) tient aux chantiers d'hydroélectricité
(3)À l’exception de Cauterets. Giselle Lesenne, page 138
(4) ADHP 3Q 2505 et 2506

PS : un lien Google intéressant : Descendientes de franceses en Argentina

 Témoignages

Correspondances FacebookElisa Masanaba Papa est parti aux États-Unis avec ses 2 frères. Son frère est resté 8 ans dans le Wyoming comme berger. Il est resté seul durant ses années, juste ravitaillement une fois par mois. Il a même appris l'anglais sur des livres. Papa et son autre frère étaient à San Francisco, jardinier. Mon oncle est resté 52 ans, papa 9 ans. C'était dans les années 1955. Novembre 1963 pour papa. Ils ont un passé riche d'histoire et une vie bien remplie.

Témoignage italien permettant d'avoir une idée sur la vie des migrants :
Témoignage poignant d'un émigré quittant à 14 ans, avec son frère 12 ans et demi, sa terre natale ingrate pour un avenir meilleur : rêve de nombreux paysans du sud de l'Europe fuyant la misère et la famine. Ici ce sont des Italiens (1) répondant à des appels d'intermédiaires pour remettre en valeur les terres désertifiées de France, conséquence néfaste de la Grande guerre. Au même moment, les Haut-Bigourdans quittaient leur ferme pour une aventure américaine. Même schéma sur la pauvreté des bagages, la difficulté de l'implantation : langue, coutumes, le recrutement… que nous retrouvons chez tous les candidats du monde paysan à l’ « exil » à cette époque du début du XXe siècle.

                                            comandu 5 001

                                       Exemple concret d'une famille d'émigrés d'origine paysanne 

« Nous sommes en 1923, à Villanova Solaro (Piémont-Italie). J’ai quatorze ans, mon frère Jacques, douze et demi et mes quatre sœurs nous suivent de pas très loin. Mes parents et mon grand-père paternel nous entourent, nous formons une grande famille de neuf personnes vivant sur une petite ferme de sept hectares. Nous y cultivons le blé et le maïs, destinés à nourrir nos six vaches. Je n’oublie pas l’occupation principale de mon grand-père Magne lui aussi. Il cultive le chanvre et confectionne les cordes durant l’hiver.
Il y a bien du travail pour tos dans notre région, mais les bruits courent dans la campagne et nous apprenons qu’en quittant le Piémont, nous pourrons cultiver vingt à trente hectares… Alors, au cas où nos sept hectares deviendraient un peu insuffisants, nous suivons le wagon, accompagnés de nombreux  voisins, direction la France.

30 août 1923
C’est aujourd’hui la fête au village. Cela ne nous empêche pas de prendre le train à quatre heures du matin en n’ayant qu’une vague idée du lieu de destination. Les bagages ne nous encombrent pas : deux simples malles de bois nous accompagnent.
Nous arrivons à Muret, près de Toulouse où nous sommes hébergés par le « médiateur » ui nous prend en charge moyennant la somme de cinq cents francs. Il a pour mission de nous conduire à une ferme avant de percevoir de nouveau cinq cents francs, cette fois de la part du propriétaire. Nous sommes si mal logés que nous ne pourrons que découvrir mieux… La tactique de médiateur est rusée. Finalement nous aboutissons de Muret à Foulayronnes au lieu-dit « Cantou »
Je réagis aussitôt auprès de mon père à la vue de cette ferme de trente hectares : « Moi je ne resterai pas ici ». En effet, les terres sont arides et entièrement en friche, à tel point que sous ma pression, mon père se décide à repartir en quête d’un paradis meilleur.
Nous repartons dans la région toulousaine, accompagné du médiateur à « Lizac », qui se révèle dans un état pire que « Cantou» où nous nous résignons à retourner définitivement. La désolation m’envahit à la vue de l’état de « Cantou », mais l’heure est à la volonté et au courage.

Septembre 1923
Nous avons tout juste le temps de nous installer que mes parents doivent revenir en Italie, afin de terminer les récoltes en cours. Nous sommes seuls- quatorze ans et douze ans et  demi- ne parlant pas un mot de français.
Notre patrimoine est mince :
Les deux malles en bois
Une table généreusement donnée par le propriétaire de la ferme (une sœur de la Miséricorde)
De la paille qui servira de couchage.
Papa nous a laissé l’argent nécessaire que nous saurons préserver avec soin.
Les premiers repas sont simples et peu variés, voire uniques : figues et soupe à base de café.
Nous apprenons vite :
- à appréhender les distances : au troisième jour, je demande à Jacques d’aller chercher du pain à midi…Il reviendra à quatre heures de l’après-midi,
- à découvrir les produits locaux : croyant rapporter l’huile  utile aux premières cuissons, nous manquons incendier la maison avec l’armagnac en feu…
- à appréhender la langue grâce à un vieux fabricant de barriques qui nous invitait chaque soir. Ce fut l’affaire de quatre à cinq mois d’apprentissage seulement.
- à découvrir le sens de l'économie en décidant de conserver tous les œufs de nos douze poules jusu'au retour de nos parents, deux mois plus tard...

Nos journées sont laborieuses; en deux mois, nous avons réussi, à l'aide d'un matériel modeste cédé par la propriétaire, à semer douze sacs de blé dans une terre au préalable défrichée et labourée. Nos parents sont fiers de nous, lors de leur retour d'Italie, à la Toussaint 1923.
Les mois passent...
Mes soeurs grandissent et vont travailler à la ville. Quant à Jacques et moi, nous continuons nos travaux habituels à ferme et accentuons notre sens des affaires. Les réparations, la coupe de bois pendant l'hiver, dès seize ans,  nous a permis d'acheter un premier veau grâce à cinq cents francs d'économie. Quatre ans plus tard, nous en avions dix-huit.

Plus tard, nous irons travailler, soit à Toulouse, en qualité de chauffeur chez un marchand de charbon pour Jacques, soit employé au moulin d'Agen durant l'hiver me concernant.
Ainsi coulaient les années jusqu'au départ de "Cantou" pour Saint-Hilaire en 1938.
Au fil du temps, nous épousons les loisirs du pays : la pétanque du dimanche, mais aussi la chasse qui devient plus praticable qu'à ses débuts lorsque nous partions à cinq hommes et un seul fusil à un coup.
Enfn, le virus du rugby commence à nous atteindre pour ne jamais vraiment nous quitter, voire se transmettre...
L'intégration parmi les jeunes filles françaises posera quelque fois quelques problèmes ; quelle déception lorsqu'un rendez-vous n'a pu aboutir, parce que « c'est dommage qu' il soit italien »...

Quant à la suite, vous la connaissez, c'est vous qui l'avez bâtie. Et ce n'est pas près d'être fini...»

                                      comandu coffre

                                              L'une des deux malles de l'espoir. Photo J. Omnès

Entre 1914 et 1923 dans le Gers voisin, 2 500 métairies ou fermes étaient abandonnées avec quelque 50 000 hectares en friche (2)

(1) Mes beaux-parents
(2) Histoire de la Gascogne dirigée par Maurice Bordes, page 408

                                    visasenbordelais.fr navire atlantique embarq01

                                                                               Départ de Bordeaux

                                          argentine

2- Vers les territoires français

Une partie des candidats au départ a préféré rester en France et s’orienter vers des terres plus riches ou des villes offrant du travail. Ici nous sommes sur une émigration moins importante, plus complexe touchant tous les secteurs d’activité : de la terre aux services en passant par l’industrie. Gisèle Lesenne dans sa thèse, constate que les départs vont vers les villes les plus proches : Lourdes, Tarbes Argelès, Bagnères, puis tout le Sud-Ouest  et les villes qui suivent l’évolution du chemin de fer, qui commence à prendre de l’ampleur à partir de 1866, avec l’axe Tarbes- Bordeaux- Paris. Ce sont surtout des populations paysannes et quelques fonctionnaires. Elles recherchent une situation stable, quitte à quitter le monde paysan pour s’assurer une retraite : gendarmerie, douanes, administration. Les organisations naissantes : syndicales, banques mutuelles, coopératives, médias baignant dans le monde agricole, sont alors en période de recrutement. Un cas particulier pour les Cauterérisiens qui recherchent plutôt des villes touristiques ou des grandes villes : Paris, Marseille, Nice, Lyon et Vichy qui possèdent une activité hôtelière.

Les émigrations contemporaines

Les flots migratoires n’ont jamais cessés, mais ils ont sensiblement diminués en nombre, leur cause n’étant plus une fuite de la misère, mais en général une recherche de qualité de vie. Les populations concernées ne sont presque plus rurales mais plutôt citadines dirigées vers des occupations dans le tertiaire. Les importantes avancées dans le domaine des transports diminuant sensiblement les tarifs et les durées, ont favorisé tant les départs vers les grandes villes, que celles plus tardives vers des pays étrangers.

Vers les grandes villes : Bordeaux, Toulouse et surtout Paris où les offres de travail étaient bien plus nombreuses et mieux rémunérées. Cette orientation a été très visible pour les Bigourdans nés dans les années 1940-50. Elle a été progressivement supplantée par des départs de jeunes pour des pays à l’étranger relativement attractifs comme la Grande-Bretagne ou les USA.

Exemple concret-Témoignages

Il se trouve que notre expérience avec mon épouse, peut, en partie être représentative, de celles des émigrés vers les grandes villes.  Diplômes toulousains en poche, l’appel de la capitale n’a pas été évident, mais vu les situations proposées, l’hésitation n’était pas de mise. 900 francs/mois au grand Magasin du Capitole, contre 2000 francs/ mois chez Clin-Byla (Sanofi)  à Paris, près de Panthéon ! Ancien boursier de service public, l’Etat ne pouvant m’offrir de poste (1) je me trouvais libre pour l’aventure parisienne. Mon épouse, professeur, n’a eu aucune difficulté pour se retrouver en région parisienne, puis dans le XIIIe arrondissement. C’était l’époque où l’on pouvait louer au mois, une chambre d’hôtel.  Par ailleurs, nos compatriotes, relations de Toulouse, instinctivement se sont installés sur la rive gauche de la capitale : quartier latin et Montparnasse. La découverte de la ville et de ses environs se faisait en bande, avec des amis de facs. Il était alors facile de se retrouver, tant les lieux de rencontre étaient nombreux et faciles d’accès : les restaurants et ciné-clubs du quartier latin, les thés au Hottnany de Lionel Rocheman du centre américain, les soirées de Mlle de Noblet rue du Faubourg saint-Honoré, puis plus tard dans mon propre café-théâtre l’Ecume dans le XIVe arrondissement et les associations des Amis bigourdans de Paris et Gascon toujours. Pour beaucoup, le retour au pays natal s’est effectué en fin de parcours, sans grande difficulté.

(1) Quand on est boursier de service public, on s'engage à travailler pour l'État, à condition que celui-ci ait une proposition à vous offrir.

 

                         amicale gascon toujours

Pour les enfants nés de cette génération, ce fut une autre aventure plus lointaine, plus exotique. Londres et les USA ayant la primeur des jeunes. Les pays exotiques (comme le Mexique, le Cambodge, la Thaïlande...), pour les plus aventuriers cherchant souvent à monter des commerces comme dans la restauration, la boulangerie, furent les grands bénéficiaires de ces arrivées de personnes très dynamiques. Beaucoup de candidats fuyant une France, à leurs yeux, trop tatillonne sur les démarches administratives et trop gourmande en impôts de toutes sortes.

Évolution de la population de Cauterets. Tableau WikipédiaPopulation Cauterets

Évolution de la population à Arrens-Marsous Tableau WikipédiaPopulation Arrens

Évolution de la population d'Argelès-Gazost. Tableau Wikipédia                                Population Aegeles

Évolution de la population de Luz-Saint-Sauveur. Tableau WikipédiaPopulation Luz 1                                  

Lire :

- Histoire de la Gascogne des origines à nos jours sous la direction de Maurice Bordes, éditions Horvath, 1982.
- Le dépeuplement des valléess d'Argelès, d'Azun et de Cauterets par Gisèle Lucienne, édité par la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest ; tome 27, fascicule 2, 1956. pp.135-160.
Les corneilles blanches par Robert Arnaut, édition du Cherche-Midi, 1996.
- Revue Partir de l'association AME, Pau.
- L'émigration des Pyrénéens aux Amériques par Pierre Accoce, éditions Cairn, 2018