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Les légendes

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                                                                             Les Légendes

Pour occuper les longues soirées d’hiver en Lavedan, les locaux se racontaient  devant le feu de l’âtre, nombre d’histoires et de  légendes. Leurs origines avaient souvent pour base, l’Ancien Testament, les sorcières et le diable ou les faits d'armes du Grand Empereur Charlemagne, de son neveu Roland et des quatre frères Aymon, avec leur cheval-fée Baïar (ou Baïart).  Ces histoires légendées étaient transmises  de château en château par les trouvères et les troubadours. Puis, reprises par le peuple qui en transforma certaines en spectacle théâtral. Très superstitieux et aptes à croire au merveilleux, les Lavedanais les prenaient parfois pour des histoires vraies. Plusieurs ouvrages regroupant ces  légendes, qui avaient généralement plusieurs variantes, ont été édités au cours des siècles.


autour-de-la-cheminee
                  Durant les longues soirées d'hiver, on se racontait des légendes en famille, autour du feu de l'âtre. Cliché M-B Hourtané

Les histoires légendées de ce dossier sont le ssuivantes :
Lourdes-Le lac
Lourdes Boly
Lourdes Mirat
Lourdes Massabielle
Lourdes, la légende de la Mauresque (grotte du Roy)
Les pierres de Balandrau
Chèze
Lac d'ilhéou (lac bleu)
Lac d'Isaby
Agos-Vidalos
N.-D. de Piétat
Saint-Savin (les tributs)
Saint-Savin (le christ)
Chapelle d'Héas
Ste Marie de Luz
Pouey-Laün
Pont du diable (Saint-Pé)
La Croix blanche d'Arrodets
Le bois de Mourle (Lourdes)
L'âne de Couhitte
La naissance de Napoléon III (Cauterets)
Le rocher de Bun
Le berger d'Hountalade (Saint Sauveur)
La fée de Saint Sauveur
Roland et ses trois géants
Roland et la brèche de Gavarnie
Le mythe de Mulat-Barbe
Les légendes de Castelloubon
Le cheval Baïar (Esterre)

Légende du lac de Lourdes

Qui peut croire que Lourdes a eu, il y a bien longtemps le même destin que Sodome (la cité maudite de la Bible) ? Et pourtant... Dieu était très en colère contre la dépravation des Lourdais. Il s’invita en terre bigourdane incognito, bien sûr, déguisé en miséreux. Sa pauvreté apparente ne lui ouvrit aucune porte à l’exception de celle de deux Bigourdanes tout aussi pauvres que l’Éternel fait mendiant. Elles partagèrent avec lui leur maigre pitance et la chaleur de leur foyer. Par compassion et reconnaissance, Dieu les épargna de sa vengeance : il avait décidé de noyer la ville impie. Elle s’enfonça dans un énorme creux qui se transforma en lac, tandis que les deux femmes, averties, purent s’enfuir à temps, accompagnées d’un nouveau-né. Hélas l’une d’entre elles se retourna. Elle fut immédiatement transformée en pierre, comme la femme de Loth, en statue de sel. Nul ne doit contempler la colère divine. Pour ceux qui doutent, cette pierre ou peyre Crabère est toujours visible sur la route de Poueyferré. Pendant longtemps les locaux venaient à la Saint-Jean sur les rives du lac, écouter sonner les cloches de l’église immergée.

Cette légende du lac a connu au fil du temps, nombre de variantes. Curieusement, cette pierre Crabère servit très tôt de « pierre de fécondité ». Les femmes en mal de procréer venaient se frotter régulièrement à cette pierre. Certains locaux disent que ce rite ne s’est éteint que vers 1960.

         
              Lac de Lourdes. Photo J. Omnès                              Pierre à légendes, la Peyre Crabère. Photo J. Omnès

 La légende de Boly (Lourdes)

Nous savons par la légende du lac, que les Lourdais étaient si corrompus, que Dieu anéantit leur ville alors lacustre . Mais, réflexion toute à fait personnelle, cela ne faisait plus les affaires du Malin à la recherche de clientèle. Il dut attendre la reconstruction de la ville au pied du rocher qui servit d’assise  au futur château comtal, pour recommencer sa moisson. Et c’est là qu’intervient la légende de Boly.

Un jour, un certain Boly, par le truchement d’une sorcière, demanda de rencontrer le malin. Ce fut chose faite un Vendredi saint, jour de Sabbat, au pied de la tour de Guigne (tour du Garnavie), l’une des neuf tours de l’enceinte de la ville.  Le tentateur, tout de rouge vêtu, couleur flammes de l’Enfer,  se dirigea vers Boly. Après discussion, un accord se fit sur la vente de l’âme de ce dernier. Satan lui tendit alors le registre des damnées de la cité afin qu’il signe à côté de son nom, nouvellement mentionné. C’est alors que Boly lui jeta de l’eau bénite au visage, eau contenue  dans une petite fiole qu’il avait préalablement demandée au curé et cachée sous ses vêtements. Dans la panique qui s’ensuivit, Boly  s’empara dudit registre et après une course éperdue, sauta par-dessus le mur du cimetière, lieux consacré, dans lequel le démon ne pouvait pénétrer. C’est ainsi que de nombreux Lourdais et Lourdaises furent sauvés de la damnation éternelle.

Légende de Mirat

Le Sarrasin Mirat, rescapé de la bataille de Poitiers, en retournant en Espagne s’arrête et s’installe à Lourdes en occupant la forteresse qu’il nomme alors Mirambel. Malgré les assauts répétés des croisés de Charlemagne venus l’assiéger, le château reste imprenable. Mais les assiégés commencent à mourir de faim. Un miracle alors se produit (bien avant la venue de Marie). Un aigle survole les remparts avec un magnifique poisson dans son bec tout juste capturé dans le lac voisin. Le poisson tombe chez les Maures (autre nom des Sarrasins) qui s’empressent de le jeter par-dessus les remparts pour bien montrer qu’ils ne sont pas à court de vivres. Trompé, l’empereur à la barbe fleurie commence à plier bagages. La suite précise que Turpin, évêque du Puy-en-Velay, compagnon de Charlemagne, après de nombreuses tractations, obtient de Mirat une promesse de conversion, la mise sous protection de la Vierge de la cité avec un pèlerinage aux sanctuaires du Puy pour faire allégeance aux moines du chapitre. Ce qui se fera. Le jour de son baptême, Mirat prend le nom de Lorus, qui aurait été étendu à la ville sous le nom de Lourdes (Lourde). Après sa conversion, il récupère le château et la ville.

La traduction du document trouvé dans les archives des Pyrénées-Atlantiques, ne précise pas si le poisson était une truite et mentionne le lac et non le gave comme le prétendent certains. Il faut reconnaître cependant qu’il est assez curieux que l’aigle aille chercher sa pitance si loin et y avait-il des truites en 778 dans le lac ? Ce n’est qu’une légende. Peut-être que son auteur ne connaissait pas la configuration géographique des lieux.

Cette histoire  légendée aurait pour origine le texte d’un chroniqueur anglais du XIIe ou XIIIe siècle, le moine Marfin. Son existence aurait été inventée par les clercs pour justifier et rappeler la prépondérance du religieux sur la cité. Elle aurait pris appui sur des faits qui auraient pu être réels, mais jamais prouvés : la présence des Sarrasins à Lourdes, le siège du château par Charles, roi des Francs, la conversion de Mirat au Puy et sur des faits historiques connus : la mise sous la protection de la Vierge noire du Puy, de Lourdes, par le comte Bernard II en 1062, avec versement annuel d'un tribut aux moines du sanctuaire.
Une autre légende a été avancée au XIXe siècle. Celle de la princesse éthiopienne Lorda, sœur de Tarbis… Pour les historiens actuels (peu sensibles à cette poésie), le toponyme Lourdes est d’origine inconnue, vraisemblablement prélatine. Le s final est une adjonction du XVIIIe siècle.

Cette légende est à l’origine des armes de la ville, du moins de celles de 1736 :  « Ecu de gueules à trois tours d’or, maçonnées de sable, sur un roc d’argent ; celle du milieu, plus haute, surmontée d’un aigle déployé, tenant dans son bec une truite d’argent ; en pointe d’azur  aux six montagnes d’argent baignées d’un gave au naturel. » Les six montagnes délimitent les sept vallées du Lavedan.

 Charlemagne

Armes de la ville, blason assez approximatif : l’aigle ressemble à un cormoran. Charlemagne et Mirat en route pour Le Puy . Au bout de leur pique la terre de Bigorre. Carte postale

 
Reddition de Mirat, vitrail de la chapelle du château fort          Mirat en route pour Le Puy (Présentée comme telle dans certains supports). Photos J. Omnès

La grotte de Massabielle

On a pu lire vers 1900, à plusieurs reprises, que la grotte de Massabielle avait été dans les temps anciens, un temple naturel dédié à Vénus. Il a été même affirmé que dans la cavité où apparut la Vierge, se trouvait une pierre sacrificielle, voire la sculpture d’un dieu adoré par les premiers habitants de la région… Afin de mettre fin à ces divagations, l’évêque de l’époque fit intervenir en 1940, le célèbre spéléologue Norbert Casteret. Après exploration, il constata que la grotte n’avait rien d’une grotte préhistorique, ni protohistorique. C’est une simple cavité calcaire avec un bloc morainique coincé dans un boyau et quelques stalagmites aux formes suggestives. Aucun élément d’habitat ou de présence humaine n’a été détecté.

Cela n’a pas empêché l’Église gallicane, en 1987, de reprendre les élucubrations antérieures en y ajoutant des sacrifices druidiques. Cette démarche qui n’a rien de scientifique, a pourtant été reprise la même année, avec de légères variantes dans une thèse d’État (1) sur les mythes chtoniens (2). Avec, en particulier, ceux des dames blanches ou des fées (hadas) et leur rapprochement avec les lieux de culte de la Vierge, dont Lourdes. 

En fait, Massabielle n’a jamais eu cette appellation de grotte aux fées mais plutôt de tute (3) aux cochons. Et jamais l’archéologue Piette, mentionné dans la thèse, n’a fait de recherches en 1880, dans cette cavité. Notre « universitaire » semble confondre cette grotte avec celles dites des Espélugues au-dessus, où la présence humaine a été importante dès le Magdalénien. Cette démarche, par ailleurs peu rationnelle, ne peut que nuire aux naturalistes qui ne connaissent que les faits, rien que les faits. Même Émile Zola dans ses recherches de la vérité n’avait osé émettre de telles hypothèses.

Lire : Bulletin de la Société d‘études des sept vallées, t. 20, 1989 : « Touche pas à ma grotte » de l’archéologue Jacques Omnès.
(1) I. Gratacos, 1987 Faits et Gestes. Femmes pyrénéennes : un statut social exceptionnel en Europe. Toulouse. Éd. Privat.
(2) Qualificatif pour des divinités infernales.
(3) Petite cavité.
La tute aux cochons

La légende de la grotte du Roy

Roy 10002 2 
Etonnante couverture dont le sens m'échappe un peu

LOURDES : LA GROTTE DU ROY ENTRE LEGENDES ET APPELLATIONS

Il parait que nos arrières-parents, du moins ceux nés dans la région lourdaise, lorsque nous n’étions pas sages nous criaient : « Prends garde la Coho (1) rouyo (le chapeau rouge, allusion au diable) va t’emporter si tu n’arrêtes pas ! », c’est du moins ce qu’affirme Auguste Bérard dans une légende peu connue du grand public : la légende de la grotte du Roy, en fait, il s’agit de plusieurs légendes sur les origines variées de ladite grotte.

Il y avait fort longtemps, deux jeunes vachers Méniquet et Baptistou devant se diriger au Sum d’Exh (Ech) où il faisait fort froid emportèrent avec eux des braises du foyer familial dans un mirliton (poterie). Pendant que leurs chiens Pastoure et Bergère gardaient le troupeau, nos deux compères descendirent dans un creux protégé, pour se réchauffer. Ils allumèrent un feu. En soufflant ardemment sur les braises, ils incendièrent les hautes herbes, et le feu se développa immédiatement dans tout le secteur vu les vents violents. Ils rentrèrent aussitôt chez eux sans avouer leur mésaventure.

Voyant le ciel s’embraser en dehors de la période des écobuages, les gens de Batsurguère crurent à une action du diable qui montrait sa coiffe rouge (la coho rouyo) ! Diable qui bien sûr était entré dans la grotte par le « Hourat de la Maouba », le trou mauve, de la couleur des fougères gorgées d’humidité, trou qui donnait accès sur les hauteurs à la sortie d’un gouffre. Pour apaiser le courroux de l’ange déchu, il fallait lui offrir un présent, sous la forme d’une poule noire à crêtes à trois dents, symbole du trident diabolique rougi au feu. Bien sûr, le présent devait être présenté par un enfant, vierge de tout péché et l’assistance devait prononcer : « nigrasum ! pebernna ! miranti ! » . Le conteur ne mentionne pas si les processions mirent fin aux incendies.

En revanche, il parait que les habitants de Viger, moins crédules ne s’associèrent pas aux actions de leurs voisins. Ils firent croire à ceux qui voulaient les entendre que c’était en fait une action des fées, des hadas, ce qui ne les empêchait pas de se signer quand ils allaient au marché de Lourdes en passant devant la grotte. Pour eux c’était «lou Hourat de las Hadas » : le trou des fées.

Quant aux Lourdais, plus malins et plus rationalistes que les campagnards, c’est du moins ce qu’ils pensaient, attribuaient cette malédiction à l’ « eau malfaisante » qui sortait de la grotte ; malfaisante car elles avaient certainement une origine diabolique, par le bruit infernal que l’eau dégageait en s’engouffrant en diverses cascades probablement pour accompagner Satan et ses affidés au sabbat ; la grotte devenait pour eux « lou Hourat de la Maouga » Le narrateur ne se pose pas la question comment l’eau, même diabolique, pouvait engendrer un incendie.

Mais, comme à Lourdes une opinion est immédiatement contredite par une autre, les plus doctes penseurs de la cité firent remarquer qu’il ne fallait pas prononcer Maouba ou Maouga mais « Maoura : le trou de la Mauresque. Logique, puisque tous les Maures quittant la région après la défaite de Lanne Mourine, ne purent suivre les fuyards. Malade, la mauresque, bien sûr jeune et belle, trouva refuge dans cette grotte où aux alentours poussaient des plantes médicinales. Sa guérison fut rapide, mais elle préféra rester sur place plutôt que suivre les siens. La grotte de la mauresque commença à avoir une telle réputation qu’un jeune d’Omex descendit dans l’antre de la belle et ne réapparu plus au village. Il avait été subjugué par les chants mélodieux de la Mahométane.

Devenue vieille, elle avait une telle connaissance des plantes et une telle réputation de guérisseuse que les hommes osaient venir lui rendre visite. Les femmes, elles, passaient devant l’entrée de la grotte en se signant pour chasser la « sorcière ». Il se disait que le soir, elle remontait le la cavité jusqu’au haut du gouffre pour sortir au sommet de la montagne afin de faire des feux de messages à ses coreligionnaires au loin, de l’autre côté des montagnes, leur prouvant qu’elle était toujours là, pour s’occuper des tombes des ancêtres. Il fallut attendre plusieurs années après sa mort pour qu’un soldat de l’Empire, garde-champêtre à Ségus osa pénétrer l’antre de la sorcière-guérisseuse. Il y trouva le fiancé d’Omex transformé en statue de pierre, près du cadavre de la Maoura. Lorsqu’il toucha le corps de celle-ci, il se réduisit en poussière engendrant un immense feu follet.

Afin de régler une fois pour toutes, le nom de cette cavité on l’appela grotte dou Rey, la grotte du Roy, que certains linguistes traduisent par grotte ventée.

(1) Sur le Simin Palay bonnet = cohe ou cohou. PS : d’après le Simin Palay houràt = trou, mahourè = rustre. Pas de trace de Mahouga ni de Mahouba. En revanche Mauresque = Mahounitâ


Pierres à légende du Balandrau (Argelès)

Près d'Argelès, à quinzaine de minutes de marche, se trouvent le long d'un chemin de randonnée, deux blocs erratiques provenant du glacier de Gavarnie. La disposition curieuse où l'un est posé sur l'autre, en équilibre instable, sur un à pic dominant la vallée, a jadis développé l'imaginaire local, prompt à croire au merveilleux.  Le rocher instable ne pouvait être que l'oeuvre d'une fée d'où le nom ancien donné au lieu, "lou caillaou d'era encantado" Le caillou de l'enchanteresse, car bien sûr, seule une fée pouvait vivre dans un tel lieu. Elle s'appelait paraît-il Dauna. Il paraît que la pierre dominante masquait l'entrée de sa demeure et qu' il suffisait de la faire pivoter pour entrer dans celle-ci ou mieux pour faire sortir la fée et bénéficier de ses dons magiques. D'après Bernard Duhourcau (1), elle s'alimentait d'oranges d'or, de l'oranger proche,  "toujours couvert de fleurs odorantes et de fruits d'or." D'après d'autres auteurs, il s'agirait d'un pommier (ce qui est plus vraisemblable dans l'imaginaire local) dont les fruits offraient longévité. À Gez, presque le même phénomène géologique est nommé caillou de la sorcière.

(1) Guide des Pyrénées mystérieuses. Tchou, 1985, p 190.
Balandrau1 Les rochers de Balandrau. Photo J. Omnès

 Histoire légendée  de Chèze

Le curieux pigeonnier de Chèze serait l’œuvre d’un entrepreneur local. Il se dit dans le village qu’en 1775, lors de la construction de l’église actuelle, cet entrepreneur avait été refusé pour la réalisation du clocher. Vexé et décidé à prouver ce dont il était capable, il construisit avec ses compagnons la tour pigeonnier qu’il termina, dit-on, avant que le clocher de l’église ne fût achevé par l’équipe choisie par la commune. Les entrées des boulins sont accessibles par des planches fixées horizontalemnt sur chaque façade.

       Pigeonnier Chèze
                                                 Pigeonnier-tour de Chèze. Photos J. Omnès

 Cheze pigeonnier 2 Chèze pigeonnier




Légende du lac de Lhéou (lac Bleu)

Après le  lac de Lourdes, Dieu, jadis parcourant la terre à la recherche de bonnes âmes, s’arrêta en Haute terre de Bigorre, au village d’estive de Lhéou, vers Campan. Les bergers faisaient alors bombance et le Seigneur déguisé en mendiant leur fit l’aumône, en vain. Il se dirigea alors vers une petite cabane où logeait un pasteur. Celui-ci pris pitié du pauvre ère, lui offrit un couche de paille et un repas fait d’un veau tendre qu’il s’empressa de tuer et de rôtir pour honorer son hôte. À la fin du bon repas Dieu dit : "Mon cher hôte, mettez à part tous les os de ce veau, hors un que je vais prendre." Ce que fis le pasteur. La nuit passée, il se leva et trouva la couche du mendiant vide. Ce dernier était parti. En sortant de sa misérable cabane qu’elle ne fut pas sa surprise de voir, broutant dans son pré, le veau qu’il avait sacrifié la veille ; à son cou pendait une sonnaille dont le battant était fait de l’os qu’avait emporté son visiteur. Cherchant son bienfaiteur, son regard se fixa sur un lac bleu imposant à l’emplacement du hameau de Lhéou que les locaux appelaient Ilhéou. Dieu, comme à Lourdes avait puni les hommes de peu de compassion en submergeant leur hameau. Le pasteur alla prévenir le curé du grand malheur. Une procession parti de Lesponne, afin de prier pour le salut des âmes des englouties. Le lac prit par la suite le nom de lac Bleu, afin d’oublier la triste histoire du village de Léhou-Ilhéou.



Légende du lac d’Isaby

 

Ce lac est à l’origine d’une pittoresque légende, digne de Walt Disney. Un dragon, certains disent un serpent (avec de grandes côtes), hantait la région, il engloutissait à chaque repas, nombre de pasteurs, chiens et brebis. Les victimes s'ajoutaient aux victimes ; la situation  ne pouvait plus durer. Le maréchal-ferrant d’Arbouix fut alors choisi pour débarrasser le village de cet encombrant voisin. Notre villageois eut alors l’idée de chauffer à blanc une enclume et la fit avaler au monstre. D'autres témoins parlent de sept barres de fer portées au rouge. Il parait qu'il dut renouveler son acte courageux sept fois, en se retirant au plus vite pour ne pas être absorbé par l'immense gueule du monstre. Quoiqu'il en soit, pour échapper à une mort certaine, le monstre aux entrailles en feu,  but une quantité considérable d’eau des torrents voisins. Il en but tant, qu’il explosa et donna naissance… à un  lac, le lac d'Isaby. On croit savoir que notre forgeron obtint en récompense, pour lui et sa descendance, un droit de pacage gratuit, là où auparavant sévissait l'épouvantable animal. Comme rien ne se perd à la campagne, les villageois construisirent une chapelle avec les côtes du reptile ! Mal leur en pris, Dieu leur envoya pluie sur pluie, grêle sur grêle. Ils comprirent que l'on ne peut offrir au Créateur, une église faite des ossements d'une bête maudite. Ils durent démolir leur ouvrage et reconstruire une église en pierre du pays.


Doré-Isaby                                                                             Légende du lac d'Isaby par G. Doré



Légendes d'Agos-Vidalos
Légende de la grotte de Bours
Cette grotte située à l'arrière de l'ancienne carrière de Vidalos abritait trois belles fées, terriblement attirantes, mais inaccessibles par le commun des mortels, mais pas insensibles à la beauté de certains mortels. Un jour, apercevant le seigneur des lieux, le sire Deneins, elles s'éprirent de lui. Afin de s'approcher dudit seigneur, elles creusèrent avec l'aide de leurs bergers, les hadous, un tunnel accédant au château. La décence de l'époque ne dit pas ce qui se passa. Mais l'on sut qu'il avait après cette visite, un descendant sans nom parmi ses sujets.

La grotte de Miquette ou Miquelle
Une chevrière au bon coeur aida lors d'une forte disette, plusieurs fées à surmonter leur faim. En remerciement, elles lui offrirent la grotte pour abriter son troupeau, grotte qui prit son nom.

Le caillou de l'Aouzéro
C'est un éperon rocheux qui se trouve dans la faille de l'Aouzéro derrière la gare inférieure du Pibeste. Ce rocher appelé rocher de Roland, aurait serbvit à notre héros pour se défendre et tuer l'un de ses ennemis. Il serra si fort la pierre que les empreintes de ses cinq doigts y sont gravés pour toujours.

Les monstres d'Agos-Vidalos pm


Légende de la chapelle de Piétat

Cette chapelle a pour origine une légende qui remonte au XIe siècle : la veuve d’un preux chevalier mort en Terre Sainte voulut marier sa fille à un beau jeune homme revenu des croisades. La veille du mariage, elle apprit l’origine de son futur gendre : il était le fils illégitime de son défunt mari et d’une levantine chrétienne rencontrée à Jérusalem. La jeune promise se suicida et le beau jeune homme se repentit en faisant construire cette chapelle où il se retira du monde. Depuis le XVe siècle, le lieu est voué à Notre-Dame-de l’Espérance. Cette vierge était implorée par les couples désireux d’avoir un enfant et ayant quelques difficultés à en avoir un.

 
Chapelle N.-D. de Piétat 



 

Légende des tributs de Saint-Savin

Le sel des sources d’Accous en Béarn voisin était bien connu des puissants moines de l’abbaye de Saint-Savin. Ils envoyaient régulièrement, selon la tradition, leurs paysans chercher le précieux condiment. En contrepartie, ils devaient un paiement annuel appelé tribut des médailles (?). Or, le règlement de celui-ci tardait. Les représailles, elles, ne tardèrent pas. Descendant en nombre sur Saint-Savin, les paysans guerriers accoulois, décidés à être rétribués en nature, furent arrêtés par les hommes du père abbé qui les massacrèrent. Mais bien sûr, ils avaient été auparavant envoûtés par ledit père abbé, qui leur avait jeté un sort en les paralysant. Les formules utilisées seraient issues d’un ouvrage satanique. L’affaire fit grand bruit dans le monde chrétien. Le pape dut intervenir. Avec l’aide de Dieu, bien sûr, il jeta une malédiction sur la vallée où durant sept ans les femmes et les animaux furent stériles. Les Lavedanais durent alors accepter la sentence de l’intermédiaire du pape en la personne de l’évêque du Comminges. Ils furent tous condamnés à aller en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle et à payer ad vitam aeternam une amende annuelle (tribut).

 
Abbatiale de Saint-Savin 



Légende de  Saint-Savin (le christ) selon G. Marès. Le pays de Lourdes et les environs


 «  C’était, paraît-il à l’époque des Croisades. Un seigneur partant pour délivrer le Saint-Sépulcre, après avoir réalisé tous ses biens, confia Blanche, sa fille unique, aux bons moines de Saint-Savin. Le seigneur mourut en combattant vaillamment les infidèles et les moines adoptèrent son enfant qui devint bientôt une ravissante jeune fille. Dire les soins dont fut entourée la pupille du couvent serait bien difficile. Notons seulement qu’elle était séduisante de beauté, de grâce et de bonté. C’est elle que le prieur chargeait de distribuer les aumônes et de visiter les malades.
Or il advint qu’un jour, au cours d’une de ses visites, Blanche rencontra un jeune seigneur dont la famille occupait le château de Beaucens. Le seigneur fut tellement frappé de la beauté de la jeune fille qu’il s’arrangea pour la rencontrer souvent. L’enfant ne parla pas de ces rencontres à ses tuteurs et il arriva… ce qui arrive aux cœurs de vingt ans. L’amour vint et l’ingénue ne sut pas longtemps se défendre contre les séductions.
Les conséquences de la faute commise ne tardèrent pas à se manifester. Le monastère s’émut. Le Chapitre réuni manda la demoiselle devant lui et obtint d’elle l’aveu de ce qui s’était passé.
Les bons religieux n’hésitèrent pas à accepter la version de leur protégée dont ils connaissaient les grandes qualités et la haute vertu. Ils crurent, comme elle le leur racontait, qu’elle n’avait succombé qu’à une promesse de prochain mariage.
Ils firent comparaître le seigneur de Beaucens dans leur salle capitulaire et l’invitèrent à tenir la parole donnée et à réparer la faute commise.
Blanche était ruinée et, alors comme aujourd’hui, beaux écus plus que beaux yeux étaient entremetteurs de mariages. Le jeune homme nia. Il nia malgré les objurgations de la jeune fille ; il nia malgré ses larmes.
Les religieux ne doutaient pas qu’il ne mentit ; mais comment savoir la vérité, avoir une preuve.
La jeune fille eut une soudaine inspiration : « La promesse, dit-elle, a été faite aux pieds du Grand Christ de l’église. Confrontez-nous devant lui et je suis sûre que la lumière se fera ! »
On se transporta immédiatement devant le Christ. Et là, Blanche adjura de nouveau le jeune seigneur de confesser la vérité. Il resta impassible. Le Chapitre était désolé, lorsque, tout à coup, en une prière ardente, sa pupille adressa au Christ une supplication extrême. Et, doucement, lentement, à la grande stupéfaction de tous, le grand Christ bougea sa tête inclinée depuis des siècles, et pour donner plus de poids à son intervention divine, il la maintint dans une nouvelle position.

Cette évidente intervention du ciel dessilla les yeux du jeune homme. Profondément troublé, il dit l’aveu de son crime, confessa sa promesse, et, sans perdre un instant, les moines ravis, procédèrent à la célébration du mariage. »

Christ St Savin 
Le visage "mouvant". Photo J. Omnès

 

Légende de la Chapelle d’Héas (Gèdre)

Trois bergers furent désignés qui gardaient leurs troupeaux sur le plateau de l’Aguila décidèrent un jour de construire une chapelle vers Héas, afin d’honorer la Vierge, protectrice des troupeaux. Tous les jours, trois chèvres sauvages accompagnées de trois chevreaux venaient les alimenter en lait. Jusqu’au jour où mal inspirés, ils décidèrent de manger l’un des chevreaux. Les chèvres qui accomplissaient une mission divine furent alertées par leur instinct et ne revinrent plus, les laissant alors mourir de soif. Nos braves maçons, auteur du sixième péché capital, durent arrêter la construction qui resta inachevée pour redescendre dans la plaine. Une autre version dit qu’ils furent sauvés par les habitants.

Une autre traduction arrive parfois jusqu’à nous, elle est plus complexe :

On racontait dans les veillées, que des bergers qui gardaient leurs troupeaux sur le plateau de l’Aguila auraient vu deux colombes d’une éblouissante blancheur qui ne cessaient de venir se désaltérer à un ruisseau proche, et repartaient l’une en bas, vers Héas où se trouvait un oratoire,  l’autre vers Poueylaün. Les bergers crurent à un message divin, Poueylaün  possédant déjà une chapelle, ils pensèrent que la vierge voulait également une chapelle à la place de l’oratoire.

Ils la construisirent en se transformant en maçon, mais leur manquait une statue de Marie pour honorer leur travail. Aussi allèrent-ils de nuit en Aragon de l’autre côté de la montagne, au sanctuaire de la Pinède, en traversant le chaos de l’Arayé. Ils s’accaparèrent de la statue du site, sans scrupule,  puisque le vol se faisait sous l’emprise de la Foi. Puis, repartirent aussi vite et discrètement qu’ils étaient venus, mais ne purent s’empêcher de s’arrêter pour dormir au col de Canaou. Sommeil imprudent, car les Aragonais purent récupérer leur bien sans difficulté. A leur réveil, la déception fut grande ; mais leur détermination et leur Foi furent vite récompensées : une source se mit à couler du rocher où la statue avait été posée. Elle prit le nom de fontaine Notre-Dame (hount santa).
Et bien sûr, ils trouvèrent en fouillant le sol devant la source, une autre statue qu’ils amèneront à leur chapelle. Une variante évoque, un second vol de la statue une fois arrivée à Héas par les gens de Luz jaloux ; avec la Vierge qui s’échappent et revient seule chez elle, à Héas en s’arrêtant sur un rocher, le caillou de l’Arayé. Comme toutes les traditions orales, il y eut beaucoup de variantes.

       Héas 001 3

                                  N-D d’Héas                                    Vitraux : la légende des chèvres.

L’autre légende

Jean Barbet dans son guide de 1893, ne fait pas mention de cette légende des chèvres mais en évoque une autre, moins connue. Des soldats frontaliers bivouaquaient près de la chapelle et l’un d’entre eux peu enclin à respecter les choses de la Religion, trouvait un peu déplacé la vénération que ses coreligionnaires témoignaient envers N-D d’Héas. Esprit fort, il n’hésitât pas, par bravade,  à décharger son fusil sur la petite statue logée dans la niche en façade. Près d’une heure après ce triste évènement, quelle ne fut pas l’étonnement de ses camarades de voir le mécréant tomber à terre, raide mort, une balle entre les deux yeux au même endroit qu’il avait touché la statue. Il parait que ce projectile venait de très loin, d’un fusil espagnol de l’autre côté de la frontière. Mais les soldats n’ayant rien entendu crurent à une vengeance divine. Leur dévotion envers la reine du Ciel décupla.


Légende de Sainte- Marie et de l’ermitage Saint-Pierre de Luz

Le château de Luz -Saint -Sauveur s’appelle château Sainte-Marie. L’origine de ce nom se perd dans la nuit des temps et nous est donnée pour la première fois  par une légende qui nous vient du XIVe siècle.
Elle est décrite par Bernard Duhourcau dans son guide sur les Pyrénées mystérieuses.

Après le traité de Brétigny en 1360, qui donna la Bigorre au parti anglais, leur commanditaire Jean de Béarn, gouverneur du château comtal de Lourdes, installa ses « routiers » composés de mercenaires,  dans celui de Luz.  Avec à leur tête un Cagot, ils écumaient et rançonnaient la région. Un jour, ils ramenèrent à leur chef une captive, une belle jeune fille d’Arcizans, au nom de Marie. Epris d’elle, le chef voulut l’épouser alors que son fiancé était parti à sa recherche. Enfermée dans la tour, elle implora longuement la Vierge et si fortement que le jour des noces, un imposant nuage enveloppa la forteresse et un cortège d’anges en sortit pour enlever la belle prisonnière.
Le chef des brigands, dépité, implora le ciel de lui rendre son « bien ». Il hurla de rage si fort, qu’il attira l’attention du fiancé, alors proche des remparts, et qui alors s’empara de sa fronde et d’une pierre bien placée, tua net le ravisseur.

La même histoire légendée raconte  que le fiancé fou de douleur, se fit ermite et construisit son ermitage non loin des faits. Ermitage qu’il dédia à saint Pierre. C’est à l’emplacement de cet ermitage que Napoléon III décida, lors de son passage dans la cité en 1860, de faire construire une chapelle qui prit le nom de Solferino en remerciement pour la victoire que lui avait offert  le ciel.

ermitage Solferino
                                                                                                   Ermitage de Saint- Pierre, lithographie de Mailhé 1836

L’histoire officielle veut que le dernier occupant de l’ermitage ait été le père Ambroise de Lombez, mort en 1778. Cette version a été réfutée avec preuves à l’appui par Jean Bourdette, qui affirma que ce moine capucin mort dans la « maison Labas » avait été enterré dans le cimetière de l’église. Là, il ne s’agit pas d’une légende mais d'une erreur du curé de Luz qui informa mal l’empereur lors de la réalisation du mausolée d’Ambroise de Lombez.



 

Légende de la chapelle de Pouey-Laün (Arrens-Marsous)

L’origine de ce site est plus ou moins légendaire. Un paysan local aurait aperçu, plusieurs nuits consécutives, une étrange lumière venant du pouey (monticule). Il s’y rendit et découvrit une statue de la Vierge. La statue fut apportée au curé d’Arrens, mais chaque matin on la retrouvait sur le rocher. Les habitants décidèrent alors de lui construire une chapelle. Celle que nous voyons maintenant.


     Chapelle de Pouey-Laün. Photo J. Omnès




Légende de la grotte d'Arrode (Gèdre)

Une jeune chevrière de Trimbareilles, menait souvent paître son troupeau composé de toutes les chèvres du hameau, aux environs de la grotte d'Arrode.
 Un jour, ayant perdu un animal qui s’était un peu écarté du troupeau, elle dut retourner vers la grotte où la chèvre aurait pu se cacher. Cette excavation étant un abri naturel pour les bergers et les troupeaux par temps de pluie. C’est alors qu’elle aperçut à l'entrée de la caverne un animal fantastique. Il se tenait couché, avec à côté de lui, un drap blanc sur lequel s'amoncelaient pièces d'or, bijoux, diamants et autres pierres précieuses.
L’animal ressemblait à un dragon ou un serpent ailé qui ne présentait  aucune animosité, bien au contraire. Voyant que la jeune fille le regardait comme pétrifiée, n’osant ni avancer, ni reculer, le dragon-serpent  l’invita d’une voix douce à s'approcher sans crainte.
La pastourelle avança timidement, tout en observant le trésor qui s’étalait devant-elle Comment peut-on accumuler autant de richesses en un tel endroit, pensait–elle. L’animal amusé devinait ses pensées. Un dialogue s’engagea entre eux :
- Tu voudrais bien posséder tout cela, n'est-ce pas ? 
-  Bien sûr, monsieur le serpent, si je le pouvais, nous ne serions plus pauvres avec mes parents. Une simple petite partie de votre trésor suffirait à  nous rendre heureux.
 - Je te trouve sympathique. Si tu me rends un service, toute cette fortune sera à toi.
 -  Que dois-je faire ? demanda aussitôt la chevrière empressée. 
 - Une chose simple, répondit le serpent. Tu reviens ici demain vers l'aube, après avoir conduit tes chèvres au bord du bois. Tu t’allongeras sur le sol et me laisseras passer trois fois sur ton dos. Et ce, sans bouger et sans le moindre mot. Mais surtout, tu ne diras rien à personne, toi seule doit bénéficier de ma largesse. À demain donc ! Sois exacte au rendez-vous et n’aie pas peur, il ne t'arrivera aucun mal. À ces mots, trésor et dragon disparurent, et le crépuscule tomba. La bergère entendit soudain son chevreau crier derrière un arbuste : il était retrouvé. Elle l'emmena, heureuse en le pressant contre sa poitrine.

Durant toute la nuit, la bergère rêva de son entretien avec son curieux interlocuteur. Elle se voyait déjà princesse. Des  projets de toutes sortes envahissaient ses pensées. Elle garda le silence imposé par le serpent-dragon.
Et, à l'heure dite, elle se hâta de gagner la grotte d'Arrode, avec ses chèvres préalablement rassemblées. Mais sa démarche fut vaine, car l’animal avait oublié de lui dire qu’elle devait être à jeun ce jour-là. Le lendemain, la bergère par inadvertance goûta un grain de blé d’un champ dont les épis commençaient à mûrir. Il fallut attendre le troisième jour pour que  toutes les conditions requises soient remplies. Le dragon rampa vers la jeune fille qui s'était étendue de tout son long, et, une première fois, lui passa lentement sur le corps. Elle tremblait, elle s'attendait à sentir une impression désagréable ; les écailles se bornèrent à effleurer la bure de son corsage ; en outre, l'animal, qui aurait dû lui sembler très lourd, ne l'incommoda nullement par son poids. La seconde fois, par contre, elle crut qu'une barre de fer rougie au feu se promenait au-dessus d'elle, mais elle ne souffla mot. Enfin, lors de l'épreuve suprême, la peau du dragon devint tout à coup si froide que la jeune fille eut l’impression d’avoir un bloc de glace sur le dos. Alors, n’y tenant plus, et dans un mouvement de répulsion, elle s’écria :- Que tu es froid !
Les belles couleurs du dragon s’estompèrent, il pleura en poussant un gémissement entendu dans toute la vallée.
- Ah ! malheureuse !, s'écria-t-il. Tu pouvais me sauver et tu as rendu, par ta sottise, mon enchantement éternel !
Pendant que le trésor disparaissait aux yeux de l’infortunée chevrière, l'animal se précipita au fond de la grotte. Personne depuis, ne l'a vu sortir. Mais les Barégeoises, instruites par les bavardages de la petite bergère, se rendent depuis, régulièrement près de la caverne, dans le secret espoir  de réussir là où leur amie avait échoué.

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Légende de la grotte d'Arrode . Illustration Anne Stokes. Entrée de la grotte, cliché L.B. en 1903



Légende du Pont du Diable à Saint-Pé-de-Bigorre :

"Il y a bien longtemps, quand le village de Saint-Pé était coupé en deux par le Gave de Pau et que la rive gauche s’appelait Générès, il n’y avait pas de pont.
La route venant du Béarn serpentait sur cette rive, escaladait la crête des coteaux et s’en allait vers Lourdes. On traversait, à cet endroit, la Génie, à gué, quand les eaux étaient basses ou sur des passerelles faites de troncs d’arbres et de bûches. Par temps d’orages, quand les eaux montaient les passerelles étaient  souvent emportées. L’hiver, au moment de la fonte des neiges, on ne passait plus. Sur chaque rive, charbonniers alors nombreux  et bergers étaient isolés. Les fermes bâties au pied des collines de  la Garde et de la Pale se trouvaient coupées de la petite ville pendant des jours, voire des semaines…Sous la férule du maire de l’époque, on entreprit alors la construction d’un pont.
Mais le petit torrent, aux eaux enchanteresses ou capricieuses, défiait alors l’habilité des maçons. On raconte même qu‘un esprit malin s’acharnait à contrarier la réalisation de ce projet. Ainsi, tous les matins le pont était détruit. On s’accusa de toutes parts, jusqu’au soir où, raconte t’on, le maire inquiet que cela lui coût sa réélection, passa un pacte avec le diable en personne.
eaux montaient, les passerelles étaient souvent emportées.

Après moultes péripéties, ce pont fut terminé et le maire réussit à se délier de son pacte avec le diable. La vie reprit son cours, comme le torrent qui coule désormais sous le Pont du Diable. Le pont fut béni, le maire fut à nouveau élu et l’on planta trois croix. Une grande sur la placette au Bout du Pont où elle se dresse toujours et deux petites, une de chaque côté du “Pont du Diable”, ainsi dénommé depuis ce petit matin pluvieux de septembre, il y a très longtemps. Cette campagne, où coule la Génie, porte le nom de Trescrouts (trois croix)." Texte de Pauline OT de Saint-Pé.

Saint Pé
Photo du pont. Ot de Saint-Pé

Ce pont donne accés à l'ancien quartier de Saint-Pé, Générès.

 



Légende de la Croix Blanche d'Arrodets (Vallée du Castelloubon)

Au col de la Croix blanche se trouve une croix de fer sur un socle de pierre. Jadis en 1769, il y avait à son emplacement une croix  massive de pierre. Ce petit édifice a pour origine une légende rapportée par nombre de conteurs : A une époque lointaine, le valet d’un seigneur local se rendant à Bagnères pour y déposer une somme considérable, emprunta l’ancien chemin des Jacquets, derrière le château des Angles pour arriver sur le chemin de crête bien connu. Et là, face à lui, se trouvait debout, un homme de grande taille, à l’aspect peu avenant et armé d’un lance. Effrayé notre valet baissant la tête accéléra la pas en le contournant. Mais  l’inconnu lui sauta dessus en le transperçant de sa lance. Les cris d’épouvante du moribond couvrirent la vallée et arrivèrent aux oreilles de deux bergers qui gardaient leurs troupeaux sur les pentes des lieux. Ils se mirent à courir pour porter secours à l’auteur de ces cris. L’agresseur eut à peine le temps de s’enfuir laissant notre homme agoniser sans avoir eu le temps de le dévaliser. Les bergers ne purent qu’ensevelir le corps, et le recouvrir pour le protéger des prédateurs, d’une grosse pierre. Quelques années plus tard, des pasteurs passant sur le même chemin se mirent par jeu à faire rouler ladite pierre au fond de la vallée.  Plusieurs jours après repassant par-là, quel ne fut pas leur étonnement de retrouver la pierre à l’emplacement d’origine. Surpris nos deux hommes renouvelèrent leur geste. Et surprise  la pierre remontait seule la pente. Renouvelant l’expérience leur surprise se transforma en épouvante. Non ils n’avaient rêvé. Leurs concitoyens du village virent là une manifestation de vengeance divine. Ils érigèrent à l’emplacement une croix de pierre digne d’une tombe chrétienne. Dans cette version partagée avec Jean Barbet, rien n’est dit sur le magot de la victime et si les pasteurs savaient que c’était une tombe. Ce n’est qu’une légende

Aussi, cette légende a connu nombre de variantes : parfois le valet est  un prêtre très riche qui aurait été tué par son oncle, seigneur local pour récupérer au plus vite l’héritage qui avait acté chez un notaire par son parent. Pris de remord, le seigneur alla voir le pape à Rome qui le condamna à ériger pour son neveu une grosse pierre près de la croix qui existait déjà. Le corps était censé se trouver là. La suite avec les pasteurs reste la même.

Croix Blanche  La croix blanche. Photo J. Omnès

 

La monographie de 1887 de l’instituteur local nous donne cette version : " Un jeune homme ayant été assassiné à cet endroit, ses parents y firent placer une petite croix en pierre blanchâtre. Cette pierre étant devenue à peu près ronde par la disparition presque complète des bras, les bergers s'amusaient souvent à la faire rouler jusqu'au fond d'un ravin, et pendant la nuit elle revenait d'elle-même à sa place. Pour perpétuer ce souvenir miraculeux, le curé de Neuilh, Cazaux Bernadette, eut l'idée en 1852, de remplacer la petite pierre par une grande croix en pierre. En 1860, elle a été remplacée par un croix de fer forgée peinte, scellée sur un piédestal en pierre de Lourdes. C'est elle qu'on y voit encore aujourd'hui. Quant à la petite croix, elle a été placée sous ce piédestal, d'après l'inventaire du CPIE, 2000.



La croix du Cerf du bois de Mourle (Lourdes)

Croix du cerf

La forêt de Mourle  est à l'origine d'une légende proche de celle du roi Atrthur. Ce bois giboyeux était très fréquenté par le seigneur Robert et so destrier. Un dimanche, alors qu' il assistait à la messe, ses chiens à l'extérieur de l'église, très excités par la proximité de gibier ne cessaient d'aboyer. Ne tenant plus, sans attendre la communion, Robert sortit en hâte de l'édifice et se mit à galoper à la suite de sa meute. Mal lui en prit il fut excommunié. Et Dieu le condamna à parcourir les bois sans relâche durant l'éternité. "Les nuits de grand vent, les soirs sans lune lorsque l'orage tonne depuis le Lavedan jusqu'à la plaine, les habitants entendaient dans les airs le vacarme des chasseurs excitant les chiens : "Hup, hup", des abois de bêtes, des galops de chevaux. On disait ''c'est la meute de Robert le Diable !" A son passage, annonciateur de mort, les vieux se signaient".



Origine de la naissance de  Charles-Louis Napoléon devenu Napoléon III

Hortense de beauharnais
                                                                               La Reine Hortense


 Hortense de Beauharnais (1783-1837), fille de Joséphine, reine de Hollande de par son époux Louis, frère de Napoléon Ier, venait de perdre son fils Napoléon –Charles, le 5 mai 1807, à l’âge de 5 ans, suite à une maladie. Bouleversée par ce décès, inconsolable, son médecin, le docteur Labat lui conseilla de partir prendre les eaux à Cauterets.  Le grand air devait lui faire du bien. Arrivée avec sa petite cour, dont l’amiral Ver Huell, dans la station thermale, elle passa le plus clair de son temps à franchir les sommets : le Bergons, Le Monné, le Viscos et le Vignemale et franchir les cols.

Mais la beauté du paysage n’arrivait pas à lui faire oublier le décès de son fils. La douleur la suivait à chaque excursion, jusqu’au jour où elle rencontra un certain Decazes qui venait de perdre son épouse qu’il disait  adorer. Et comme le dit si joliment Joseph Turquau dans son ouvrage « La Reine Hortense », 1896 : « Une communauté de douleur rapprocha les cœurs… On sortait ensemble, on dinait ensemble, on pleurait ensemble »

Un beau jour venant de Luz par le col de Riou, la reine et sa petite cour dont l’amiral Ver Huell, Monsieur Decazes et ses deux porteurs attitrés Clément et Martin furent surpris par un orage et durent se réfugier dans la première grange venue. Que s’est- il passé ce jour-là ?, nul ne le sait.

Mais il est pratiquement sûr que lorsqu’Hortense vint rejoindre son mari qui l’attendait à Toulouse, le 12 août 2018, elle se trouvait enceinte, parait-il depuis le 24 juillet d’après les chroniqueurs de l’époque qui connaissaient bien le côté volage de la reine ; à  tel point que le cardinal Fesch, parent des Bonaparte disait d’elle : «  Quand il s’agit des pères de ses enfants, Hortense s’embrouille dans ses calculs »

Il est fort probable que le père soit M Decazes, mais il se dit dans les chaumières locales que la paternité de l'enfant, futur empereur était toute pyrénéenne. Il est vrai que la virilité des montagnards, avait dépassé les frontières de la bienséance, et ce, depuis les francs massages des réputés  fretayrés.
 Devenu empereur, Charles-Louis Napléon revint plusieurs fois dans la région. Sa mère lui ayant dit tout le bien qu'elle pensait de l'environnement et du climat montagnards.

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Légende de l’âne de Couhitte

Il se disait dans la région qu’un des seigneurs de Couhitte avait vendu son âme au diable afin de pouvoir réaliser des expériences de magie noire et d’alchimie. Un jour, en passant sur le pont du Tilhos, le seigneur vit un âne qui lui barrait le passage. Lorsqu’il s’approcha de celui-ci, l’âne se mit à grossir démesurément en prenant une couleur rouge et deux cornes lui poussèrent sur la tête. C’était le diable qui venait réclamer son dû : l’âme du seigneur. C’est alors que Couhitte fit le signe de croix. L’âne disparut dans un nuage. Couhitte retourna aussitôt dans son manoir pour démolir ses laboratoires qui se trouvaient dans la tour. Celle-ci est toujours visible
.

Couhitte arrière
Château de Couhitte. Photo J. Omnès


La légende d’eth malh de Bun

Aux environs de Bun, se trouve un rocher imposant sur la rive gauche du gave d’Estaing,  proche du pont de Las Chouses. Ce rocher surmonté d’un bloc de ciment sur lequel était érigé une croix de fer aujourd’hui cassée, a une histoire légendée, qui jadis remplissait les veillées au coin du feu. Afin qu’elle ne se perde pas dans la nuit des temps, voici l’origine de cette histoire racontée il y a encore peu par un certain Cédric Cazajous (1).

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Photos J. Omnès, près du second pont de Bun.

Il y a fort longtemps, le diable et le plus beau des anges se livraient une féroce bataille au-dessus du pic de Pan. Le diable lançait boules de feu sur boules de feu sur l’ange qui faisait tout pour les éviter. Il réussit à éteindre la première grâce à un gros nuage blanc, mais la seconde, qui lui brûla une aile, alla percuter un bout de rocher de la falaise du pic de Pan.  Le gros rocher menaçait de tomber sur une grange. Ce qu’il  ne fit pas, aussi l‘ange alla se reposer sur un nuage proche. Mais un jour, un dimanche pendant que tout le village assistait à la messe, le rocher se détacha et se mis à dévaler la montagne. L’ange, alors, d’un geste rapide lui lança une énorme boule d’air qui le détourna de sa trajectoire. Il vint s’abattre près de la rivière  épargnant la grange ainsi que la maison d’un certain Clarabaix. Sa chute fit un si grand bruit que les villageois sortirent de l’église pour admirer le prodige. Depuis, ils érigèrent  une croix de fer sur le rocher et vinrent régulièrement en procession prier tous les dimanches en déposant des bouquetsde fleurs. Mais la coutume s’est noyée dans les méandres de la vie moderne et le rocher a été recouvert d'une dense végétation. 
(1)    Bulletin SESV 2003 page 179.




Histoire légendée du berger d'Hountalade (Saint-Sauveur)


Ce berger de Hountalade (St Sauveur) aurait eu l'idée vers 1800, d'importer des moutons mérinos d'Espagne et ayant la bosse du commerce il alla en vendre à Paris (vous imaginez le voyage). Ils y "firent fureur", tant et si bien que Napoléon lui-même lui acheta les deux plus gros qu il attela au char de son fils, le Roi de Rome. Enorme promo, l'attelage se pavanant dans certains lieux selects de la capitale. Sa fortune fut faite. Le roi Joseph d'Espagne, Pépé la botella pour les intimes, ne pouvait rester sans rien faire face à son frère, d'autant que les moutons venait de son royaume, aussi il nomma notre Bigourdan "Berger général de Sa Majesté le roi d'Espagne et des Indes". Il devint énormément riche, mais grand dépensier notre homme mourut sur la paille. L'histoire officielle mentionne Pierre Samuel du Pont de Nemours qui sélectionna à la même époque, les meilleurs mérinos et en offrit au président T. Jefferson des USA. Lui aussi et sa famille firent fortune. Photo Google

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Un beau mérinos. Photo Google



L'ange de Saint-Sauveur

La légende veut que la station ait pour origine l'aventure d'une jeune bergère qui ne pouvait avoir d'enfant. Un jour, elle fut visitée par un ange qui lui conseilla d'aller boire à la source. "Elle en conçut tant d'enfants" que la renommée de la source fit le tour de la région et attira tant de monde que les autorités durent fermer ladite source ; un peu comme à Lourdes. En 1750, l'évêque deTarbes, informé par  ces évènements, la fit rouvrir et édifia une chapelle dédiée à saint Sauveur.



Le mythe de Mulat-Barbe (Gavarnie)

La légende de Mulat Barbe, comme celle de Millaris de Lesponne, rappelle que les montagnes de Bigorre ont jadis fait l’objet d’une christianisation ; si la légende de Millaris possède son emblème, la Croix de Béliou, il n’en est pas de même de celle de Mulat Barbe. Mais les deux textes mythologiques rappellent les temps anciens où les dieux étaient nombreux. Mulat- Barbe qui résidait à Estaubé au- dessus de Gavarnie avait l’âge biblique de Mathusalem, 900 ans et comme lui, sept enfants. Ce n’est que lorsqu’il atteignit cet âge canonique que les premières neiges tombèrent sur nos montagnes. Elles annonçaient la venue du christianisme « cristiandat  arrenhe » et la fin des dieux. Son heure était venue ; aussi, il demanda à l'un de ses fils de le tuer sur place. Il lui coupera la tête avec sa faucille d'or. Mais elles annonçaient également la fin des errances de hommes et le début de l’agriculture, rappel du meurtre du berger Abel par le cultivateur son frère Caïn. Ses fils descendirent alors dans la vallée et enseignèrent aux hommes l’art de cultiver.

Où fut enterré Mulat- Barbe ? Certains disent que sa tombe est à Coumély, près de la grange Cumia-Sesqué, ou bien à Ribera Grana, juste en dessous du Lac des Gloriettes, d’autres que cette tombe est à la borde de Coumély, peut-être au-dessus du pré de Bernat.

D’après certains linguistes, dont Xavier Ravier, Mulat signifierait noir, mot qui a donné mulâtre et Barbe, bouc ou âne en langue basque ou aquitaine, ce n’est pas très clair. Cet âne- bouc mystique symboliserait la mort, celle des anciens temps.


MulatBarbe
                                                                    Mulat-Barbe, dessin de Pertuzet




Roland et ses trois géants

L’histoire se passe à l’abbaye de Saint-Savin qui a servi de lieu au florentin du XVe siècle, Louis Pulci, pour son poème épique Il Morgante maggiore.

Ce poème fait passer le paladin Roland, héros de chansons de geste, par la célèbre abbaye probablement avant de franchir les Pyrénées avec son oncle, le roi Charles. Il est merveilleusement reçu par les moines et afin de les remercier, il leur demande ce qui pourrait leur faire plaisir. Le père abbé connaissant la bravoure de son hôte, lui suggéra de le débarrasser des trois frères, géants sarrasins, qui, des montagnes environnantes n’arrêtaient pas d’envoyer de grosses pierres sur ses moines à l’aide de frondes. Aussitôt informé, Roland tua deux des frères, Albaste et Passamont. Le troisième vint à sa rencontre, mais refusa le combat. Il informa le preux chevalier qu’il eut un songe durant la nuit, un énorme serpent faillit l’avaler et sa prière à Mahomet fut sans suite ; aussi effrayé, il pria Jésus qui le sauva d’une mort certaine. Il demanda alors à Roland de l’aider à se convertir. Ce dernier l’instruisit dans la "vraie religion" et au bout d’un certain temps, le présenta au père abbé qui le baptisa. "Roland et son géant restèrent là quelques temps, menant bonne vie" et P. Laboulinière, dans son Itinéraire descriptif et pittoresque des Hautes-Pyrénées françaises (1) reprend en 1825, ce poème en le traduisant en français.

 (1) Tome second.




Légende de la brèche de Roland (Gavarnie)

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Ces chansons de gestes étaient diffusées à travers l'Europe par les trouvères et les troubadours

 

 

La Brèche de Roland  appelée ainsi depuis la Renaissance par des érudits ayant lu le Roland Furieux (Orlando Furioso) de l’Arioste. Ce dernier ne faisait que reprendre la célèbre chanson de geste du XIe siècle : la chanson de Roland. Celle-ci a été inspirée par l’histoire réelle de Roncevaux du moine Eginhard (829-836). Ces érudits imaginèrent que notre héros (Roland) avait réalisé cette ouverture béante entre les deux parties de la montagne avec son épée Durandal. Voulant la briser, afin  qu'elle ne soit pas prise par les Sarrasins qui le poursuivaient, il la jeta contre la montagne et c’est la montagne qui se brisa. 

Une variante veut, que poursuivi par les Sarrasins en revenant de Pampelune (qu’il venait de piller avec son oncle Charlemagne)  et se trouvant bloqué par cette muraille de Gavarnie, il tira son épée et fendit  la roche. Son exploit ne s’arrêta pas là ;  avec son cheval Veillantif, il s’élança dans les airs et d’un bond, arriva au chaos de Coumély où les traces des sabots du vaillant destrier sont toujours visibles. Ce lieu appelé « pas de Roland »  à plusieurs petits frères en Pays basque et en Haut-Aragon. En pays basque près de Roncevaux, à Itxasou, le même Roland  fit également une brèche avec son épée Durandal  pour échapper à ses poursuivants. L’exploit est visible en empruntant La route de Roland (atekagaitzeko errebidea). En Haut-Aragon,  l’exploit est visible au Salto de Roldan.
Sur le  plateau de Saugué proche, se trouve une seconde trace du pas du cheval de Roland. Dans les légendes locales, Roland chevauche parfois  le cheval Baïar des frères Aymon. Les légendes de Baïar et de Roland s'interpénètrent.
On trouve également une pierre de Roland (pas de Roland) au Sud de la commune d'Arrayou-Lahitte, au lieu-dit Sarrat. (Monographie des instituteurs de1887).
Cette légende d'un chevalier franc devenu héros aquitain a été d'une importance capitale pour les pèlerins sur la route de Saint-Jacques. La très populaire chanson de geste qui a été son creuset, a alimenté durant des siècles, l'ardeur des marcheurs vers la Galice, transformant l'épée Durandal du héros, en croix divine prête à affronter tous les dangers.
La Brèche à Gavarnie se trouve à 2 804 m d’altitude. Pour y accéder, prendre à l’entrée du village la route à droite montant à la station de ski. La dépasser pour atteindre le col de(s) Tentes (1).

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Pas de Roland, via ferrata, le rocher, à droite du pont .    Trace du sabot du cheval de Roland.  Photos J. Omnès

(1) Au col de(s) Tentes (2 208 m), on continue la route à pied jusqu’au col de Boucharo (2 270 m). Au Boucharo, on prend le sentier qui part vers l’est et on arrive, après quelques km de montée et un peu de transpiration, au refuge des Sarradets (C.A.F.) situé sur un monticule à 2 587 m. La brèche est là, devant vous, monumentale, dominant tout le paysage de son échancrure de 100 m de haut et de 40 m de large. Portail gigantesque sur l’Espagne.  

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           Le pas de Roland à Lahitte. Cliché Loucrup65



Les légendes de Castelloubon

Le premier château des vicomtes du Lavedan est l'objet de plusieurs légendes, dont deux ont traversé les siècles. La première fait remonter la forteresse médiévale du temps des Romains. Roland, personnage historique, devenu un géant mythique bienfaisant sur la route des jacquets en France aurait libéré le château de ses envahisseurs du Sud, en utilisant  des arbres en guise de flèches.

La faille mystérieuse de 26 m, modifiée par l'homme, montant vers le plateau du fort et dont on a jamais trouvé le point de départ  est à l'origine d'une véritable chasse aux trésors, surtout qu'il se dit d'après une histoire légendée, qu'au XIXe siècle, des inconnus  auraient trouvé des marteaux et des chaînes en or. Ils auraient entendu parler d'une l'histoire connue par tous les autochtones. Elle avait été rapportée par l'instituteur du village en 1858 dans sa monographie : " A quelque distance du village de Cot d'Oussan, sont deux grottes détériorées par le temps. D'une de ces excavations, il sort  de la fumée pendant l'hiver et la neige ne se maintient jamais sur le sol avoisinant. Une autre est au sommet d'un rocher appelé château, à cause du château dont on n'aperçoit plus que les ruines. Cette grotte renferme selon la tradition d'immenses richesses. Il ya environ 20 ans qu'un chirurgien nommé Laffont s'y était aventuré seul, une lanterne à la main, il rencontra un escalier taillé dans le roc dont il se mit à descendre les marches. Après un quart d'heure de trajet, une voix sépulcrale lui cria : "arrête-toi !" Malgré cela, il continua sa route et bientôt une porte dont la serrure était d'or, s'offrit à lui ; il l'ouvrit, mais au moment où il allait mettre la main sur les trésors qu'il convoitait, une voix terrifiante le menaça de mort s'il faisait un pas  de plus. Le malheureux ne se le fit pas répéter deux fois et il remonta aussi vite que s'il avait vu le diable à ses trousses."

 




Légende du cheval Baïar (Bayard ou Baïart) et ses avatars en Pyrénées

La danse du Baïar (1) est l’une des émanations de la fameuse légende du cheval-fée Baïar et des quatre frères Aymon. Légende médiévale fort populaire chantée par les trouvères et les troubadours, à travers les duchés et comtés de la France au XIIe siècle. Aussi, et même plus connue, que la chanson de geste de Roland de la même époque, elle subit de nombreuses variantes selon les régions et est à l’origine de plusieurs textes, dont la chanson de Renaud de Montauban et plus tard celle de Maugis d’Aigremont (XIIIe siècle). C’est dans la région Champagne-Ardenne qu’elle était et est la plus vivante, du fait de l’origine du cheval- fée. Bien que né d’une serpente et d’un dragon, c’était un cheval de trait Ardennais (1). Avec une telle monture, les frères franchissaient montagnes et cours d’eau, afin d’échapper aux colères de l’empereur Charlemagne. Délivré par l’enchanteur Maugis, d’une île volcanique, au nord de la Sicile et plus tard des eaux du Rhin (ou de la Meuse) où l’empereur l’avait précipité, une meule au cou, il enchaînait prouesse sur prouesse. Rien ne l’arrêtait et ses coups de sabots abattaient tout rocher, toute muraille qui s’opposait à lui. D’où le nombre de lieux, au nom évocateur de pas de Baïar. Parfois en Pyrénées, c'est Roland qui chevauche le cheval des frères Aymon et les traces de sabot sont appelées sabot de Roland.

Le succès populaire vient probablement du fait que dans cette légende, ce n’est pas l’empereur qui a le beau rôle. Son côté subversif plaisait au peuple.

(1) Son orthographe varie en fonction ds lieux.

Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bayard_(cheval

Son impact dans les Pyrénées

C’est sous la forme d’une danse que cette légende a été revisitée dans les Pyrénées, point de passage obligé vers Compostelle : la danse du Baïar. Le cheval-fée et ses quatre cavaliers  ont été transformés en homme-cheval, appelé en Pays basque, zamaltzain. Mais ses prouesses ne sont plus tournées contre l’empereur à la barbe fleurie pourtant, pilleur de Pampelune, mais contre les Maures (Sarrasins). Ces derniers, toujours présents dans la région, n’hésitaient pas à faire des incursions (razzias) et de voler femmes et bétail. Et dans une région où passaient nombre de Jacquets, la lutte contre l’infidèle leur donnait du courage. Dans la danse, l’homme-cheval que certains souletins associent au roi Sanxto, défend le village avec les siens, contre les envahisseurs et va délivrer une belle captive aux mains des « méchants ». Des méchants, car au cours des siècles, l’identité de ceux-ci évolue, d’infidèles, ils deviennent bohémiens, puis simplement étrangers. Mais les protagonistes gardent toujours les mêmes couleurs de vêtement : noire pour les méchants et rouge pour les bons, défenseurs du village. Cette danse ou « mascarade » a toujours un grand succès populaire en Soule et en Guipúzcoa. Mais, de nos jours, sous forme de simple divertissement.

ZamalzainCheval Bayard 1
L'homme-cheval Zamaltzain  (Pays basque)                En Lavedan. Photo prise au Musée pyrénéen

Robe des danseursCheval Bayard
jupe de l'homme-cheval. Photos J. Omnès, musée du château fort de Lourdes. Légendes du Cheval Bayard. Cliché J.Omnès

Et en Lavedan ?

Transposée en Lavedan, au village d’Esquièze, la présentation a subi nombre de modifications au cours des siècles. Il ne s’agit plus de luttes vives entre deux factions, mais d’un rite silencieux, grave, fait de mouvements synchronisés. Sont ajoutés à la légende, un seigneur local du château Sainte-Marie, et un roi maure qui vient enlever une belle princesse, la fille du seigneur. Les chorégraphies ont sans cesse évolué du fait, surtout, de l'origine inconnue et mystérieuse de son introduction à Esquièze.
Le seigneur entraîne le village à aller la délivrer. Le roi maure capturé s'enfuit trois fois, trois fois il est repris.  Le déroulement se divise en deux parties : le passa carrèra, ou passe-rue  (défilé sur une seule ligne) qui parfois descend du fort Sainte-Marie et le Gabaret. Quand le cortège silencieux du passa carrèra arrive devant la maison d'un notable disposé à offrir des rafraîchissements, devant la mairie puis d'autres demeures,  les tableaux qui s'ensuivent représentent les conciliabules entre le seigneur du village et le roi maure capturé. Les deux protagonistes et la belle sont assis sur une chaise, la troupe les entoure à l'arrière.  En fait, la belle est amoureuse de son beau ravisseur et tout se termine par un mariage.

Le costume est  différent de celui des danseurs basques ou souletins. La « croze » couvre-chef du Baïard souletin ou Zamaltzain est composée de plumes et de verroterie.
D’après le site de L’Adouréenne qui a cette danse à son programme « Le costume des danseurs se compose de bas blancs, de sandales ou de gros souliers selon le temps et d'un jupon de calamandre, étoffe fabriquée dans le pays en coton blanc à rayures de coton rouge, d'un châle de soie ancienne posé en écharpe, d'une large ceinture de soie, d'une chemise blanche toute couverte de nœuds de rubans multicolores : aux poignets, aux coudes, aux épaules, au cou. Enfin, sur la tête une sorte de diadème (croze) formé de deux bandes d'écorces de tilleul, l'une posée comme une couronne sur les cheveux et l'autre placée debout comme un arceau sur le premier, toutes deux entièrement couvertes de nœuds de rubans multicolores pour les danseurs et jaunes d'or pour la croze de Baïar qui est en plus surmontée d'un bouquet d'épis d'or... »
Les instruments de musique comme en Pays Basque se limitent à deux, la flûte à trois trous et le tambourin. Parfois a été rajouté curieusement, l'accordéon en 1909 et 1942
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Note cheval Bayard
Description du vêtement par Madame Le Bondidier, Château de Lourdes. Photo J. Omnès

Description du costume recueilli par Madame Le Bondidier. Ici Bayar est devenu Ben Yar. Aucune explication de cette danse n'est donnée par le musée du château fort de Lourdes. Mais le terme de Ben Yar pour l'homme-cheval nécessite quelques explications. Il y a en effet, du fait de l'origine incertaine de la danse, nombre de confusions et d'amalgames autour du nom Baïar, Baïard ou Baïart. Tantôt il est assimilé au cheval Baïard des 4 frères Aymon, tantôt à celui de Roland, neveu de Charlemagne, qui pourtant s'appelait Veillantif. Mais, parfois, il désignait le roi maure lui-même, sous le nom de Ben Yar.

robe danse Baïardhomme cheval

clichés Adouréenne
Coiffe Cheval BayardEsquièze cheval
   Coiffe (croze)                        Tête sculptée du cheval qui se trouve à la mairie d'Esquièze. Photos J. Omnès

Cette danse-rite, en principe, était exécutée tous les sept ans. Elle été présentée en 1856, devant Napoléon III, à Saint-Sauveur. Puis elle a été exécutée à des dates fantaisistes : 1895, 1909, 1923, 1942... Un film a été réalisé en 1942, Pyrénées, terre de légendes, par Jean Lods avec la voix de Jacques Dufilho. En introduction, l'oeuvre présente le village, puis la légende et se termine par la danse.
Ci-dessous photo de la troupe d'Esquièze du film de 1942.

La danse du Baïard troupe                        Troupe de la danse du Baïard 1942. Coll. Particulière. Photo J. Omnès 

En 1956, le ministère de la culture, dans une série d’ethnomusicologie a réalisé un certain nombre de photos sur les  différents intervenants et la réalisation des quelques instruments de musique.

Voir http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/phocem_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_3=TITRE&VALUE_3=ETHNOMUSI

L’association l’Adouréenne de Tarbes, qui a pour vocation depuis 1978,  l’étude et le maintien de danses traditionnelles locales,  a codifié cette danse, à partir des travaux de J.M. Guilcher, de Mariette Aristow et Marguerite Le Bondidier qui était archiviste du Château fort de Lourdes. L’association a offert en 2010, lors du Carnaval de Pau, une démonstration de son savoir -faire. Son site http://www.adoureenne.fr 

passa carretea
 Passa carreta. Cliché Adouréenne au jardin Massey à Tarbes

 (1) Dont le nom actuel est toujours bayard (vient de la couleur de sa robe  baie).

Monsieur Henri Laffont de la Société d'études des sept vallées a réalisé pour le bulletin de l'association, une étude complète sur la légende et la danse avec de nombreuses photos. Bulletin de 2009. Nous tenons à le remercier pour le contenu  DVD (films) qu'il a bien voulu nous offrir.

Un projet européen vise à jumeler ces légendes, aux chemins de Saint-Jacques. Vous l’aurez compris, les légendes de Baïard et de Roland, associées à l’histoire des chemins de Saint-Jacques doivent permettre aux européens de l’Ouest,  de se retrouver autour d’une identité commune. Elles facilitent, non seulement la communication entre les gens des différents pays, mais aussi entre les générations. Cette thématique des légendes concerne aussi bien les amateurs d’histoire que les êtres portés sur le rêve et l’imaginaire. Gageons que les nombreux touristes européens sauront apprécier à leur juste valeur, cette plongée dans notre imaginaire commun, en venant dans les Pyrénées.