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Patrimoine linguistique

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9070 300936726678962 2041836027 n camelat bigourdan 001 Camelat
a) Le bigourdan -b) Les sobriquets et dictons -c) Les gravures sur les pierres des bergers- d) origine des noms de famille


Nous sommes en pays gascon. Le dialecte bigourdan est l’une des sept grandes variétés de la langue gasconne. Et comme le proclame si fièrement le Pay-Chèt, héros du roman de Robert Arnaut, Les corneilles blanches.
« C’est une belle et vieille langue, plus riche que la leur (celle des gouvernants). Elle contient toute l’histoire de nos montagnes, tout le bonheur et le malheur de ceux qui ont vécu ici, avant nous. »


 
                                                                    a) Le bigourdan

De légères différences existent d’une vallée à l’autre et surtout entre la plaine et la montagne. Exemple : marché se dit marcadieu à Tarbes et marcadau à Cauterets, mais marcadal à Lourdes, par influence de la langue de Toulouse.De plus, dans les actes officiels, l'influence du béarnais, variété voisine du gascon, a été très sensible jusqu’à l’adoption du français à partir du XVIe siècle. Par ailleurs, cette francisation, surtout en plaine, a lentement dégradé la pureté du gascon bigourdan. Exemple : balai, en montagne, se dit escouba (comme escoba en castillan), en plaine, balejo. Le bigourdan, rappelons-le, a été la langue dans laquelle une petite fille du coin, nommée Bernadette a entendu parler la mère de Dieu,  rien que ça ! Peu de gens parlent le bigourdan de nos jours, en dehors du milieu rural. Il ne faut pas oublier que le français, non seulement a été imposé à toutes les écoles de la République, mais que le parler local était interdit en classe et même dans les cours de récréation. L’instituteur punissait ceux qui s’interpellaient en gascon,appliquant ainsi un procédé dont on usait ouvertement depuis au moins la fin du XVIe siècle contre le français et au profit du latin.
« Endret matat qui s’en aranja Sense aprestà’s tà r’arrevenja Endret qui sense arreguitnar S’ac deisha a beths drins tot panar. » Philadelphe de Gerde.
Ce qui veut dire : « Pays vaincu qui s’en accommode sans s’apprêter à la revanche, pays qui sans montrer les dents se laisse petit à petit tout prendre ». Par contre de nombreux points géographiques sont toujours mentionnés sur les cartes en gascon.
Il existe - l'InOc Aquitaine, opérateur privilégié de la Région Aquitaine pour la langue et la culture occitane, installé dans les locaux du château d'Este, BP 326-64141. Billère Cedex Tel : 05-59-13-06-40. Fax : 05-59-13-06-44 - www.institutoccitan.com
Pour
apprendre l’occitan dans la version gasconne en Béarn :
- C.F.P.Ò.C. 10, avienguda Kennedy 64300 Ortès. Tel 05-59-67-20-75.  www.cfpoc.com    Permanence du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 13 h à 17 h. Cours hebdomadaires d’1 h 30 ; stages intensifs.
- Institut béarnais et gascon, c/o MJC du Laü, 81, avenue du Loup, BP 60580, 640010 Pau. Cedex. Tel 05-59-14-15-00. www.languegasconne.com 
Pour les accros, une autre adresse : - Centre International de l'écrit en langue d'Oc (CIEL d'Oc).  http://sites.univ-provence.fr/tresoc/ Pour apprendre le gascon à Paris : - Antenne de l’institut béarnais et gascon. Jean Lafitte. Tel 01-47-02-03-20

téléchargement Jean Lafitte

Quelques exemples pour mieux comprendre la topographie et quelques formules de politesse. Comment allez-vous ? Bien, et vous ? Aussi très bien.Au revoir, portez-vous bien : -> quin pe ba ? Plâ, é bous ? Tabé, hèra plâ. Adichàt, pourtap-pe plâ. Parfois le b est noté par v, généralement en raison de l'étymologie :avienguda = abiengude/abiengudo.

* Lexique :
Ardoise, schiste : labasse
Amoncellement de pierres : raillère
Avalanche : lit
Berge sablonneuse : salhét
Berge en prairie : ribère (comme devant la Grotte)
Butte de terre, sommet arrondi : turoùn
Cabane de berger portable (en bois) : :burguet
Champ commun(al) (place publique) : cam besiàu
Chef de bergers : majoral
Chemin : cami
Cirque de vallée : oule ou oulète (petit cirque)
Col (petit) : courét
Col : hourquette
Couloir d’avalanche : lità
Crête : gangue, talhan Cuvette : clot
Dieu vivant (juron) : Dìu biban
Eaux : aygues
Foin : Fontaine : houn, hountane, hountâ
Gorge étroite : hous
Grange : borde
Grenier : soulè
Hauteur : pouéy
Lac de montagne : gaube (lac de Gaube est un pléonasme)
Lieu interdit au bétail : bedat
Maison (le"chez soi") : case ; le bâtiment : maysou
Marché : marcadau Mauvaise : male
Neige : néu
Noir, noire : né, nère
Pacage réservé aux bovins : boelà, bualà
Parc à brebis en haute montagne : cuyéu, cuyela, coeyla, courtau
Pâturage défriché : artigue
Pâturage d’altitude : estibe, estive
Pente d’éboulis : raillère : ralhère
Prairie de foin : héa 
Prairie de fauche : ger
Ruisseau : arriéu ou arrìu
Rocher (isolé) : pèyre
Sommet : soum
Source : hount
Terrain plat : plâ
Sommet arrondi : turon
Terre humide : barthe
Torrent (rivière de montagne) : gave
Trou : houràt
Toit, rupture de pente de toit : coyau
Vallée : bat
Vent du sud : balaguère
Vieille roche usée (par le glacier) : massabielle
Village : bièle 

TOPONYMIE BIGOURDANE : 
Pour mieux appréhender vos balades en Haute- Bigorre, quelques appellations courantes que vous rencontrerez souvent. Les orthographes peuvent varier d’une vallée à l’autre.
Areailhs : éboulis
Artigue : pâturage défriché
Artigalets : petits terrains défrichés 
Arriéu ou arrìu: pèyre : ruisseau
Aygues : eau
Balaguère : vent du sud
Bat : vallée
Bedat : lieu interdit au bétail 
Bochets, bouchets : plantations de buis
Boelà, bualà, bouala : Pacage réservé aux bovins
Borde : grange
Burquèt : Cabane de berger portable (en bois)
Cam besiau : Champ communal (place publique)
Brocs : épines
Cami : chemin
Capbat  direction vers le bas, le sud et Capsus dirction vers le haut, vers le nord
Clot : cuvette 
Coume : vallon, dépression
Coumette : petite coume
Courèt : petit col
Coyau : toit, rupture de pente de toit
Crouzet Petite croix de pierre servant souvent de borne
Cuyéu, cuyela, coeyla, courtau : parc à brebis en haute montagne 
Davantaygue : chemin qui mène à l’est de l’eau
Estarret : canaux
Estibe, estive : pâturage d’altitude
Gaube : lac de montagne (lac de Gaube est un pléonasme)
Gave : torrent (rivière de montagne)
Ger : prairie de fauche
Hé : foin
Héa : prairie de foin
Estaules : canaux
Houn, hountane, hountâ : fontaine
Hount : source
Houràt : trou
Horga : forge
Hort : jardin
Hourquette : col
Labasse : ardoise, schiste
Lane sèque : lande, prairie sèche
Laneseta : petite lande
Lhose : ardoise
Lità : couloir d’avalanche
Majoral : chef de berger
Marcadau : marché
Massabielle : vieille roche usée (par le glacier) 
Morans, moras : terrain humide à la limite du marécageux
Nère : noire
Oulète : petit cirque
Pégulhe : bétail souvent la génisse
Peyre : rocher (isolé)
Plà : Terrain plat
Pouéy : hauteur 
Pradets : petits prés
Raillèr, raillère, ralhère : pente d’éboulis, amoncèlement de pierre
Ribère (comme devant la Grotte de Lourdes) : berge en prairie :
Sailhet ou saillet : berge couverte de végétation
Soulè : grenier
Soum : sommet
Thet : toit
Tilhos : endroit où on trouve des tilleuls ou trait d’union
Turon, turoùn : Butte de terre, sommet arrondi

* Anthroponymes : beaucoup de noms de famille que vous allez rencontrer sont des noms bigourdans que l’on trouve dès le XIVe siècle sur les registres paroissiaux des baptêmes, mariages et décès. Ils ont souvent un rapport avec l’emplacement des maisons, le type des maisons ou le métier exercé. Les plus courants :
Abadie : employé d’une abbaye ou travaillant sur les terres d’une abbaye.
Anglade : occupant d’un coin de rue
Artiganave : terrain nouvellement défriché
Barthe ou Labarthe : terrain plus ou moins humide auprès d'un cours d'eau
Barthou :hallier,  broussaille
Bayle : huissier
Baylet : domestique
Boé ou Boué : bouvier, laboureur (charrue tirée par des boeufs)
Boyrie : paturage pour bœufs
Caubet : chauve
Capdevielle : en haut du village
Cassou, Ducasse : chêne
Castagné : châtaignier
Cazenave : qui habite une maison neuve, exploitation nouvelle (maison et terres)
Claverie : atelier de cloutier
Courrèges :courroies, c'est à dire champs étroits et longs Coste : côte Duclos : propriété clôturée Espiau : aubépine, haie d'aubépine Estrade ou Destrade : qui habite près d’un chemin dallé (voie romaine)
Foch : originaire de Foix, jadis prononcé foch ou foych
Forgues
: forges
Fontan : fontaine
Garruet : garrigue
Hourcade, Fourcade, Lafourcade ou : (qui habite près d’un) bois, (d'une) fourche de routes  
Labasse : ardoise
Lahore : qui habite en dehors, dans le lointain
Lascoumes : les combes, endroits encaissés
Lanne : lande
Minvielle : (qui habite au) milieu du village
Noguès : noyers
Peyramale : mauvaise pierre
Pène : pic, rocher abrupt
Pomès : pommiers
Prat : pré
Sabaté : cordonnier
Segalas : champs de seigle
Soubiroùs: qui est au-dessus, plus haut
Talhade : brèche, coupe pratiquée dans un bois
Tisné : tisserand
Toulet : aphérèse de prénom diminutif, Arnautoulet, Yantoulet
Les prénoms les plus courants que l’on trouve encore de temps en temps et qui reviendront peut-être un jour à la mode après la saturation des Kevin, Samantha et autres américanomanies : Arnautou (Arnaud), Francés (François), Genthieu prononcez Gencieu (Jean), Guilhem (Guillaume), Menjolou (Dominique), Philot (Philippe), Rancés, Rotgé (Roger), Stébanet (Stéphane), Yusep (Joseph).
Un ouvrage de référence : Dictionnaire du béarnais et du gascon moderne, par Simin Palay, Éd. du C.N.R.S., 1980. Assez cher, près de 90 €.
Et plutôt pour la langue ancienne, Dictionnaire du béarnais ancien et moderne par Vastin Lespy. Éd. Princi Negue, 1998, 60 €.
Pour les petits budgets Dictionnaire gascon/béarnais-français 25 000 mots par Eric Chaplain. Éd. Princi Negue, 2003.
Pour les passionnés du lavedanais, l'ouvrage d' Eugène Cordier Etudes sur le dialecte du Lavedan (1877) a été réédité par ... l'université du Michigan aux  USA.

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                                     Traits particuliers de la langue gasconne
Pour les amateurs de gascon, quelques précisions de l'Institut Béarnais et Gascon – Antenne parisienne DiGaM

Selon une tradition qui remonte à 1879, avec le fondateur des études linguistiques gasconnes Achille Luchaire (1846-1908), sept innovations phonétiques distinguent le gascon des autres langues romanes (issues du latin); il n’en a pas toujours l’exclusivité, mais leur réunion lui est propre et elles sont attestées dès avant l’an 600. On peut aussi en trouver d’autres…

La raison la plus vraisemblable, sur laquelle les linguistes s’accordent en général, est que le gascon résulte de l’adoption du latin (assez souvent enrichi par d’autres langues, comme le gaulois) par le peuple aquitain; ce peuple non celte, établi entre Garonne, Océan et Pyrénées (César, Guerre des Gaules, Ch. Ier), parlait une langue considérée comme l’ancêtre du basque actuel. La conséquence est que ces “innovations” n’ont plus affecté que très rarement les mots entrés dans la langue après disparition de la langue aquitaine et de ses particularités articulatoires; mais « les exceptions confirment la règle » : ainsi pour le premier trait  f > h, bouffer (= souffler) qui n’est apparu en français qu’au XIIe siècle donne bouha en gascon (bofa ~ bufar en languedocien); et le café, apparu vers 1600, se dit cahè dans quelques parlers de la montagne gasconne… On pourra remarquer que ces traits phonétiques rapprochent assez souvent le gascon des langues ibériques, tandis que le languedocien (écrit ici en graphie “classique”) est plus proche du français.

1. Le f latin passe à h, fortement “soufflé”; il en fut sans doute de même en castillan ancien, mais le h qui en témoigne à l’écrit est aujourd’hui muet, sauf en Andalousie. Exemples : latin, gascon, castillan, français, languedocien
                       filius, hilh, hijo, fils, filh.
                      calefacere, cauha, (calentar), chauffer calfar.
                       folia, hoélhe, hoja, feuille, fuèlha.
                       focus, hoéc, fuego, feu, fòc.

2. Le n latin entre voyelles disparaît; c’est souvent la même chose en portugais; la graphie moderne du gascon rappelle cet effacement du n par un accent circonflexe sur la voyelle qui précède, nasalisée à l’origine et encore aujourd’hui en certains lieux, en Béarn notamment. Exemples : latin, gascon, portugais, français,languedocien
                    luna, lûe, lua, lune, luna
                   sonare, soûa, soar, sonner, sonar
                   fenestra, hîèstre, (janela), fenêtre, fenèstra
                   gallina, garîe, galinha, géline (vx.), galina

3. Le ll latin entre voyelles passe à r; c’est propre au gascon. Exemples : latin, gascon, français, languedocien
                   gallina, garîe, géline (vx.), galina
                   pulla, poure, poule, pola
                   illa, ére, elle, ela
                   cappella, capère, chapelle, capèla

4.Le ll latin devenu final passe à [ʧ, tj, t], notés th; c’est propre au gascon. Exemples : latin, gascon, français, languedocien
                   castellum, castèth, château, castèl
                   cavallu,s cavath (vx.), cheval, caval
                  ille, éth, il, el,
                  cappellu, capèth, chapeau, capèl

5. Les groupes mb et nd latins sont réduits respectivement à m et n; il en est généralement de même en catalan . Exemples : latin, gascon, catalan, français, languedocien
                  camba, came, cama, jambe, camba
                 cumba, coume, coma, combe, comba
                december, decémë, desembre, décembre, desembre ~ dec…
                palumba, paloume, paloma, palombe, palomba
                demandare, demana (vx.), demanar, demander, demandar
                intendere, enténë, entendre, entendre, entendre
                retunda, ardoune, rodona, ronde, ronda
                tundere, tounë, tondre, tondre, tondre

6. Le r initial latin est souvent précédé de ar-; le basque, lui, use de er-. Exemples : latin, gascon, basque, français, languedocien
                 rica,, arréc, erreka, ravin- ruisseau), rèc
                 riparia, arribère,  § , rivière, ribièra
                  regem, arréy, errege, roi, rei
                  rota, arrode, erroda, roue, ròda

7. Le v [w] et le b latins, initiaux ou après consonne, se confondent en b ; mais pour aider à la compréhension de l’écrit, il vaut mieux conserver le v étymologique. Exemples : latin, gascon, français, languedocien
                   bibere, bévë/ béuë, boire, beure
                   convitare, counvida, convier, convidar
                   vacca, vaque, vache, vaca
                   volere, voulé, vouloir, voler.

8. Le v [w] et le b latins entre voyelles se confondent en [w], qui ne peut être noté que par u; ce trait est propre au gascon, mais si son aire actuelle est majoritaire, elle n’est pas générale ; cependant, le fait qu’elle couvre les régions les plus rurales et les moins ouvertes vers l’extérieur donne à penser qu’il s’agit d’un trait originel et général, disparu dans des zones périphériques ouvertes aux parlers voisins, hispaniques notamment. Exemples : latin, gascon (partie), français, languedocien
                 habebam, auèui, avais, av
                 lavare, laua, lave,r lavar
                 scribere, escriuë, écrire, escriure
                 viva, viue, vive, viva

9. Après consonne, le r remonte souvent derrière la première du mot (métathèse). Exemples : latin, gascon, français,languedocien
               comparare, croumpa, (acheter) comprar
               febrim, frèbë, fièvre, fèbre
               fenestra, hrîèste, fenêtre, fenèstra
               pauperem, praubë, pauvre, paure

Nous terminerons par un trait qui n’est pas phonétique mais syntaxique, et qui disparait dans les zones périphériques proches du languedocien : l’usage de particules explétives, dites« énonciatifs », qui scandent la phrase et lui donnent une allure bien particulière : que ou ya en phrase affirmative, e en interrogative ou optative et be en exclamative.                                               

                                                                   Le français régional
Comme dans bien d'autres régions de France et pays de la Francophonie, le français parlé en Bigorre est parfois affecté par des habitudes de prononciation, des particularités du vocabulaire et des tournures provenant le plus souvent de la langue ancestrale. Ces distorsions peuvent étonner plus d’un étranger.

 * Prononciation :
Comme dans le français classique et aujourd'hui dans  tout le Midi l’e'' dit muet se prononce : ma mère travaille chez Seb ; en français actuel du Nord : ma mèr travaill' chez Seb.
Un cheval, dans le Nord : un ch'val.
Le "s" final se prononce souvent : Soubirous, Escoubets Pouts, les gens, plus ou moins.

* Conjugaison :
Le français de la Bigorre, comme du Béarn, connaît les temps surcomposés, mais ce n'est pas une spécificité des langues d'oc, car on en rencontre dans toute la France : ça a eu payé, je l'ai eu connu.

* Tours syntaxiques :
Comme en espagnol, la préposition à est placée devant le complément d'objet direct désignant une personne déterminée : tu le connais à mon frère.
Elle précède aussi le complément de sentir intransitif (avoir l'odeur de) : il sent à la lavande, ça sent au moisi.

* Vocabulaire :
Certains mots d'usage courant sont purement et simplement du bigourdan (béarnais) francisé : caguère, s'escaner, mouquire, rouste… ; d'autres mots comportent des acceptions inconnues du français standard, ou devenues rares bien que signalées par les dictionnaires. (mots suivis ci-après d'un astérisque*) ; d’autres enfin sont des mots français dont la Bigorre (comme le Béarn) est loin d’avoir l’exclusivité, mais qui ignorés de la région parisienne, le sont aussi des dictionnaires usuels (ils sont précédés ici d’une croix +).
Boules = billes. Jouer aux boules.
Caguère = diarrhée.
+ Chocolatine = pain au chocolat.
Cluquer = fermer les yeux, s'endormir.
  + Débaucher = cesser le travail quotidien.  On débauche à 5 heures.
Eh bé = peut se traduire par bon ! Sert de respiration dans l’énoncé.
Escaner (s’) = s’étouffer en buvant ou mangeant.
Escarrer = racler un plat pour manger ce qui adhère aux parois.
+ Faire quatre heures = goûter.
Fermer la lumière = éteindre la lumière.
Lie = ruban étroit.
Mounaque : poupée de chiffon, personne laide ou mal habillée, pansement au doigt.
Mouquire = morve.
+ Plier = envelopper ; plie- le bien = enveloppe le bien.
+ Poche* = sac d'emballage.
+ Profiter* = croître, se développer. Cette plante ne profite plus.
+ Quiquette = pénis de petit garçon ; quéquette en français standard (familier).
Rouste = correction. "Il s’est reçu une de ces roustes ! "
+ Serrer* = ranger ; Serrez-le bien = rangez-le bien.
Té ou tè ! = tiens ! Interjection exprimant la surprise. "Té, regarde qui arrive."


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Portrait d'un promoteur du bigourdan, incontournable : Michel (Miqeu) Camelat

                                                                     Poète français de langue d'oc (Arrens 1871 – Tarbes 1962).

camelat

 

Né le 26 janvier 1871, à Arrens, dans les Hautes-Pyré­nées, il était le fils unique de Jean-Pierre Camélat, cordonnier, âgé de 28 ans et de Marianne Four-Pome, son épouse, âgée de 26 ans. Son père, Jean-Pierre, a été élève au Petit Séminaire de St-Pé et a donc une bonne instruction. Il élève son fils avec rigueur.
En 1875, meurt  Marianne, sa grand-mère paternelle. Celle-ci, qui partageait le domicile familial, protégeait le petit Miquèu contre l'excessive dureté de son père. Miquèu racontera comment le jour du décès de sa grand-mère, alors qu’une inondation se produisait au village et que la chambre était envahie par les eaux, les voisins avaient dû soulever le lit pour lui éviter la noyade.
Comme plusieurs enfants du village, il entre, en 1882 [1] , au petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre pour y faire ses études ; c’est un élève remuant ; le jeune Camélat est initié aux rudiments de l'histoire de la littérature et de l'étude des textes. C'est à partir de ce maigre viatique qu'il mènera son itinéraire d'autodidacte.
Miquèu ayant refusé de s'engager sur la voie de la prêtrise, son père cesse en 1887 de lui payer des études. De retour à la maison, il est attiré par l’étude de sa langue natale, des coutumes. Il écoute les anciens , recueille auprès d’eux les traditions, les contes. Il est pris d'une véritable frénésie de lecture. Il s'essaie à la poésie, écrit des poèmes et des chansons qu'il propose au jugement de ses compagnons lors des travaux des champs auxquels il est associé.
Il constitue déjà un lexique, recueille des proverbes et élabore les statuts d'une société des amis du gascon. Cela le conduit à entamer une relation chaleureuse avec l'érudit bigour­dan Jean Bourdette qui lui conseille en 1889 de faire œuvre "en lavedanais".
Il  ouvre un commerce ; et c'est dans son  village qu'il a passé toute sa vie, et de son épicerie qu’il a défendu  la  renaissance de la Gascogne.
Il sera maire d’Arrens de 1900 à 1904.

Une époque particulière
L’époque dans laquelle il va évoluer voit la rencontre de deux évolutions contradictoires : Il y a renaissance de la littérature occitane,   la plus ancienne littérature romane d’Europe ; et l’école de la République et l’évolution du monde moderne font tout pour éradiquer le patois. La littérature occitane avait  connu son âge d’or aux XIIe et XIIIe siècles, avec la poésie des Troubadours. La Croisade contre les Cathares lui avait porté un mauvais coup. Puis il y a une première renaissance aux XVIe - XVIIe, entre 1550 et 1660, avec ses  trois foyers principaux, en Gascogne, à Toulouse et en Provence. Une deuxième renaissance de l’écrit d’oc se produit après la Révolution et durant le XIX e siècle qui voit la création du Félibrige en 1854, avec la grande figure des lettres d’oc qu’est alors Frédéric Mistral (Prix Nobel 1904). C’est ce mouvement que découvre Miquèu ; ses recherches l’amènent à découvrir l'œuvre des Félibres.

Camelat          Camelat 2 

Son œuvre en bref
A seize ans, il rimait en lan­gue d'Oc. Bientôt paraissait un recueil de poésies «lou Piu­piu de la mie flahute ». En 1890, il  obtient le premier prix de poésie à la Félibrée de Tarbes.  Médaille de vermeil, offerte par la ville de Tarbes – pour « Au coin du feu » -« En grounh »-, légende, ainsi que le Ier prix (Médaille de vermeil, offerte par la ville d'Argelès) du concours littéraire, poésie, pour « Devinettes » - « Càuzilhetas ».
Très influencé par Frédéric Mistral, Camélat a écrit trois épopées et drames en vers gascons : Beline en 1899 (que l’on compare à Mireille) , Mourte e Bibe en 1920 et Lole en 1939. Très attiré par le théâtre, il est aussi l'auteur de « divertissements » comme Griset nouste en 1911, Roubi lou sounadou et A l'aygue douce nou-b hidet en 1912 et Lou darrè Calhabari en 1916. Sans oublier sa tragédie de Gastou-Febus, écrite en 1914. Il est aussi l'auteur de poésies et de nouvelles réunies dans L'espigue aus dits en 1934 et Bite-bitante en 1937. Plus des anthologies consacrées à la littérature gasconne comme Garbe de pouesies en 1928 ou Garbe de proses en 1933.

En détail
Le 12 janvier 1893, Miquèu de Camélat  - il sera bientôt admis comme félibre- est admis membre de la société Académique des Hautes-Pyrénées; il a été présenté par MM Labrouche et Palay.
En 1893, avec Simin Palay, il lance l'« Armanac Gascoun ». C’est alors qu’Il décide d'abandonner le gascon "lavedanais" de son village pour le béarnais qui lui permettra d'être lu dans toute la Gascogne.
En 1896, toujours avec Simin Palay, il participe à la fondation de l'Escole Gastou Febus qui fédère le Félibrige gascon, puis à celle de sa revue «  Reclams de Biarn e Gascougne.  » en 1897. C'est cette année-là qu’il épouse Catherine Augé qui lui donne quatre enfants, dont deux mourront en bas âge ; cette épouse, comme les habitants du village, ne verra en lui que le petit épicier qui passe trop de temps avec ses livres et sa littérature. Car il discute, et fait parler les anciens du village, faisant ainsi œuvre d’ethnologue. En 1898, il publie dans Mélusine, le résultat de ce collectage, contes des animaux, prières, dictons.
C’est avec ses poèmes épiques Beline,( poème en trois chants, drame catholique et paysan de la vie et de la mort, qui devait consa­crer sa gloire)  en 1899 et Mourte e bibe [Morte et vive] », oeuvre d'érudition à la fois et de poésie, qui avait  demandé un travail considérable) en 1901 qu’il redonne au gascon, sa place de grande langue littéraire et gagne sa place de Félibre.
En 1934, Camelat réunissait, en un important recueil, " l'Es­pigue aus dits", ses poésies d'âge mûr, dont beaucoup avaient paru dans les « Re­clams » au cours des ans. Si l'on joint à cela les arti­cles de critique littéraire parus pendant plus de soixante ans dans les « Reclams », « la Bouts de la terre » « l'Armanac dou bou Biarnés », ou l'Armanac de la Gascougne, le recueil de nouvelles « la Bite-bitante », paru en 1937 ; des pièces de théâtre comme « Gastou Fébus », ou d'autres moins importantes, dans le genre de « Roubi leu sounadou », « A l`aygue douce nou-hidet » ou «Griset nouste », on devine quelle activité litté­raire se cachait derrière le comptoir du modeste commer­çant.
Depuis des années, un autre souci le hantait, celui de la permanence de son oeuvre. Se­crétaire général des « Reclams », toujours soucieux de sauvegar­der leur haute tenue littéraire et leur présentation impecca­ble, il a été, de tous temps, le conseiller des jeunes que ten­taient l'amour et le souci de leur langue maternelle.
En 1939, une pièce dramati­que en trois actes et en vers « Lole », rendait vivantes les tribulations d'Audijos, seigneur de Coudures, dans les Landes, qui avait fomenté la révolte des paysans contre les gabelous du roi, et trouvait refuge en Val d’Azun.

Le combat pour la Gascogne
Car il faut se battre ; on ne le dit pas, mais au sein du mouvement occitan du Félibrige, les Provençaux ont tendance à vouloir imposer leurs vues sur différents points, dont la graphie de la langue écrite, et il y a sans doute un peu de condescendance même du grand Mistral vis-à-vis de ce petit félibre gascon. Et Miqueu va se battre : il dirige de 1910 à 1914 le bimensuel populaire gascon « La Bouts de la Terre », à la ligne plus autonomiste que « Reclams ». Il fait vivre cette Gascogne dans son espace, dans sa littérature, dans son histoire.

L’héritage
Tous ceux [2]qui ont écrit ou qui écrivent sur le sujet lui sont redevables de judicieux conseils. Mais il voulait, par-dessus tout, mettre entre leurs mains de sérieux instruments de tra­vail.  Dès 1928 paraissait une  « Garbe de pouesies », réunissant les meilleures oeuvres poé­tiques de 1520 à 1920, avec une notice précédant la présentation de chaque auteur. Puis, en 1933, une « Garbe de proses» lui fai­sait pendant. La « Garbe de pouesies» était rééditée et aug­mentée en 1957 et, à quatre­-vingt-huit ans bien sonnés, il préparait encore une édition beau­coup plus importante pour ré­pondre aux besoins actuels de l'enseignement. On ne peut passer sous silence une oeuvre plus impor­tante pour nous, qui est pour notre littérature un instrument de travail de tout premier or­dre, comparable au dictionnai­re de Simin Palay,  « la Litte­rature gascoune ». Toutes les ac­tivités littéraires de la Gasco­gne, depuis les origines jusqu'à nos jours, se trouvent recensées et jugées par un esprit lucide et compétent. Lui seul pouvait en­treprendre un tel travail et le mener à bien. Nous ne pouvons que le féliciter d'avoir su nous laisser la somme de toute une vie de travail. Certains s'étonneront que des mérites aussi éminents aient été si tardivement reconnus. Ce n'est pas exact. Qui a vécu dans son village, surtout aux épo­ques des vacances, a pu se rendre compte combien on venait chez lui, et de partout, pour lui demander renseignements ou conseils, ou, tout simplement,  pour avoir la joie de le voir et de faire sa connaissance. Cer­taines renommées dépassent les frontières, et on pouvait, au con­traire, se demander comment un homme aussi modeste et aussi retiré pouvait être aussi avantageusement connu, et son érudition reconnue. On n'était d'ailleurs jamais déçu ni par son accueil si courtois ni par sa conversation si prenante. Avant 1939, c’est l’université de Tübingen en Allemagne qui était « pilote » dans l’étude de  la langue romane, sous la direction en particulier du professeur Gerhard ROHLFS ; celui-ci  est venu voir Camélat à plusieurs reprises, ainsi que ses élèves , dont Lotte Paret, dont le travail « Arrens 1939, Les Mots et les Choses » a été édité en français il y a peu. À partir de 1945, une équipe de Toulouse, autour de Jean Séguy, Jacques Allières, Xavier Ravier , va fréquenter assidûment Arrens et Miquèu dans le cadre de la préparation de leur Atlas linguistique de la Gascogne . Et on peut dire que, Arrens, grâce à Camélat, est connu dans tous les lieux où est étudiée la langue  romane.
                                                                                                                                          
                                                                                                                                            Patrick  Ferrant

Conclusion :
Camélat, le Gascon, quel avenir ? A vous de le vivre  A suivre...

 

[1] Son grand-père avait été au Petit séminaire de 1829 à 1832.
[2]  Tiré de l’hommage de l’abbé Théophile Caillabère à l’occasion de la remise des insignes de la Légion d’Honneur à Miquèu de Camélat. 

UN ÉTONNANT DICTIONNAIRE
Pour les accros à la langue locale. C'est plus qu'un dictionnaire. Même si le titre Français -Occitan me parait peu représentatif du contenu qui est essentiellement gascon- bigourdan avec son patois de montagne, c'est un superbe ouvrage qui dépasse le simple dictionnaire. Il contient des précisions historiques, des chansons, des arrépourés (proverbes) des anecdotes et même des mots sans traduction à ce jour. Un enchantement. Format A4, j'imagine en auto édition.

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                                                           b) Les sobriquets et dictons des villages

1) Les sobriquets Durant des siècles, les habitants de la Bigorre se sont vus affublés d’un sobriquet, surnom familier, souvent moqueur, qui marquait leur principale activité, si ce n’est leur principale qualité ou leur principal défaut.
Nous les avons classés par cantons. Certains ne nous sont pas parvenus, d’où le blanc après le nom du village.Nous avons respecté l'orthographe gasconne mentionnée dans les textes d'où parfois le eths, ets ou los pour les.
La source principale de ces sobriquets, qui seront suivis des dictons, proviennent en partie du blog de notre ami Roger Roucolle, généalogiste passionné, originaire d’Arcizans-Avant et ancien membre des Bigourdans de Paris. L’origine de cette source est l’ouvrage de Michel Grosclaude et Jean-François Le Nail  qui ont repris les nombreux écrits de Norbert Rosapelly. La plaquette de Michel de la Torre sur les Hautes-Pyrénées (éditions Deslogis-Lacoste) nous propose également nombre de sobriquets sur la région ainsi que le site de la Maison de la culltura occitana dera Hautes-Pyrénées (MCO). Jean-François Le Nail dans son dictionnaire des communes des Hautes-Pyrénées nous met en garde :"Parfois descriptifs et renvoyant aux réalités géographiques ou aux activités économiques propres au lieu, ils  [les sobriquets]sont souvent désobligeants et gratuits, se plaisant à relever les défauts prétendus qui seraient partagés par tous les habitants : on ne doit dans ce cas évidemment pas les prendre au pied de la lettre, d'autant que l'on constate qu' ils sont souvent fondés sur des rapprochements ou des assonances destinées seulement à produire un effet comique."
Pour les curieux qui veulent connaître tous les sobriquets de Bigorre, ci-après le site de Roger Roucolle : roger.roucolle.pagesperso-orange.fr/sobriquetsetdictons.pdf
Merci d’avance à ceux qui nous permettrons de remplir les vides. Toutes informations sur ce sujet sont les bienvenues.
  

                                                         
                                                  Canton de Lourdes-Ouest  

Lourdes : eths peirèrs, les tailleurs de pierre. Rosapelly : à cause des carrières de bonnne pierre.
Adé : eths leytassès, les laitiers. Les habitants venaient autrefois vendre le lait de leurs vaches chaque matin à Lourdes (Rosapelly, vers 1910). Pour la Maison de la cultura occitana (MCO) : los lèitassèrs 

Bartrès : eths garrouès ou garroutès, les garrotiers du nom de garrot dont les habitants de Bartrès attachaient les fagots qu’ils vendaient à Lourdes. Pour la MCO : los garrotèrs
Poueyferré : eths crabers, les chevriers. Les cadets du Lavedan de Poueyferré, d’Arbéost et de Ferrières allaient vendre leur lait dans les différentes villes de France et même à Paris. Voir le dossier les cadets. Pour la MCO : los crabèrs.
Aspin-en-Lavedan : eths tavinats, les petits taons. Cité par N. Rosapelly vers 1910. Il observe que ce sobriquet couvre pratiquement tous les villages de la vallée de Batsurguère : eths tavinats de Vathsurguèra. Pour la MCO : los tavinats.

Omex : ets dets asous, ceux des ânes. Les habitants du village étaient spécialisés dans le transport à dos d’âne du grain, puis des draps lavés sur place pour les hôtels de Lourdes. Pour la MCO : los deus asos 
Ossen : voir Aspin.
Ségus : voir Aspin.
Viger : ets bouhalots, ceux qui sont véreux. Ets de las mandorros, ceux des pommes de terre. Eras mandorras, les cultivateurs de pommes de terre. Rosapelly cite eths mandorrèrs et eths bohalôts. Pour la MCO : los mandorrèrs. 
                                                           
                                                   Canton de Lourdes-Est 

Arrayou-Lahitte :  ?, probablement un sobriquet faisant référence aux chèvres
Arrodets-ez-Angles : eths grilhous, les grillons.  Pour N. Rosapelley,  eths grilhons. Pour la MCO : los grilhons.
Artigues :
Berbérust-Lias : ets arrenars de Berberus et ets tachous de Lias, ces renards de Berbérust et ces blaireaux de Lias. Pour Rosapelly, arrenands et taishons. Pour la MCO : los renàrs et los tachons. Bourréac :
Cheust : ets limacs, les limaçons. Pour la MCO : los limacs
Escoubès-Pouts :
Gazost : burre de Gazost, beurre de Gazost et ets trucapelhots, les frappe-jupons. Pour la MCO: los truca pelhas.
Ger : ets cagalets, les chiches. « L’économie des gens de Ger(s) irait jusqu’à l’avarice, disent leur voisin » Rosapelly. Pour la MCA : los cagalets.
Geu : ets pouréts, les poulets. Eths porets pour Rosapelly. Pour la MCO :  los porets.
Gez-ez-Angles Jarret :
Julos :
Juncalas : ets courbachs, les corbeaux, surnom donné aux habitants d’origine espagnole. Pour N. Rosapelly,  « ets corbaish veut-on désigner le teint ou la gloutonnerie de la population ? Les deux versions ont des tenants. » Pour la MCO : los corbaish.
Les Angles : eths guitons, les canards ; enquête de 1986 du Conseil Général. Pour la MCO : los guitons.
Lézigan : :
Lugagnan : ets legagnous, les chassieux.
Ossun-ez-Angles : eths escagarrats, les foireux ; sobriquet peut-être tiré du diction relatif à l’alimentation des montagnards. D’après N. Rosapelly, on les appelait aussi eths cagots, les cagots. Pour la MCO : los escagarrats.
Ourdis-Cotdoussan : Ourdis, eths peus-gris d’Ourdis, les gens aux cheveux gris. Pour la MCO : los tinhehus. 
Cotdoussan : ets péous gris, les cheveux gris confirmé par une enquête du Conseil général en 1986. Mais nous avons chez Rosapelly, eths tinhahùs d’Ordis, les chauves-souris ( !)
Ourdon : ets tabas, les taons. Eths tavans chez Rosapelly. Pour la MCO : los tauas. 
Ousté : ets boutès, les petites outres. Pour Rosapelly, « eths botets, peut-être parce que les gens d’Ousté aimeraient le vin au point de s’en gonfler comme une outre. ». Pour la MCO : los botets.
Pour Jean-Luc Laplagne il y a eu confusion par Simin Palay, entre « vautour » et « outre » concernant le surnom des habitants d’Ousté. Dans son « Dictionnaire du Béarnais et du Gascon Modernes » il  a mal interprété le terme botets alors qu’il s’agissait de boutè, boùtre, bûtre : vautour.
Les différentes dénominations du vautour en Lavedan sont : bouté à Aucun ; boutéy à Arrens ; boutét à Arbéost ; bouti à Gaillagos ; boutiy à Estaing. En Béarn, bùtre, boùtre, bouyre."
Pour Jean-Luc Laplagne, les habitants d’Ousté sont donc surnommés vautours. Pourquoi vautour ? Étaient-ils nombreux dans ce village ou ses occupants avaient-ils une mentalité de rapaces ?

Paréac :
Saint-Créac :
Sère-Lanso : pas de sobriquet connu mais un texte ancien  désignant leur caractère un peu bourru : « Leur qualité d’êtres envieux, buveurs et médizants et vouloir travailler  la terre les dimanches et jours de festes sans même avoir la permission qui ne leur est jamais refusée lorsqu’on connaît qu’il y a nécessité ». (E. P., I, 374).

                                                      Canton de Saint-Pé-de-Bigorre

Saint-Pé : eths claouétous, les cloutiers. Pour N. Rosapelly, eths clavetons, d’après l’ancien artisanat de cette localité. On les appelait aussi eths ahumats, les enfumés ou les embrumés à cause des nombreux foyers à charbon de bois. Pour la MCA : los claveters.
Barlest : eths tistallès, les vanniers ; c’était l’artisanat local. Pour la MCO : ?
Loubajac :
Peyrouse : eths tisnès, les tisserands. Pour la MCO : los tisnèrs. 


                                                        Canton d’Argelès-Gazost

Adast :
Agos-Vidalos : eths crabèrs d’Agos, les chevriers d’Agos. Pour la MCO : los crabèrs.
Arcizans-Avant : eths talhancetas, les gens aux ciseaux. Probablement les ciseaux de tondeur. Pour la MCO : ? 
Argelès-Gazost : ets bandoulès, les bandits de grand chemin, allusion probable aux péages. D’après Rosapelly, eths bandolèrs, les brigands, car, parait-il, le Lavedan, pays libre, était le refuge des malfaiteurs de la plaine – la police du sénéchal n’osait les y poursuivre-dont les fabricants de fourches. Pour la MCO : los bandolièrs.
Artalens-Souin :
Ayros-Arbouix : eths Halhous d’Ayros, les noix d’Ayros ou ets camporos d’Ayros, les champignons. Ecrits parfois eths camparous, ou ets caparots, les champignons étaient très nombreux dans le secteur. Pour N. Rosapelly eths halhons d’Airos, les noix d’Ayros, à cause des noyers alors abondants. Et ets brouchs d’Arbouix, les sorcières d’Arbouix. Ou ets broish d’Arboish, la sorcellerie était très présente au XIXe siècle en Lavedan. Pour la MCO : los halhons et los camparous, pour Arbouix : los broish..
Ayzac-Ost : ets ahumats d’Aisac, les enfumés ou les embrumés. Ici, il ne s’agirait pas de la présence de fours à charbon de bois, mais de la position du village en fond de vallée (à vérifier). D’après O. Ricau, le sobriquet aurait été aussi donné aux cagots ; logique car ils avaient pratiquement le monopole de la manipulation du bois. Voir le dossier les cagots. Pour la MCO : los code-halhos (?) et los ahumats 
Beaucens : ets guterous ou gaberuts, les goitreux. Pour N. Rosapelly, eths gaveruts. Pour la MCO : los gaveruts. 
Boô-Silhen : ets cabilats de Boô, les chabots ou les grosses têtes de Boô. Nous avons aussi eths pesquits de Bor, les vairons de Boô. Du fait du voisinage du Gave. Ets poupats de Silhen les renardeaux de Silhen. D’après N. Rosapelly, eths vopats de Silhen, autre nom des renardeaux ; Nous avons aussi ets bouparots, qui ont la finesse des petits renards. Pour la MCO : los pesquits à Boô et los vopats à Silhen. 
Cauterêts :
Gez : ets d’eras castagnas, ceux au milieu des châtaigniers. Pour N. Rosapelly, eras castanhas de lès. Pour la MCO: los castanhas.
Lau-Balagnas : ets goudelhats ou gouternous de Lau, les goitreux. Pour N. Rosapelly, eths godelhats de Laur. Pour la MCO : los godelhats. 
Ouzous : ets pastouras, les riches pasteurs. Pour la MCO : ?  .
Pierrefitte-Nestalas : eths peirèrs, les carriers. Pour la MCO : los peirèrs.
Préchac : ets cabos, les grosses têtes, ou les têtus. Pour la MCO : los tistalhaires. Les paniers ? 
Saint-Savin : eths poutarrès, les mangeurs de pâtes claires. Pour N. Rosapelly, eths potarrèrs. Pour la MCO : los potarrèrs.
Salles : ets carbouès ou carboèrs, les charbonniers (charbon de bois du Bergons). Pour la MCO : los carboèrs mais aussi los tarons et los coda-halhos. (?) 

Sère-en-Lavedan : ets hiele-prim de Sère, file-mince de Sère, dans le sens d’avares, étroits. D’après Rosapely, eths hièla-prim, file-mince, mais d’après lui et S. Palay avec le sens de timides, peureux. Pour la MCO : los hièla-prim. 
Soulom : ets pé birat de Soulom, les pieds bots de Soulom. D’après N. Rosapelly, eths pè-virats, les pieds-bots, nombreux dans le village. Pour la MCO : los pè virats, et aussi los ahumats
Uz : comme à Silhen Ets poupats de Silhen les renardeaux de Silhen. D’après N. Rosapelly, eths vopats de Silhen, autre nom des renardeaux. Nous avons aussi ets bouparots, qui ont la finesse des petits renards. Pour la MCO : los bopais. 
Vier-Bordes :
Villelongue : très esclôps d‘Ortiac, trois sabots d‘Ortiac (hameau près de Villelongue) ; il paraît qu’on usait beaucoup de sabots pour aller à Ortiac, tant les chemins étaient en mauvais état. Nous avons aussi un second sobriquet ets nerbious, les nerveux. Pour la MCO : ? 
  
                                                                Canton d’Aucun

Arbéost : gentilessa, noblesse, surnom donné par dérision, par les habitants d’Arrens et de Marsous, jaloux de l’indépendance qu’avait prise Arbéost, un écart de cadets. Pour N. Rosapelly, era gentilhesa, ceux de la noblesse. Ce serait une ironie faisant allusion aux cagots du village. Plus récent eths menjons ( ?). Pour la MCO : la gentilhèssa. 
Arcizans-Dessus : ets calhets, les avares, chiches, ladres. Pour la MCO : los calhets.
Arras-en-Lavedan : ets poumas d’Arras, les pommes d’Arras. Pour N. Rosapelly eras poumas d’Arràs, ceux des pommes d’Arras. La terre était riche en pommes, mais d’après lui, il était aussi dit sur les Arrassois : terra de Diu e gent deu diable, terre de Dieu (fertile) et gens du Diable (mauvaises gens). Un second sobriquet fait parfois son apparition : ets d’era boutilha, ceux qui ont un penchant pour la bouteille. Alcool de pommes ? Pour la MCO : las pomas. 

Arrens-Marsous : ets pourrous, petits pains de maïs ou de millet craquants que les locaux fabriquaient. D’après N. Rosapelley, eths poros. Arrens, un autre sobriquet : ets curous, les curés, vu le nombre de curés originaires du village, près de 60 depuis la Révolution. Pour la MCO: los porrons.
Aucun : eths cagots, les cagots, vu le nombre important de cagots charpentiers du quartier de Terrenère. Pour N. Rosapelly, era cagotalha d’Aucun ou de Tèrranera. Pour la MCO : los cagôts.   

Bun : ets ahumats ou embrumats, les enfumés ou embrumés, sobriquets souvent associés aux cagots, qui avaient le monopole de tout ce qui touchait aux bois, charpente, menuiserie mais aussi charbon de bois. Il y avait de nombreux ahumats à Saint-Pé-de-Bigorre. L’explication de N. Rosapelly, d’un lieu bâti dans une gorge, au confluent du gave, couvert de brume et difficile à accepter pour ceux qui connaissent Bun et sa situation géographique. Plus plausible l’explication de gens qui vivaient dans des maisons à peine ventilées par un trou dans le toit (le tirahum) où fumaient en permanence jambons et saucissons. Pour la MCO : los ahumats. 
Estaing : ets locous, les idiots ; parfois ets pecadous. Pour la MCO :  ? 
Ferrières : ets coulès de Herrera, les cagots des mines de fer, nombreuses dans la région. Pour la MCO :  ? 
Gaillagos : eths poutigos, les mangeurs de pâte, base de l’alimentation locale. D’après Rosapelly, eths potigros. Pour la MCA : los potigros. 
Sireix : ets peta siarès, les faiseurs de toile. Le siarès étant un drap servant à ramasser le foin. Pour la MCO : ? 

                                                        Canton de Luz-Saint-Sauveur

Barèges : Eths tois, les toys, les petits. Sobriquet étendu dans toute la vallée. Pour la MCO : les tois.
Betpouey : eths menicougnos de Betpouey, les Menicou, nom d’un héros légendaire simple et naïf local. Pour N. Rosapelly, eths  Menico de Bèthpuei. Pour certains (A.L.G.) eths ahumats, les enfumés ; ils étaient censés se chauffer au bois vert. Pour la MCO : los menicons, los ahumats et los dingue la dangue (?). Chèze : eths crabèrs, les chevriers. Pour la MCO : los crabèrs.
Esquièze-Sère : Pour Sère, eths carrotèrs, ceux qui habitent un mamelon rocheux, un carròt (?) pot en béarnais, d’après l’enquête du Conseil Général, 1986. Nous avons aussi eths ahumats, dans le sens de cagots. Pour Esquièze, eths abarcats, les chaussés d’abarques (sandales en peau de vache). Pour Rosapelly, eths avarcats. Nous avons aussi eths ausèths, les oiseaux (enquête du Conseil Général, 1986). Pour la MCO : los abarcats et pour Sère los carrotèrs.  

Esterre : eths de Caièna, ceux de Cayenne, d’après l’enquête du Conseil Général en 1986 ; sobriquet non expliqué.
Gavarnie : eths templiès de Gabarnis, les templiers de Gavarnie. Pour Rosapelly, eths templièrs. Sobriquet « usurpé », les templiers n’ayant jamais été présents à Gavarnie. Pour la MCO : los templièrs. 
Gèdre : eths menicougnos de Gedro, les naïfs de Gèdre, voir Betpouey. Pour la MCO : los menicons et los canhotèrs, père d'une nombreuse progéniture (comme les chiens). 
Grust : eths culhérès de Grust, les fabricants de cuillères de Grust. On peut ajouter eths limaquèrs, ceux qui écrasent les limaces, d’après l’enquête du Conseil Général en 1986. Pour la MCO: los culhèrers et los potarrèrs
Luz-Saint-Sauveur : eths pelo cus de Luz, les pêle-culs de Luz (avares, usuriers). Pour N. Rosapelly, eths pelacuus. Ce sobriquet s’ajoute à eths tòis, les toys. Pour la MCO : los pelagatèrs et los pela cuu.
Saligos : eths gogotuts, les goîtreux, d’après Rosapelly. Pour la MCO : ? 
Sassis : eths plastissès, les donneurs de coups, avec la partie plate d’une arme. D’après Rosapelly, eths platissèrs. L’enquête du C.G. de 1986, nous donne aussi  eths saussissèrs, les mangeurs de saucisses. Pour la MCO : los plastissèrs. 
Sazos : eths  trucoualhes de Sazos, les trucous (sonnailles renflées qui donnent un son plus sourd que celui de l'esquère ) de Sazos. Pour N. Rosapelly, era trucoalha. D’après l’enquête du C.G. de 1986, nous avons aussi eths potarrèrs, les mangeurs de pâte de farine de maïs. Pour la MCO : los trucos et los potarrèrs. 
Sers : eths courarils, les colliers de bois à clochettes pour le bétail. Pour Rosapelly, eths corarics. Avec l’enquête du C.G. de 1986, nous avons eths arrostits, les rôtis ( ?) Pour la MCO : los corarics. 
Viella : les mêmes sobriquets que ceux de Sers.
Viey :
Viscos : eths carbouès de Biscos, les charbonniers de Viscos. Pour Rospelley, esths carboèrs. Il donne aussi un second sobriquet eths prosons, les géants. Pour la MCO : los carboèrs. 
Vizos : eths pregouns ou pregons, les forts, les trapus. Pour la MCO : los pregons.

                                                  
                                                                                   Dictons populaires bigourdans

Sur la météo. Traduit en français (1)

La pluie

Quand on voit la buse blanche, il va pleuvoir.
Quand l’aube est rouge ou rosée, cela assure le vent ou la pluie.
Quand des hirondelles volent bas, il va faire de l’orage [En fait, elles cherchent les moucherons qui, du fait de l’humidité, volent bas].
Quand les cailloux brillent, c’est signe de pluie.
Quand il y a gelée blanche, la pluie accourt.
Quand le chat se lave, il va pleuvoir.

La neige

Quand les corneilles tournoient à une certaine altitude, huit jours après, la neige tombera à cette altitude.
Quand les animaux très vieux s’amusent comme des jeunes, c’est signe de neige.
Quand les vaches batifolent, c’est signe de vent et de neige.
Lorsque les nuages sont gris très clair et très étalés, c’est signe de neige.
Quand la vache gémit, galope à l’automne, elle sent la neige.
Si le vent de la pluie est petit, on l’entend siffler, le vent de la neige, gronde, on l’entend dans la cheminée.

Tempête, vent grêle, mauvais temps

Si en direction de Bordeaux, le ciel est obscur et que la montagne est claire, la grêle est en route.
Quand le vent d’autan arrive la nuit, il y est pour longtemps.
Quand on a un vent d’autan, on est sûr quand il s’arrête que la tempête arrive.
Quand on voit les montagnes proches, c’est signe de mauvais temps.
Quand il fait de l’orage le jour des Rameaux, il se place pour la saison.
Quand la grive chante et c’est très rare, c’est signe de mauvais temps.
À la saint Jules (12 avril), mauvais temps n’est pas installé pour longtemps.
S’il gèle à la Saint-Stanislas (11 avril), on aura deux jours de glace.
À la saint Gautier (9 avril), jamais le jour entier ne passe sans quelques giboulées

 La lune

De la pleine lune à la nouvelle, le bois fait beaucoup de fumée.
À la nouvelle lune, les branches des arbres sont plus fragiles.

Les récoltes

Mars gris, avril pluvieux, font l’an fertile et plantureux.
Quand avril est froid et pluvieux, les moissons n’en vont que mieux.
S’il fait du vent à la Saint-Jacques, à tous les coups, il casse le maïs.
Bourgeon qui pousse en avril, met peu de vin au baril.

Les palombes

Trois dictons bigourdans rythment  la saison de la palombe.
À la saint Michao (Michel) appeaux (29 septembre).
À la saint Luc, le grand truc. (18 octobre).
 À la saint Martin, c'est la fin. (11 novembre). 

Des villages par ordre alphabétique (2)

Agos-Vidalos : Que vau mes estar crabèr a Ago que curè a Viscòs - Mieux vaut être chevrier à Agos que curé à Viscòs. Relatif à la pauvreté des gens de Viscos

Arras : Tèrra de Diu e gent deu diable- Terre de Dieu et gens du diable. En d’autres termes : terre fertile et mauvaises gens.

Arrayou- Lahitte : Eras crabas d’Arrajon non son bonas ni ar’ompra ni ara calor - Les chèvres d’Arrayoou ne sont bien ni à l’ombre ni au soleil.

Arrens-Marsous : Eths d’Arrens qu’an ets dents a tres arrengs  -  Ceux d’Arrens ont une triple rangée de dents. En d’autres termes : Ceux d’Arrens sont très gourmands.

Barèges : Vrente d’Azun , camas de Cautarès et cap de Barètja que hèn un bon òmi – Ventre d’Azun, jambes de Cauterets et tête de Barèges font un bel homme.

Bartrès : Gegassèr de Bartréès getè lo còrn au diable quan d’eth non vilòn mes - Le gardien des juments de Bartrès jeta son cor au diable quand on ne voulut plus de lui. C’est ce qui se dit à l’adresse des individus qui affectent dédaigneusement de ne vouloir plus ce qu’ ils savent devoir leur être retiré (V. Lespy. Dictons Béarn).

Gez : Tira-hum de Gès, tres esclops d’Ortiac – À Gez par le feu des bogues on est enfumé, pour aller à Ortiac faut être bien ferré.

Ossun-ez-Angles : Mica cauta e luishon crut qu’an dat era caguèra ara gent d’Aussun – Miche chaude et petit-lait cru ont donné la diarrhée aux gens d’Ossun. (Rapport à l’alimentation de ces montagnards.)

Viey : Eth dia de Sent Silvèstre de Bei que volari èster ; per entà Cap d’an, ni eth mes ni eth an – Le jour de la Saint-Silvestre de Viey, je voudrais être ; mais à partir du premier de l’an, ni le mois, ni l’an. Allusion à la grande pauvreté du village, où l’abondance ne régnait sur les tables que le jour de la Saint-Sylvestre, fête patronale. 

(1) Par MRJC Baronnie des Angles (Rose Capdevielle)
(2) Relevé par Roger Roucolle.


                   
                       c) Les gravures sur pierre des bergers


Patrimoine mineur et méconnu, les gravures sur pierre des bergers,  lors des transhumances font partie du patrimoine pastoral. Peu de personnes, à l’exception de Joseph Thirant,  que j’avais rencontré jadis, au refuge la Grange de Holle, se sont penchées sur ce thème qui représente, parmi d’autres, une mémoire collective de nos hautes vallées. Le Béarn, essentiellement tourné vers le pastoralisme, à recensé depuis des années, ces traces de passage de leurs bergers, pas moins de 1 600. A ce jour, Joseph Thirant en a recensé en Lavedan environ 150.

Pourquoi ces gravures ?
La réponse la plus courante : pour passer le temps, car les journées étaient longues en estive et la solitude difficile à supporter. Joseph Thirant avance une seconde réponse : pour s’affirmer, pour marquer sa présence et son existence. Ces bergers étaient souvent des cadets et ne participaient jamais aux décisions de la famille. Parias, ils s’appropriaient ainsi, à peu de frais, de la montagne. De plus, leurs inscriptions prolongeaient leur existence, elles étaient censées être éternelles ; tant que les lichens ne les recouvraient pas.

Que gravaient-ils ?
Avec leur couteau ou un clou, une pierre servant de marteau, ils inscrivaient généralement leur nom, leurs initiales où la date de leur passage. Plus rarement des états d’âme : « j’ai faim, je n’ai pas de pain ; il fait froid... » Certains noms sont surmontés d’une croix ou encadrés. Peu de dessins.
Le plus surprenant c’est que peu de gravures sont antérieures à 1860. Et la plupart sont écrites en français et non en bigourdan, pourtant langue vernaculaire. Ce qui montre l’importance de la diffusion de la langue nationale à l’époque. Parler patois était interdit à l’école. Joseph Thirant constate que ces inscriptions ont tendance à disparaître après 1930 : fin des cadets et des longues journées en solitaire grâce à l’apparition de la voiture ?
La revue Bigorre Magazine avait fait un article sur le sujet, en 2003.




                                                  d) Les noms de famille : origines

Pendant des siècles, pour se faire connaitre, on n’employait comme nom celui du saint du calendrier romain, donné le jour du baptême. Saint naturellement décliné en langage local ; ainsi nous avions dans nos villages des :

Pé, Peyou, Pedro : Pierre
Yan,  Jouan, Jouantou, Gencieu : Jean
Jusep, Yusep, Jusepou, Jepet : Joseph
Marti, Martinet, Martinou : Martin
Bidal, Bidalou, Bidail : Vital
Rancès, Rotgé : Roger
Stébanet : Stéphane
Philot : Philippe
Menjoulou, : Dominique

Quand nous avions plusieurs prénoms identiques dans le même village, alors était accolé à celui-ci soit son métier, une de ses caractéristiques physiques ou un rapport avec son lieu d’habitation.

Par rapport aux métiers, par ordre chronologique nous avons :
Barbier : Barbé
Boulanger : Dufour, Fourcade
Chevrier : Craberie, Crabos
Cloutier : Claverie
Corroyeur : Courrèges
Forgeron : Faure ; Laforgue
Maçon : Peyret
Quincailler : Ferrère
Savetier : Sabaté
Tailleur : Sarte
Vacher : Bacqué, Bacquerie, Bacon

Par rapport aux qualités physiques
Belle, beau         : Bet, Betous, Bérot
Brun, sombre    : Brune, Brunet, Lebrun, Sombrun, Pambrun
Châtain               : Castay, Castin, Ducastin
Cheveux blancs : Peoublanc
Cheveux noirs  : Peounegre
Cheveux roux  : Peouroux
Clair                    : Clar, Claret, Clarens
Regard oblique (qui louche ?) : Espiau, Despiau
Robuste             : Dufort, Fortassin, Fortet
Roux                   : Larrouy, Darrouy, Roujet
Vert (jeune ?)   : Berdous, Berdoulat, Berdoulet.
Par rapport au lieu de la propriété familiale

Ces surnoms devenus lentement noms de famille sont postérieurs aux précédents. Ils furent en fait appliqués par référence à leurs seigneurs qui avaient pris l’habitude d’ajouter à leur prénoms, après celui de leur père, celui qualifiant leur château, comme Raymond Centulle de Castet Nau (château  neuf). Nous avons eu ainsi dans les populations rurales et pastorales les noms suivants par ordre alphabétique ; faisant référence aux, à :

bois : Duluc, Luquet,
buissons : Broca, Bruchot,
cols (ports) : Portet, Portes, Duport,
coteaux et côtes : Laserre, Batserre, Sarrat, et Ducos, Dangos, Pécoste, Lacoste, Costalla,.
chênes : Ducasse, Cassagne,
clôtures : Duclos, Anglade,
église : Gleyze, Lagleyze,
fougères : Houga, Fouga,
grange (borde) : Laborde, Borderie, 
landes : Lannes, Lalanne,
maison (case) : Cazalet, Cazalot, Cazalas, Cazeaux, Cazaubon, Trescazes, Cazenave, Cazaneuve, Subercazes, Caze,
montagne : Dupouy, Pépouy, Pujo, Lapuyade, Delpech,
noyers : Noguès, Nogaro,
pierre : Peyret, Lapeyre, Peyrouton, Dupérier, Peyrègne,
plateau : Dulan, Laplagne,
pommiers :  Pomès, Pomarède, Pomiès,
portes (des villes) : Laporte, Porterie,
prés : Prat, Pratdessus, Pradel, Paradol,
puits : Dupuy, Dupouts,
rivières, lacs, fontaines : Dulac, Durieux, Fontanille, Labat, Lacot, Lafont, Lafontan, Laquet, Larive, Larrieu, Rive, Rivière.
sommets : Puntus, Pointis,
terre, champs : Laterrade, Campistou , Campuzat, Campdebat ;
vallée (étroite) : Lacome, Capdecomme,
vignes : Vignes, Vignaux, Vignole, Vignalou, Lavigne,
villes : Capdeville, Capdevielle, Miègeville, Superville, Villeneuve, Menvielle

Les nobles se distinguèrent  surtout par des qualificatifs  concernant surtout leur domaine féodal ; C’est ainsi qu’étaient utilisés les mots comme roc, castel, mont et qui ont donné : Larroque, Roques, Montaut, Montségur, Montfort Castelnau, Castetnau, Castillon, Casteran.

La bourgeoisie des villes se servit également de qualificatifs positifs concernant leur propriété, afin de leur donner une certaine valeur. Ils utilisèrent des mots, comme Belair, Belloc, Bonnefous, Bonnefont, Bellecoste, Clarmont, Hauterive…

D’après l’Histoire des peuples et des États pyrénéens TIII, pp 609-627.