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3d- Les pierres Saint-Martin et autres bornes

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                               Des pierres Saint-Martin

                                                                                       aux bornes croix

On a donné le nom de Saint-Martin à un certain nombre de rochers, parfois de grande taille ou de forme étrange.  Le Lavedan et le Pays toy en abritent quelques-uns.

De nombreux  tertres qui se détachaient de leur environnement  faisaient l’objet, durant toute la protohistoire, de cultes païens. Attachant quelques pouvoirs à ces rochers à cupules, pierres, et mégalithes,  les hommes du Néolithique et de l’Ȃge de bronze leur vouaient une certaine vénération. Censés venir du ciel, n’étaient-ils pas, les  meilleurs intermédiaires afin  que leurs demandes de moissons abondantes, d’arrêts des tempêtes ou d’une nombreuse progéniture leur soient accordées. Cette vénération  ne pouvait que gêner la christianisation en voie d’expansion dans la Gaule naissante.

Les réactions de saint Martin et de l’Église contre  le culte des pierres se firent de façon brutale. Soit celles-ci étaient brisées, soit elles étaient surmontées d’une croix. Du Ve au IXe siècle, les édits royaux et les canons des conciles (Arles 452, Tours 567, Nantes 568) poursuivirent sans relâche le culte des pierres (et autres lieux naturels). Leur enfouissement  était recommandé afin d’éviter tout retour aux rites sacrilèges. L’excommunion était même prévue pour tout adorateur de pierre. Il était demandé aux chrétiens de «  les renverser [les pierres et les offrandes] et de les jeter dans des endroits si cachés que jamais leurs adorateurs puissent les retrouver. » Concile de Nantes.
Les pierres difficilement transportables furent donc christianisées, soit en y érigeant une croix dessus  ou sur le côté soit en la  gravant. Saint Martin étant le promoteur le plus efficace de cette christianisation, la plupart des roches ainsi conquises sur le paganisme furent appelées pierres Saint-Martin , même  longtemps après sa mort, en hommage à  l’homme de Dieu.

      Pierre dressée                                                Alphonse Meillon
                   Une pierre dressée                                                                        Alphonse Meillon Photo J. Omnès
 
                               Les Peyres Sent Marti des Pyrénées centrales

Les hauteurs du Lavedan et du Barétous étaient couvertes de mégalithes ou de pierres dressées. Les bergers des deux côtés des Pyrénées leur accordant certains pouvoirs, en avaient fait des objets de culte. Mais les adeptes de saint Martin veillaient ; ils ont fait disparaître un certain nombre de ces pierres et ont christianisé les plus importantes, d’où le nom de Peyre Saint-Martin à des lieux où subsistaient encore ces pierres plantées d’une croix.  Mais les cultes païens perdurèrent. L’ancrage du paganisme dans ces populations était si fort, qu’elles  étaient encore vénérées à la  fin XIXe siècle. Par la suite sous Napoléon III, elles servirent de point de départ au tracé de la frontière entre les deux pays, avec l'adjonction de plusieurs centaines de pierre marquées aussi d'une croix.

                                            La Pierre Saint-Martin de la vallée de Barétous 262

C’était à l’origine un mégalithe christianisé (avec croix) où se réunissaient les pasteurs et bergers de Roncal qui lui attribuaient des valeurs thérapeutiques exceptionnelles. C’est autour de cette pierre, qu’ils établirent avec leurs homologues du Barétous,  un traité de partage d’usage des  propriétés indivis, à savoir les prairies et les sources des transhumances qui se trouvaient du côté espagnol. Cela se passait en 1375, sous le nom de Tribut des Trois Vaches (Tributo de las Tres Vacas) . La pierre se trouvait au nord de la vallée espagnole de Roncal et au sud de la vallée de Barétous. Elle délimitait le col de la Peyre Saint-Martin qui a changé plusieurs fois de nom sur les cartes : port d’Urdaix ou port d’Arlas.La commémoration du traité est célébrée le 13 juillet de chaque année.
Le 12 aout 1375, la sentence arbitrale entre les Béarnais et les Roncalois mentionne : « Nous arbitres avons signalé et croisé, en creusant autour de la dite pierre Saint-Martin et par leurs costés, sur lesquelles il a été fait diverses croix incisées avec marteau et cizeau sur pierre ferme. »
Cette pierre est mentionnée également en 1659 dans la réformation du Béarn comme pierre frontière et comme lieu d’assemblée des habitants des deux côtés de la vallée. Il faut lire l’historien Marca (XVIe siècle) pour connaitre avec précision les déroulements de la cérémonie annuelle du 13 juillet. Il faut retenir que… « les jurats des sept communautés de Roncal s’assemblent avec sept jurats et un notaire de la vallée de Barétous. Ils prêtent serment solennel  piques pointées vers le sol, de respecter les pactes antérieurs et concluent « Paz aban , paz aban, paz aban (paix dorénavant) » Puis, on échangeait les présents, les gens du Barétous leurs trois vaches et les Roncalois la nourriture du banquet. Un marché aux bestiaux concluait la journée.
Mais, depuis le mégalithe, a semble-t-il disparu, à une date jusqu’ici inconnue (1), remplacé par la borne internationale 262 (à moins que celle-ci soit la pierre antique), marquant à son tour la frontière entre la France et l’Espagne depuis le traité des Pyrénées de 1659, confirmé en 1856, par le traité de délimitation (du 2 décembre). La borne est marquée 1858, bien que le traité d’abornement ait été signé le 14 avril 1862
Roncal 001. .262 Port de la Pierre St Martin 3
                                                                                                                             La borne 262       Cliché Olivier Penaud

Les bergers mettent leurs lances en croix sur la pierre. Le dessinateur a fait une erreur sur le numéro de la pierre. C'est la 262 et non la 272.
Détail de la cérémonie sur le Wikipédia en attaché :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Junte_de_Roncal_(trait%C3%A9)
(1) Nous n'avons aucune description ou dessin de cette pierre bénéfique.

Alphonse Meillon de Cauterets a été l'un des rares auteurs à s'être intéressé aux pierres Saint-Martin dans une rare brochure éditée à Pau, en 1907 : Les pierres Saint-Martin.

                                                        La pierre (peyre) Saint-Martin du Val d’Azun 312


Nous apprenons son existence par le censier de Bigorre de 1429. Une pierre figée marquée d’une croix limitait la frontière entre le nord de la vallée de Téna en Aragon et le sud-ouest de la vallée d’Azun, en France. Cette pierre était située sur le Mont Saint-Martin des Autels (Sent Martin de las aras). Les Espagnols la nommaient la peyra hita (pierre dressée). Nom transformé en Piedrafita, pour désigner la vallée espagnole. La description du lieu nous est donnée par Jean-Pierre Picqué (ancien maire de Lourdes) : «  Des  hautes montagnes s’élèvent pour en former la ceinture [du gave] et laisser entre elles deux sentiers très périlleux qui conduisent au  lac de Penticouze (Penticosa) […] Ils sont si étroits qu’à peine un mulet chargé peut y passer. On va en compagnie des ysards. Lorsque vous êtes parvenu au point le plus élevé, vous découvrez une étendue immense coupée par des lacs. », Le port et la pierre  se trouvent à 2 295 m d'altitude. Le passage a été atteint  en 1792, par Ramond de Carbonnières accompagné de sa soeur et de Mademoiselle Marie Vergès. C'est par ce passage que laines, mules et moutons étaient transportés  en Espagne et matières d'or et d'argent, huiles et vins en France.

Mais la présence d’eau et de pâturages n’a pas empêché les Aragonais durant des siècles de venir transhumer et piller le bétail du côté français. Nous ignorons pratiquement tout de ces épopées guerrières, mais ce qui est sûr, c’est que lassés par ces pratiques belliqueuses les habitants des deux vallées sont parvenus à un traité de paix. Celui-ci, comme nous l’indique Jean Bourdette (1) a été renouvelé le 5 mai 1544. Comme en Barétous, la paix a été négociée autour de la « Peyra de Sen Marti. »
Nous savons que cinq députés de chaque côté de la borne s’assemblaient tous les cinq ans, le 10 juillet, pour confirmer les termes de la « carta de Pax. » La borne frontière qui a remplacée en 1862, la pierre Saint-Martin a le numéro 312. Visible du chemin, elle est un peu inclinée vers l'Ouest. Est-ce l'ancienne pierre Saint Martin ? Le doute demeure.

 

312 col dAzun Peyre Saint-Martin                                                                                                           Cliché Olivier Penaud.  Borne d'Azun

Pour les amoureux d’histoire c’est par ce port qu’en 406, passèrent les Vandales, en direction de l’Ibérie et depuis 2007, la course annuelle des fiancés, mise au goût du jour par Franck Ferran d’Arrens, emprunte le même itinéraire.  Voir la vidéo ci-après.

http://www.youtube.com/watch?v=B66OWswqKL8http://www.youtube.com/watch?v=B66OWswqKL8

(1) Annales du Labeda III, page 465.

                                                                 
                                                La pierre (peyre) Saint-Martin de Cauterets 313


Cette troisième pierre est portée à notre connaissance dès 1290, dans une sentence arbitrale (1). Elle est mentionnée comme « borne termi, peyra Sen Martii. » Cette information sera reprise en 1423, le 4 août, lors d’une seconde  sentence arbitrale (2). Cette pierre est censée être la borne limite ente le Quignon de Penticosa en Espagne et le port de Jerret (Val de Jéret) en France. Le censier de Bigorre (3) de 1429 confirmera sa présence sur le haut des rochers comme « ligne de partage des eaux entre Barimanche en Espagne et Gerret en France. » Sa présence sera reprise à plusieurs époques : en 1619, lors du dénombrement de la rivière de Saint-Savin et en 1667, à nouveau dans le censier de Bigorre, mais là, il s’agit de plusieurs pierres appelées Saint-Martin.
Avec le temps, certaines pierres ont pu disparaître ou se coucher (foudre, vandalisme, tremblements de terre, érosion),  mais le nom Saint-Martin demeure, puisque la carte d’Etat-major de 1862, donne au col qui relie Cauterets à Penticosa, le nom de la Peyre Saint-Martin,  ainsi qu’au ruisseau qui descend vers le Plaa de la Gole. Si les noms ont varié au cours des ans, le traité de délimitation de 1862, indique bien son emplacement au nord du Marcadau, au plaa de la Gole. C’est là que se trouve la borne 313.

313 Port du Marcadau 1                                                                                                                    Plaa de la Gole ; borne 313. Cliché Olivier Penaud
 

La partie haute de ce Marcadau, dont une partie est indivise, ayant été l’objet de nombreux litiges, des réunions annuelles ou vistes furent nécessaires pour les régler. Elles se tenaient au Plaa de la Gole. Vu le nombre de bergers venant régulièrement à ces réunions, un marché aux bestiaux s’y installa et le lieu prit le nom de Marcadau (de marcat : marché).

(1) Cette borne  marquait déjà en 1258, lors du traité de Corbeil-actre de paix, la frontière entre le royaume de France de Louis IX et celui du roi d'Aragon, Jacques 1er.
(2) Archives H-P ; E.897.
(3) Archives P-A ; B.1055. Registre des redevances tenu par le seigneur.

Port du Marcadau 6                                                           Port du Marcadau ; borne 313. Cliché Olivier Penaud

 
                    La pierre (peyre) Saint-Martin du col de Boucharo (Gavarnie) 319

 
Le pyrénéiste Pasumot (1788-1789) et Noguès de Luz évoquent tous deux, des pierres Saint-Martin à Gavarnie. Lieu qui est nommé sur leurs cartes, port de la Pierre Saint-Martin. Cette appellation sera reprise. Elle est mentionnée dans différents ouvrages par de nombreux pyrénéistes, comme Ramond de Carbonnières  en 1801 après son passage en novembre 1792 avec sa soeur, ou La Boulinière en 1825. Ce dernier nomme sur ses cartes, le port de Boucharo, Pierre Saint-Martin. Le terme sera  repris sur le cadastre de Gavarnie.
La Boulinière écrit: « … un embranchement de la vallée de l’Ossoue paraît offrir du côté méridional, un passage facile qui probablement conduit aux mêmes points que le port de Gavarnie, vers le quartier de la fameuse pierre Saint-Martin, connue des géographes sous cette dénomination. »
Mais aussi bien, lui, que Ramond de Carbonnières n’indiquent si cette pierre existe toujours et ne fournissent aucune description ou dessin de celle-ci. De même Ann Lister en août 1838, passe également par ce port, l'un des plus bas des Pyrénées (2 298 m) sans mentionner la présence de la pierre.
Nous savons seulement que les arpenteurs de 1862, ont gravé une croix et mis le numéro 319 « sur la face orientale « d’une grande pierre debout appelée pierre Saint-Martin. » Est-ce l’une des antiques pierres bénéfiques ?

La 319 n’est certainement pas la seule pierre Saint-Martin qui subsiste de ces mégalithes christianisés qui se confondent maintenant avec les bornes-croix. Mais le mystère sur leurs emplacements aux crêtes de nos montagnes, à la ligne de partage de deux peuples reste entier. Alphonse Meillon a été l’un des rares Pyrénéistes à s’être intéressé à ces pierres dans un rare ouvrage de 1907. Il conclut : « Nous n’avons pu arracher leur secret aux rochers de Gavarnie, du Marcadau, du Bat-Leytouse et du pic d’Arlas. Ces pierres immuables, fichées sur ces crêtes désertes, depuis des siècles cachent leur secret de leur baptême. »

Pierre dressée Port de  Boucharo                  Port de  Boucharo

                                                Pierre dressée, borne 319 au col de Boucharo. Le chiffre 319 et la croix occupent une petite partie seulement de la face visible de la pierre. Clichés Olivier Penaud

                                                                                    
                                                           Les bornes-croix


..
Après le traité des Pyrénées de 1659, le tracé de cette frontière invisible fut précisé par le traité de Bayonne de 1856. Près de 602 bornes du Pays basque (numéro 1) à la Catalogne, hors Andorre, avec croix, rappelant celle des pierres Saint-Martin, furent plantées ou redressées, gravées et numérotées et avec une date de l'intervention : 1856 ou autre.... Pratiquement une borne tous les kilomètres. Trois géographes, délégués à l’abornement veillent à leur conservation.
Plusieurs amoureux de la montagne en ont dressé un inventaire, dont Olivier Penaud avec son site :
 
http://olivier-penaud.blogspot.fr/

N 314 col dArratille      311 col de Sobe

              Borne 314 d’Aratille                                                         Borne 311 Col de Sobe ; clichés Olivier Penaud

Les gardiens des bornes :

http://www.ladepeche.fr/article/2010/11/03/940427-entre-france-et-espagne-jean-paul-veille-sur-les-bornes-de-la-frontiere.html  




                                                                                 Le Béout


 LA PEYRE CROUXADE (BATSURGUERE)
 .
Cette pierre, avec d’autres est à l‘origine  de nombreux procès entre Lourdes et la vallée de Batsurguère, au niveau des droits de pâturage. Les litiges ont commencé dès le XIIe siècle, avec Centulle III qui accorda à la communauté de Lourdes, des droits sur le Béout (Béüt),  droits renouvelés par Philippe- Auguste,  et Louis XIV. Des affièvements furent alors négociés dès 1503, par Lourdes aux communes d’Aspin, Omex et Ossen. Mais les limites étant mal définies, et les communes de Batsurguère ne payant plus de droits à partir de 1837, de nombreux procès alimentèrent les rapports entre ces communes, et ce, d’autant que la Révolution n’avait pas tenu compte des actes antérieurs en établissant de nouvelles limites qui deviendront cadastrales en 1809, sous Napoléon. Ces conflits mèneront en 1902, à une mission en 1905, de recherches des bornages anciens. Ceux-ci se résument à la Source (font) de Bramevaque, le petit bois de Bouchet, la Peyre det soum (Pierre de la Crête) et la Peyre crouxade (Pierre croisé).
La propriété du Béout (Beüt) n’est toujours pas, de nos jours, bien définie et a donné lieu à de nouveaux litiges avec l’implantation du second relais TV de TDF en 1995. Roger Mézailles a analysé avec tous les détails possibles, cette affaire dans la Revue Mémoires du Pays de Lourdes.
La Peyre crouxade se trouverait à la croisée de chemins. C’est-à-dire après la carrière du Bescuns, au croisement de la route Lourdes-Omex au carrefour de celle d’Ossen (longeant la colonie de vacances), sur le côté droit en venant de Lourdes. Or, il semble que les délégués de Batsuguère ne sont pas tout à fait d’accord et sur sa forme et sur son emplacement réel. Certains pensent qu'il s’agit de la pierre de granit de 3 mX1, 80 mX12,30 m posée sur un rocher de 80 m sur 25 m de large (plus faible largeur). Mais certains pensent que cela pourrait être en fait la Peyra det Som (Pierre de la Crête) dont on ne sait toujours pas où elle se trouve.


Rocher croisé
Le rocher croisé tout recouvert de verdure est celui au premier plan, au fond la falaise du Bescuns. Impossible de reconnaitre la roche décrite dans le dessin tant la végétation est dense..

peyre crouxade 2

Relevé fait pour le rapport d'expertise de 1905. Archives départementales 3U, 1904-1905.

                                                                                          Peyrouse

Une autre pierre christianisée, la pierre-borne entre Peyrouse et Lourdes au-dessus de la ferme Caussade.

borne Peyrouse Borne 2