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Patrimoine artisanal

Imprimer                        Origine des objets des traditions populaires

   Capuchon cape     bâton de berger  Bérets traditionnels


En montagne

L’économie pastorale a marqué fortement l’économie du Lavedan et du Pays toy, elle a donné lieu à de nombreux objets fonctionnels et typiques du piémont montagnard, tant bigourdan que béarnais ; cette richesse patrimoniale séculaire a pour épicentre l'agriculture de montagne et la transhumance.
http://www.youtube.com/watch?v=jA1BbaWABM4&feature=youtube_gdata_player

La transhumance, jadis…
C’est la montée des vaches et des ovins vers les pâturages d’altitude (estives). Ces estives appartiennent en majorité à des collectivités locales, communes ou syndicats pastoraux. La transhumance est pratiquée dans tout le Lavedan, à partir de juin. Les troupeaux montent sous la direction d’un majoral, responsable des troupeaux et des hommes qui partent avec lui jusqu’aux terres à pacage et aux cuyàux (parcs à brebis de haute montagne). Chaque animal est marqué du signe de son propriétaire : un trou, une ou deux fentes aux oreilles pour les vaches, une tache de couleur sur le pelage pour les ovins. Les vaches meneuses, souvent des génisses appelée esquirolles portent une grosse esquère (sonnaille dont le son est reconnaissable de loin).
Jadis les bergers et les vachers logeaient dans des cabanes rudimentaires ou coueylas (couïlas à Barèges, cuyalas en béarnais). Ces coueylas lorsqu'elles sont restaurées servent encore d'abri pour déposer le lait et parfois de fromagerie avant l'affinage en plaine. Ils étaient bloqués plusieurs mois en estives, se faisaient remplacer à la maison par des estivaires, genre de journaliers qui s’occupaient des travaux des champs pendant leur absence. Le départ vers les estives réunissait des centaines de bêtes, les chiens de garde, labrits ou patous, les ânes de bât et bien sûr les bergers et le curé bénissant le troupeau, ce qui apportait une certaine animation au village. Ces départs sont actuellement plus discrets et les 4x4 ont remplacé les ânes. Ces troupeaux descendent à la fin de l’automne, à la Saint-Michel, pour la tonte, après une halte sur les pâturages de moyenne altitude, autour des bordes (granges de montagne), pour y revenir au printemps, avant la montée aux estives. Ces pacages ainsi fumés deviendront en été des prés de fauche. De nos jours, en raison de la crise du métier de berger, les propriétaires regroupent au maximum leurs troupeaux et ne montent qu’épisodiquement ; c’est à cette occasion qu’ils apportent le sel qu’ils déposent sur les pierres plates appelées salières. Mais… 

Les transhumances traditionnelles sont de retour 
Du moins pour les départs et les retours en estives. Les bergers et vachers ayant constaté que les animaux supportaient mal le transport par camion ont la plupart décidé de renouer avec les transhumances traditionnelles. C’est l’occasion d’organiser des fêtes avec la présence des touristes et des citadins au départ ou à l’arrivée. Comme à Luz ou à  Argelès-Gazost (fête de la côtelette). 
Comme dans l’élevage traditionnel, les bergers et vachers devront se résoudre à parquer les animaux le soir et utiliser des patous, qui non seulement peuvent faire fuir l’ours, en général très peureux, mais aussi les chiens errants, responsables de la grande majorité des attaques de troupeaux. Les fonds « aide-ours » ont été prévus aussi pour aider le pastoralisme respectueux de son environnement. De ce monde pastoral sont nés de nombreux objets traditionnels.

  Transhumance à Argelès-Gazost                                                  Transhumance à Argelès-Gazost avec Patou et labrit. Photo OT.

 


 
 
Les objets traditionnels et de la transhumance par ordre alphabétique
L'aspre, barattes, bâton de berger, bérêt, bidon de lait, buffadou, bluttoir, briquet de berger, broyeur à fumier, cape de berger, capucin, clous (à la fin), coiffes, colliers, cuillers, cruches, étrille, forces à tondre, éclairage, gourde, joug, lainage, moule à beurre, montre de berger, panier à fumier, parapluie, peignes à lin, planche à dépiquer, quenouilles, paleto, sabots, sandales, saoumette, sonnailles, tranche-caillé. 

Lavantès Mini-musée des traditions populaires chez Pierre Lavantes, photographe à Luz. Photo J. Omnès


L'aspre

Il s'agit d'une branche d'arbre garnie de picots. Il servait d'égouttoir des récipients à lait, lors des estives. Petit musée d'Aucun


Arbre à pots aspre 2  arbre à pots
                                                                              Aspre musée de Bagnères-de-Bigorre 
La baratte                                                     

La baratte est un instrument qui sert à fabriquer le beurre. Il en existe plusieurs modèles : baratte à agitateur, baratte à manivelle, baratte à pales, baratte en peau de mouton. Le mécanisme reste toujours le même, transformer la crème de lait crue en beurre par agitation.

Fabrication du beurre
Jusqu’au XX e siècle, on fabrique le beurre essentiellement avec une baratte. 
A partir de la crème (matière grasse du lait de vache qui se forme à la surface du lait), on sépare le beurre et le petit lait. Il faut mettre plus ou moins 6 litres de crème dans la baratte pour obtenir 1kg de beurre, en battant la crème tiède environ 20 minutes d’un mouvement énergique. Si elle est trop froide, on rajoute un peu d’eau bouillante. La boule de beurre est ensuite rincée sous l’eau et mise dans un moule en bois souvent décoré d’un motif : fleur, vache …

LA BARATTE A AGITATEUR

ou baratte fixe ou à pilon, elle est constituée d’un récipient haut et étroit, en bois ou en fer blanc dans lequel la crème est mise en mouvement par un bâton appelé agitateur ou batrou, et dont l’extrémité est un disque. On l’actionne  en le soulevant et l’abaissant. Il faut être deux pour l'utiliser : un qui tient le corps de l'objet et l'autre qui actionne le batrou. Le couvercle mobile et percé d'un trou pour le passage du manche est appelé furet.

Baratte Luz. Baratte à agitateur (pilon) en fer blanc, les plus anciennes sont en bois. Photo J. Omnès

 

Barattes musée    baratte Passet 
Barattes en bois avec pilon  de Haute-Bigorre au Musée pyrénéen de Lourdes Photo J. Omnès. A droite, mini baratte de berger de la collection de H Passet de Gavarnie.


Gedre baratte  Baratte 6
Au petit musée de Gèdre. et à droite baratte dans un tronc d'arbre, musée Salies Bagnères-de-Bigorre. Photos J. Omnès

 LA BARATTE A MANIVELLE

Elle est composée d’un élément cylindrique en bois (qui peut être aussi en métal, en céramique ou en verre) dans lequel une manivelle située à l’extérieur actionne une ou plusieurs pales en bois (ou métal). On la trouve souvent pour un usage domestique.

 

 baratte 001 Baratte à moulinet
Photo tirée de Objets de nos montagnes de Jessica Compois (édit. De Borée). A droite, baratte du musée pyrénéen de Lourdes.

baratte 2 2 Baratte 4
Baratte à manivelle, musée d'Aucun ; à droite musée Salies de Bagnères-de-Bigorre.

LA BARATTE EN PEAU DE MOUTON

Autrefois, les bergers faisaient le beurre et le fromage en montagne. Pour faire le beurre, ils utilisaient des peaux de mouton ou de brebis. « Les bergers se servent de peaux de mouton bien cousues, les enflent comme des ballons, y déposent la crème, l’agitent de haut en bas, jusqu’à ce que le beurre en sorte arrondi comme une boule ».

Baratte outre 2 Musée pyrénéen de Lourdes. Photo J. Omnès

Comment l’utiliser ?
On verse la crème dans la baratte et on la gonfle à l’aide de la bouche.
On ferme l’ouverture avec un bouchon de bois. La baratte remplie de crème est réchauffée à proximité d’un feu de bois. L’opération de barattage s’effectue toujours assise et très généralement près du feu La baratte est agitée vivement. Ce va-et-vient est renouvelé à plusieurs reprises. 
La fabrication d’une boule de beurre dure en moyenne 15 minutes.


 

Le bâton de berger. 

C'est le grand bâton de chêne ou de hêtre de 1, 70 m environ, utilisé par les bergers pour les aider dans leur marche. Les pommeaux des plus luxueux peuvent être faits d’une corne de bélier. À l’extrémité de la canne, le berger y fixe dans les estives, un crochet de métal replié appelé houlette (petite houe) ou ganche. Il sert à attraper les bêtes par une patte arrière, pour les tondre ou les soigner. En les entravant ainsi, le berger n’effraye pas l’animal en se tenant éloigné et évite les désagréments d’une ruade. Certaines cannes sophistiquées peuvent être démontables

bâton de berger canne   Baton de berger extra long

                         

                                                  
Pommeau, corne de bélier.                               Canne et bâton de berger

                           Houlette
                           Ganche, houlette
   Canne de berger pliable              bâton de berger
   
                                                                                                                                             

   
Le béret (lou bonet).

Ce couvre-chef souvent appelé à tort béret basque est en fait d’origine béarnaise. Comme pour le Panama qui ne vient pas de Panama, mais d’Équateur, et dont les employés du canal ont fait la réputation auprès des Américains de passage. Ici ce sont les Basques, grands voyageurs, qui ont fait la renommée de ce couvre-chef, auprès des Américains, lors de leurs voyages aux Amériques, ainsi qu’auprès des Anglais et autres étrangers venus en villégiature sur la Côte basque.
C'est un couvre-chef rural pratique très utilisé par les locaux et les bergers. On peut le glisser dans sa poche ou y mettre la cueillette du jour : châtaignes, champignons... Imperméable, fait de laine foulée (lavée et martelée), il protège les bergers des intempéries. Tricoté jadis par ceux-ci, lors de leurs veillées, avec des aiguilles de buis, après le retour en ville, travaux de transhumance terminés. C'est à Oloron que naquit la première manufacture en 1800, puis à Nay que se développa sa production lors de l'apparition du moteur en 1829.

Il est vite devenu citadin et emblème d’identité régionale. Ainsi, les Bigourdans et les Béarnais le portent en pointe alors que les Basques le portent sur l’occiput. Il est de couleur noire ou brune chez en Bigorre et rouge en Pays Basque, les Béarnais ont tendance à le choisir noir. Il est devenu le symbole de l’influence française à travers le monde. Le citadin belge, comme le paysan vietnamien, l’a vite adopté. Il est même devenu une référence parfois un peu caricaturale avec son complément, la baguette de pain, de l’identité nationale vue de l’étranger. Jean-Loup Chrétien lui a donné ses titres de gloire à Baïkonour et l’abbé Pierre, ses titres d’humanité. Alors que durant la dernière guerre, en plus large, il a été le symbole de la milice de Vichy. Devenu multicolore (il était marron à l’origine), Hollywood l’a adoré. Il a été adopté par Laureta Young, qui en acheta des dizaines pour des amis lors du tournage à Lourdes du film En Route vers Lourdes, en passant par Madonna et Greta Garbo et surtout Hemingway. Sur la trace du maréchal Mongomery, il s’est internationalisé avec son utilisation par de nombreuses armées de par le monde. De couleur rouge ou verte pour les paras ou bleu pour l’ONU, il représente la force établie. Cela n’a pas empêché le révolutionnaire Che Guevara d’en faire un symbole de lutte contre l’oppression. Son port en arrière permettant de mettre en évidence l’étoile de la liberté.

Précisions techniques et historiques
Le béret de tous les jours a une circonférence plus petite que celui des jours de fête, mariage et enterrement. Les bérets classiques sont doublés et garnis d'une ceinture de cuir. Le petit bout qui dépasse au sommet (cabillou) est le point de départ du tricotage. On s’en sert pour le retirer de la tête. Certains pensent que cette petite « antenne » est destinée à chasser les mauvais esprits. Le premier béret officiellement connu est celui de la sculpture du portail principal de l’église de Bellocq. Il date de 1280-1300. Celui du panneau de bois de l’église de Sarrance, en vallée d'Aspe, tenu sous le bras par un pêcheur, date de 1760. Mais nous pensons que celui de la gravure sur la pierre en réemploi de l'abbatiale de Saint-Savin montrant un berger ou un pèlerin avec son bâton et précédé d'un oiseau est antérieur aux deux précités. Mais le dessin de cette pierre, à notre connaissance, n'a jamais fait l'objet d'une étude.
En 2005, seules subsistent les manufactures de Nay (Société Blancq-Olibet) et d’Oloron (Groupe Cargo, ,Laulhère). Un musée à Nay lui est consacré. Place Saint-Roch : www.museeduberet.com et Laulhère : http://l.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.laulhere-france.com%2F&h=RAQE34LzI


 
Bérets traditionnels     Bérêt basque ceinture   bérêt basque de fantaisie



 Louis Mariano    Publicité  sur le béret   Tête de Bigourdan
Louis Mariano

                                                                                           Béret St Savin            
                                                           





    béret4






  
                                                                                                           
                                         
Un porteur de béret vers 1200 ? Abbaye de Saint-Savin. Certificat d'authenticité. Photos J. Omnès

Laulhère
Laulhère au Salon de l'agriculture à Paris, mars 2016
Laulhère à TF1 : https://www.facebook.com/laulherefrance/videos/995812480509651/

Légende
L’origine du béret viendrait de Noé lui-même. On dit que ce dernier trouva dans le fond de la cale de son bateau, après le départ des animaux, une touffe de poils et de laine qu’ils avaient perdue. À force d’être piétinée dans l’eau stagnante, cette touffe s’était transformée en tissu feutré imperméable. Notre patriarche s’en serait servi pour se protéger de la pluie..
Ceux qui veulent en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9ret et ceux qui veulent entendre la chanson le béret de 1931 :
https://www.youtube.com/watch?v=wGnROf25nrE&feature=youtu.be



LoretaYoungLourdes2 Laureta Young et un petit Bigourdan avec son béret
 

Antériorité

Le béret a peu de rivaux. Porté un peu partout en Bigorre, il faut nuancer, qu’au XIXe siècle, les vieilles personnes restaient fidèles au bonnet,  calotte de laine dont l'extrémité tombait sur l'épaule ou sur le front (genre couvre-chef catalan) et les toys au couvre-chef, genre bonnet de nuit au sommet en pointe arrondi, de couleur  brune, qui lui, ne tombait pas sur l’épaule. Ce n'est que progressivement que le béret a remplacé ces différents types de bonnets.

bonnet bigourdan 001           bonnet toy 
                                 Bonnet bigourdan et bonnet toy, d'après A. Dartiguenave, 1855.

Une petite chanson de 1931 : https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Fyoutu.be%2FwGnROf25nrE&h=kAQHP8-KW

  
Le bidon à lait en aluminium de 10 et 25 litres et la bât des mules pour le porter.

Le bidon de stockage a un couvercle amovible fixé avec une chaîne pour éviter que le lait ne se renverse quand on quitte la ferme avec, et une à deux anses. Il n'a pas de bec verseur. Il servait à transporter à pied  le lait de la ferme à la maison des clients. Le fermier puisait directement dans son baquet à lait avec une grosse louche, le lait tout frais sorti du pis. Depuis l’industrialisation des moyens de production, cet objet est tombé en désuétude, mais se retrouve parfois dans les brocantes comme élément de décoration ou utilitaire, comme par exemple, porte-parapluie.

Bidon de lait   Bidon peint par Didier Leveille  Marchand de lait
                                                                 Bidon peint par Didier Leveille.  Marchand de lait et son bidon

Il existait aussi des bidons pour distribuer le lait. Ils possédaient un bec verseur. Tels les bidons reproduits sur ces photos. Curieusement on les trouve difficilement dans les brocantes à la différence du bidon de stockage plus décoratif.
 

                      Les laitières

                          Les laitières de Cauterets. Col. Jean Labourie, Les maires de Lourdes. Édition Atlantica


Bât de mulet Porteuse de lait
Bât de mulet avec son bidon. Mini musée Lavantes à Luz . Photo J. Omnès.  Porteuse de lait

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Jeunes laitiers et leurs bidons. Carte postale ancienne. Un bât. Coll. Privée


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Partie avant du bât présenté au-dessus. Photo J. Omnès

Le bât présenté provient d'une maison d'Arrens-Marsous. Son intérêt est dans l'excellent état des garnitures: peau , face externe; toile de lin, face interne. On notera les deux anneaux en bois. Selon Lotte Paret, et sa bible "ARRENS 1930. Les mots et les choses", bât se dit Aubarda; les extensions latérales qui se déplient: Picous.
Sur celui-ci, il ne manque que le guinsay, la corde pour fixer les charges. Ici, elle est remplacée par une cordelette de montagne. Chez J.-J Abdallah, un correspondant a vu une ou un guinsay fait(e) de crins de chevaux blanc et noir tressés.  

bât de mule avec les bidons de lait. Petit musée de Gèdre.

Pot à lait  Petit musée privé de Bernard Héraut à Uz

    

 
 
Le buffadou-bofador  (du gascon bofar, souffler) 

C'est un tube originellement en bois de sureau facile à percer dans son axe central actuellement en bois de tilleul. Indispensable pour raviver les braises ou allumer un feu sans se brûler les moustaches ou soulever les cendres.
bouffadou                                                        

                                                           

Histoire légendée (Lozère)
Bouffanelle était une sorcière, au temps où, dans les grandes forêts du Gévaudan, il nous en restait quelques-unes. Sorcière,  avec une spécialité : le bâton du diable.
Elle avait coupé un jeune bouleau de bois blanc, en avait enlevé l'écorce et l'avait creusé pour en faire un tuyau de bois. Il lui suffisait alors, ams tram gram pic et pic et colégram, de souffler dans le tube et, à l'autre extrémité, apparaissait un diablotin dans sa culotte rouge ; un petit bonhomme rempli de malices et qui, tant que durait le souffle de la sorcière dans le chalumeau, dansait la danse du diable.
Dans les veillées, dans les fêtes votives, dans les kermesses paroissiales, au dessert des repas de noces, avec son bâton du diable, Bouffanelle faisait un tabac. A tel point, que cela suscita la convoitise de beaucoup. Certains allèrent dans la forêt, coupèrent de jeunes bouleaux, en fabriquèrent des sarbacanes dans lesquelles ils soufflèrent de tout leurs poumons.  Avaient-ils oublié la bonne formule ? N'avaient-ils pas l'âme assez sorcière ?
Aucun diable n'apparaissait au bout du tube et les apprentis sorciers en étaient pour leur honte. Cependant, par ce simple bâton creux, la fortune arriva à l’un d’eux : Bouffarel, de la paroisse de Bouffassol.
À la veillée, devant le feu de l’âtre, pour la centième fois, Bouffarel soufflait dans son tuyau. Sans résultat.
Minuit approchait. Le feu s’était éteint peu à peu ; et, parmi les cendres, quelques braises timides clignaient de l’œil avant de s’endormir. Soufflant toujours, Bouffarel approcha, sans le faire exprès, l’extrémité du tube des braises qui subitement, se réveillèrent. Le souffle de l’homme, par l’intermédiaire du bâton creux, leur avait rendu la vie. Et, sous les yeux étonnés du faux sorcier, un feu tout neuf se mit à danser dans le foyer. Bouffarel venait d’inventer l’appareil à rallumer le feu sans se brûler les moustaches. Né de la sorcière Bouffanelle, mis au point par Bouffarel, on l’appela : le " Bouffadou ".



Le blutoir
Instrument servant à séparer la farine du son


blutoir 001
Ce blutoir venant de Vier-Bordes se trouvait vers 1950, au château fort de Lourdes.



Le briquet  de  berger

Le briquet de berger des Pyrénées est fabriqué en corne , il reproduit les gestes ancestraux de l’utilisation des pierres pour obtenir un départ de feu. Ecologique, il ne nécessite aucun produit chimique et respecte donc notre environnement. Contrairement à un briquet classique ou des allumettes, il se montre efficace même par temps humide. Facile à transporter on l’utilisera avec de la paille sèche, de l'amadou ou de la fibre comme le coton. Il est constitué d'une corne scindée en deux, d'un grattoir en acier relié à la corne par un lien et d'une tige en alliage magnésium jouant son rôle de pierre à feu. On en trouve sur le site Esprit des Pyrénées (Bagnères) d'où est extrait ce texte.

Briquet berger  Photo Esprit des Pyrénées



Le broyeur à fumier
La fumure se limite en de nombreux endroits au pacage des animaux après la fenaison. En montagne, cette opération fait l'objet des plus grands soins. Ainsi à Grust (Luz-Saint-Sauveur), le fumier, soigneusement conservé, est moulu et réparti, dans les pâturages. L'instituteur, dans la monographie des instituteurs de 1887, a décrit avec une rare précision ce travail méthodique. Le fumier d'ovin était broyé dans ce genre de machine pour l'aérer, puis mis en petits tas dans les champs avant d'être épandu dans les champs.


Broyeur à fumier  Panier à fumier
Objet appartenant à Joseph Thirant. A droite panier à fumier, Musée pyrénéen. Photos J. Omnès

Gedre broyeur fumier Au Petit musée de Gèdre. Photo J. Omnès


La cape de berger

Un texte de Pierre de Marca nous rappelle que le fameux manteau de saint Martin n'était autre qu'une "cape bigérrique", telle qu'elle était fabriquée alors dans nos régions pour l'armée romaine. Très chaude et de laine grossière, elle était idéale pour affronter les hivers.
Texte de Marca, remplacez le f par un s pour mieux comprendre :  « ...Mais ce qui leur a donné fujet de tenir ce difcours eft, que Paulin efcrivant à fon Aufone, parle avec mefpris des habits des Bigordans, qu’il infinuë avoir efté faits de peux de beftes ; et auffi que les robes et manteaux rudes et velus, fabriqués d’une laine groffière, portoient anciennement le nom de Bigerriques, en consideration du païs de Bigorre, où fe trauailloit cette manufacture ; comme chés Severe Sulpice, et chez Fortunat, qui tefmoignent que fainct Martin acheta pour fon ufage vne cape Bigerrique. Car ceft ainfi que ie veux la nommer, eftimant que ces habillemens Bigerriques, pouvoient eftre femblables aux Capes qui fe fabriquent maintenant en Béarn, d’vne laine groffiere pour defendre les pauvres gens contre le froid et les pluyes. » « Histoire de Béarn… », 1640.  Pierre de Marca, 1594-1662.  Ed. Vve J. Camusat.

La société  Esprit des Pyrénées nous rappelle aussi que l'existence de cette cape de berger est attestée dans les Pyrénées mêmes, à l'époque des Romains. Ils venaient prendre les eaux à Vicus Aquensis (Bagnères-de-Bigorre) et achetaient aux habitants, les Bigerriones, des “Bigerri vèstès", qui n’étaient autres que capes de pure laine des  troupeaux locaux. La matière est de la pure laine des Pyrénées bouillie, foulonnée, imperméabilisée, sur la base d’un tissage cardé.  "Capes et pèlerines ont traversé les siècles sans subir pratiquement aucune modification et deviennent « tendance » en
période d’intempéries".www.espritdespyrenees.com

   Cape de berger Capuchon cape
Noël Canivencq à Gavarnie. Photos J. Omnès

manteau 1 manteau 2
Dark Vador et sa cape au petit musée d'Aucun. Photos J. Omnès

cape berger  Esprit des Pyrénées
À gauche, la fabrique La Carde à Luz essaye de perpétuer la tradition de la cape de berger. Une boutique a été ouverte en 2013 à Cauterets à la galerie Aladin.  À droite, cape proposée par Esprit des Pyrénées. Cliché Esprit des Pyrénées.


Le capucin ou couteau du berger.

Ce couteau, que   l’on pense inventé à la fin du XVIIIe siècle, dans les Pyrénées par les   bergers, est composé d'une lame, d'un manche et de deux clous. C’est l'un des   plus anciens couteaux de poche  connus.   Il est sans ressort : quand le couteau est ouvert, la   lame repose simplement sur un " clou " qui sert de butée de lame.

Sa forme est toujours  très largement répandue dans les Pyrénées.   Son nom trouve son origine dans la forme de son manche qui évoque la   silhouette d'un moine dont la tête serait recouverte de la capuche de sa   soutane.
Les plus communs ont un manche en   bois, les autres, un manche en corne. Pour fabriquer un tel capucin, il   faut une pointe de corne par manche donc une corne entière par manche. Aucune   corne ne ressemblant à une autre, chaque pièce est un modèle unique. Ils   sont surtout fabriqués à Thiers.

capucin classique ancien                            capucin en corne  

 Capucin   classique, manche de bois.               Capucin,   manche de corne

Couteau 2 Capucin à manche en corne. Petit musée d'Aucun. Photo J. Omnès




Les coiffes des femmes, voir patrimoine vestimentaire

coiffe Barège 001
Coiffe des vallées de Barèges. Photo Masson. En préparation patrimoine vestimentaire.



Les colliers
Ce sont de larges colliers de latte de bois souvent de frêne, assouplies repliées sur elles même et fermés par deux  à quatre boutons de corne chevillés ou canoules. Ils sont utilisés pour accrocher les sonnailles au cou des vaches et des brebis. 
Les initiales du fabricant-propriétaire sont souvent gravées au-dessus des boutons.  Le décor, facultatif, s’organise autour d’une rosace, géométrique, centrée sur la nuque de l’animal. D’autres motifs, de moins en moins géométriques au cours du XXe siècle, s’inscrivent latéralement, à mi-hauteur et se développent vers la rosace supérieure.
Ils sont adaptables à leur encolure. Surtout les couras utilisés pour les veaux et les bêtes de somme. Ils possèdent une clé de bois qui permet de les ajuster au cou de l’animal pendant sa croissance. De nos jours, par économie, nombre de bergers utilisent une lanière de cuir, de plastique, voire une corde qui peut blesser le cou de l’animal. Elles n’ont pas la même valeur décorative.

Collier avec sa sonnaille pour vache  Ancien collier  Collier en plastique
 Collier et sa sonnaille                            Collier sculpté (exemple de travail alpin)         Collier en plastique  

Colliers 2 Colier
Colliers au Musée pyrénéen. À droite au Petit musée d'Aucun Photos J. Omnès 

Peu de bergers savent maintenant fabriquer leurs propres colliers, les gestes et le savoir-faire se perdent. Seuls quelques ateliers, surtout en Béarn persistent dans cette activité artisanale ancestrale. Le bois utilisé est du noyer, parfois du frêne plus solide mais plus cher.

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Collier de Viger et son système de fermeture. Photo Marie Helène Valentin

La fabrication
La pièce de bois est débitée en planchettes d’une douzaine de centimètres pour les brebis et d’une quarantaine de centimètres pour les vaches avec une largeur respective de deux et de douze centimètres. L’épaisseur est de six millimètres  pour les ovins et de douze pour les bovins. Les planchettes sont alors étuvées dans de l’eau bouillante avant d’être placées sur des formes et attachées par leur système de fermeture propre, fait de chevilles de bois. Quatre à cinq mois sont nécessaires pour que le collier ait pris sa forme définitive. Certains sont peints ou gravés de motifs et servent d’objets de décoration. Christian Olivan de la vallée d’Arbas  en  a été l’un des plus talentueux fabricants de colliers. Ci- dessous une vidéo d’un autre créateur.
http://www.dailymotion.com/video/x7ueff_fabrication-des-colliers_creation

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Sonnaille avec collier plastique moderne . Colliers traditionnels, salon de l'agriculture, au centre la Lourdaise. Photos J. Omnès

Ci-après collier en frêne peint er décoré de dessins géométriques,  réalisé vers 1903, par Monsieur Laplagne d'Ousté. A droite, système de fermeture.

Collier Ousté 1         Façonnage collier
                                                                Cliché Jean-Luc Laplagne

colier sonnailles     Le Tech
                                                                                                  Vache au lac du Tech, collier en partie peint

Super décor d'un collier, Musée Massey. Il provient de Sassis (haute vallée du Gave). Il a été finement et richement sculpté par Louis Pujo en 1955. Les motifs latéraux, rameaux de chêne à peine stylisés, étaient impensables un siècle plus tôt, tout comme l’usage de la peinture à l’huile. L’ordre de l’ensemble ainsi que la technique d’exécution restent toutefois dans la tradition. La rosace que nous voyons ici garde une rigoureuse géométrie tout en se végétalisant dans un goût nouveau.

Collier pour vache en  étable ou u coura en bois de frène. Celui-ci est utilisé dans les exploitations où les vaches sont gardées "à l'attache", alignées face au mur, à l'inverse des élevages en stabulation où les vaches sont parquées. On trouve encore des fermes qui pratiquent encore ce mode de fonctionnement mais je pense que ça tend à disparaître. Contrairement au collier pour sonnaille, il permet une ouverture et une fermeture très rapide puisque qu'il n'est pas la pour rester en place longtemps.

joug  u coura



Cruches-pots

pot à graisse 3. Pots à graisse, musée de Bagnères-de-Bigorre. Photo J. Omnès

Cruches eau
Cruches à eau. Photo J. Omnès

Pot à feu

Pots à feu, musée de Banères-de-Bigorre. Photo J. Omnès



 
L’étrille.

C’est un instrument de fer formé de petites lames dentelées qui sert à nettoyer les poils de bêtes en enlevant les malpropretés : terre, bouses, broussailles.


Etrille     Etrille ancienne
                                       Etrille                                          Etrille ancienne. Photo J. Omnès                                                    


 
Les forces à tondre.

L’ancêtre de la tondeuse électrique. Genre de ciseaux aux lames très résistantes. A simple et double ressort (à droite).
Dessous anciennes forces et ciseaux. Musée  Lavantes et  pyrénéen.


Forces

                                                     Forces et leur étui. Comm. particulières. Photo J. Omnès

forces à tonte

Forces à simple ressort    

                                                                                                                                    Forces à double ressort







L'éclairage
La présence tardive d'électricité obligea les habitants de Haute-Bigorre a utiliser jusqu'aux années 1900, les moyens les plus élémentaires pour s'éclairer. L'éclairage le plus basique était constitué de tèdes
La tède est une buchette de pin, sèche et débitée en brins minces comme des allumettes (halhes).Ceux-ci étaient posés sur une ardoise fixée dans un joint de pierre de la cheminée et qui servait de support. Il est évident que l'éclairage de la résine brûlée était des plus basiques.
Les foyers plus argentés utilisaient des candelés ou pinces à résine sur trépied ; soit élémentaires constitués d'une branche de sapin en forme de fourche, d'un côté et de trépied de l'autre, soit plus sophistiqués, composés d'une barre de fer de un mètre environ formés à la base d'un trépied et au sommet d'une pince de 15 à 20 centimètres qui recevait le tison de résine.  Cela procurait une faible lueur. C'est l'un de ces tisons qui tomba et brûla le sein de la mère de Bernadette qui dut trouver une nourrice pour son nouveau-né.

Porte tisons    Porte tison 
Musée pyrénéen, à droite collection. privée. Photos J. Omnès

Le caylé, vraie lampe bigourdane à huile. Son origine est probablement juive du bassin méditerranéen.  
 
   Caylé2 1  Caylé2 2                                                         

 Caylé, collection privée. Photos J. Omnès


Les cuillers
Porte cuiller 4
                                                              Porte cuillers. Pett musée de Gèdre. Photo J. Omnès

Gedre cuileer
Cuiller à écrémer le lait. Petit musée de Gèdre.



La gourde

C'est l’accessoire indispensable du berger, du chasseur et du randonneur. Ce récipient en peau de chèvre bien épaisse, en forme de goutte d’eau, que l’on porte en bandoulière, peut avoir différents aspects. La véritable gourde est une peau retournée et dont l’intérieur, avec ses poils, est recouvert de goudron (les anciennes ) ou de pure gomme (les plus récentes). Légère et isotherme, on ne peut y mettre que du vin. Pour la culotter, il faut souffler dedans et la remplir de nombreuses fois. Les gourdes pour touristes dites synthétiques, sans goudron et avec sac plastique intérieur, sont plus faciles d’utilisation. Elles sont polyvalentes.  Le petit filet de liquide qui sort de la gourde que l’on tient à une certaine distance de la bouche lorsque l’on boit à la régalade, permet de conserver la fraîcheur. Il permet aussi de ne jamais trop boire. Le dernier fabricant qui se trouvait à Pau, la Maison Arroka, vient de fermer ses portes. La principale marque ZZZ vient de Pampelune où elle est fabriquée depuis 1873. Les gourdes ne doivent jamais rester vides, il faut les gonfler à l’air avant de les entreposer.

gourde traditionnelle
Gourde traditionnelle     .

Joug





Le lainage des Pyrénées.

Ce lainage connu par de nombreuses générations d’utilisateurs et qui a ses ambassadrices à Lourdes, rue de la Grotte, et à Cauterets, boutique de La Carde, galerie Aladin, a connu bien des vicissitudes.
Il est fait à partir de laine de moutons sélectionnés pour la qualité de leur toison (types resas et lachas).
La laine de mouton conserve la chaleur même si elle est humide. Jadis dans la chaîne des Pyrénées, cette laine était mélangée à du lin et du chanvre afin d’augmenter la solidité des tissus. Solidité qui s’ajoutait à l’élasticité, chaleur et imperméabilité, qualités basiques des vêtements de laine. Après avoir été lavée dans les eaux des Gaves et de l’Adour (aux qualités exceptionnelles pour fixer les couleurs), cardée et filée, cette laine était mise en écheveaux ou en pelotes. Ce travail de cardage et filage, avant son industrialisation, était réalisé pendant des siècles par les bergers en estive qui se déplaçaient toujours avec leurs quenouilles et les femmes à la maison avec leur rouet. La laine noire était utilisée pour tisser des draps de bure alors que la laine blanche était utilisée pour les vêtements. Cette activité domestique disparaîtra vers 1945, suite à l’industrialisation de la fabrication. Mais la production industrielle déclinera face à la concurrence des grosses manufactures du Nord, puis des fibres synthétiques et des productions asiatiques.

Seule subsistera dans la région, la manufacture bigourdane de Luz-Saint- Sauveur : La Carde, anciennement établissements Lafond (et sa boutique de Cauterets) qui présente un grand nombre de pièces en pure laine : vêtements et couvertures. Le site : www.lacarde-pyrenees.com

La Carde
La Carde et ses écheveaux de laine. Photo J. Omnès

Celle de Bagnères, qui offre à sa clientèle des produits hauts de gamme sous l’appellation Lainage des Pyrénées, a su mettre à son profit et développer l’idée originale de Pierre Comet (1882), à savoir : mélanger du coton à de la laine. 
 
Mélange intime de deux fibres naturelles dont les propriétés se complètent pour le bien-être et le confort. Le coton  ne bouge pas au grattage, procure la stabilité et la solidité indispensables, évite au tissu de pocher et de s’user anormalement. Il lui permet de respirer et d’absorber l’humidité du corps. La laine au fort pouvoir calorifique renforcé par le grattage confère au tissu, douceur et moelleux, emprisonnant ainsi une mince couche d’air isolante.



laine des Pyrénées en écheveau   fileuse 
Laine en écheveau                                                                        Exemples de quenouilles plus avant                         

                                                                   
« Ce tissu en mélangeant LAINE et COTON est la meilleure qualité de tissage des Pyrénées. Il perpétue une tradition ancestrale et vous offre un produit de haute qualité. 
Divers articles en laine des Pyrénées sont en vente dans les magasins de Lourdes. »


Ceux qui veulent en savoir plus :http://www.lainesdespyrenees.com/Main.aspx?numStructure=82169&


Le moule à beurre.


moule-vigne              Tampon à beurre
 Moule à beurre,  motif vigne                    Tampon à décorer le beurre. Coll. Pierre Lavantes Photos J Omnès 

Moule à beurre 2 2      Moule à beurre                
Moules à beurre, musée du château fort de Lourdes. Photos J. Omnès. Dessous cadeau de mariage. Photo Madame Lacolombe de Tarbes
Moule à beurre


moule à beurre2 2 beurre 3 
                                                                        Rouleau à décorer le beurre. Petit musée d'Aucun. Photo J Omnès


La montre solaire du berger


C’est en fait un cadran solaire portatif  constitué d´un cylindre de bois, souvent en buis, plus rarement de métal, d´une dizaine de centimètres de hauteur et sur lequel figurent gravées des courbes horaires (variables suivant les saisons et dépendant de la latitude) et d'une petite  lame métallique qui est escamotable. Pendant le transport du cadran, elle se range à
l'intérieur du cylindre. Pour l’utiliser, elle doit  être placée en position verticale.
Pour lire l´heure, il faut procéder d’après Wikipédia en 3 temps :
- d'abord faire tourner la lame sur le dessus du cylindre de façon à ce qu'elle soit située en face de la date du jour,
- puis tenir le cylindre bien verticalement (certains modèles disposent d'un fil permettant de suspendre le cylindre - comme on le fait lorsque l'on tient un fil à plomb,
- et enfin orienter le cylindre vers le soleil de façon que l'ombre de la lame soit verticale et donc aussi mince que possible.
L´extrémité de l'ombre de la lame sur le cylindre se trouve alors sur une courbe horaire correspondante à l´heure solaire (angle horaire du soleil) du moment, celle-ci permettant après correction d'obtenir l'heure légale officielle.
Petite vidéo sur un atelier de fabrication en vallée d'Ossau : http://www.nathalie-javaloyes.weonea.com/page/13833

Montre de berger  
 Montre de berger, coll. privée. Photo J. Omnes  Sapience
Sur cette enluminure médiévale montrant les différents moyens de mesurer le temps, se trouve en bas à droite, sur le bas de la table, une montre de berger.


Le paleto

Planche qui servait à taper sur le chaume des toits. Petit musée de Gèdre. Photo J. Omnès

Gedre paleto 3



Le panier à fumier


Panier à fumier
Panier à fumier, Musée de Bagnères-de-Bigorre



Le parapluie de berger. 

C'est un grand parapluie de 140 à 180 cm d'envergure, proche du parasol, en toile de coton imperméabilisé à double tissage. Celle-ci est généralement de couleur bleue hydrome et les neuf baleines (huit sur les parapluies traditionnels) sont en bois (préférables contre la foudre). Un vrai parapluie de berger pyrénéen doit se terminer sur 12 boyaux. Fait de façon traditionnelle, avec son pommeau arrondi, c’est le complément indispensable du béret de berger. Il se fabrique encore à Pau. Dupuy Cauvis en vend à Lourdes au Musée pyrénéen.    
Une entreprise qui fait la promotion des objets traditionnels :  https://www.facebook.com/edp.espritdespyrenees
                                 
             
                                                                                    
parapluie de berger 1  Parapluie de berger 2                artisan parapluie



Peignes à lin

Peigne à lin


Planche à dépiquer ou trillo en Espane


trillo
Musée de Bagnères-de-Bigorre.


Les quenouilles


Quenouilles 2
Collection de quenouilles pour la laine en creux et le lin en boule. Musée d'Aucun

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Détails de décoration


Fusaïole 2

L' élément indispensable ou fusaïole pour filer la laine et le lin. Petit musée d'Aucun





 Les sabots

Le sabot classique se faisait en bois ; pour les fêtes un sabot plus léger avec dessus de cuir était utilisé. Son origine serait arabo-berbère.

 sabots 3
Banc du sabotier. Petit musée d'Aucun

sabot 3 Sabot 2
Sabot pour la ville, plus léger avec son dessus de cuir. Son origine serait arabe
sabot Sabot maison Domec à Aucun. La semelle n'a plus ses clous. Ils ont été remplacés par des lanières de caoutchouc.

Sabots 7
             Exemples de sabots, musée Salies de Bagnères-de-Bigorre
.
Extrait de l'ouvrage d'Henri Fédacou :

Les sabots Henri Védrenne

sabot
herminette spéciale accrochée à un anneau :
une huchÒlo.

Hache sabotier 3
Hâche de sabotier, chez Nicolas Sorçabal à Saint-Pé- de- Bigorre


Sabots dardoisier                                                            Sabots d'ardoisiers. Musée de Salies, Bagnères-de-Bigorre


Les sandales basques ou espadrilles

Adoptées par de nombreux Lavedanais, elles sont d'origine pyrénéennes. Ces chaussures communément nommées espadrilles sont faites de toile de lin et de corde de chanvre (de jute de nos jours). Elles ont permis à des générations de marcheurs et de bergers et aussi de mineurs du Nord (c'est moins connu), d'avoir une démarche souple et légère. Il paraît que les fantassins du roi d'Aragon, au XIIIsiècle, portaient des espadrilles. Leur fabrication était très importante au siècle dernier en Catalogne, en Béarn à Salies-de-Béarn et en Soule à Mauléon. Elle faisait vivre plusieurs centaines de familles (sandaliers) qui travaillaient à domicile, durant la saison morte. Le travail en usine s’est ensuite généralisé. De nos jours, face à une concurrence asiatique de plus en plus vive, seule une fabrique souletine, Prodiso, propose encore des espadrilles traditionnelles cousues à la main et sans semelle de plastique. Son site : www.espadrilles-mauleon.fr Généralement, les traditionnelles ont une semelle de corde plus épaisse.
Mais pour contrer commercialement les sandales chinoises, il a fallu utiliser au mieux ce savoir-faire ancestral, réalisant des produits de qualité et de grande solidité en ajoutant des variations formelles en matières innovantes, en couleurs flashy et en imprimés audacieux. Avec Prodiso, les autres entreprises souletines Megam, Don Quichosse et Tauzin... ont réussi  à faire de ce produit purement local, un complément de mode à l'échelle internationale, dont sont friands : Italiens, Japonais, Allemands etc...et les grandes maisons de mode : Yves Saint Laurent, Valentino, Marc Jacobs...
Les modèles classiques se déclinent maintenant sous toutes les couleurs et se portent beaucoup en bord de mer et pendant les vacances.
sandales-espadrilles  Espadille Valentino
                                                                                                        Espadrille Valentino
         Espadrille traditionnelle                                                    
   .



La saoumette

C’est avec cet instrument que les agriculteurs de montagne pouvaient porter jusqu’à 80 kg de foin dans leur grand sac de toile ou "siaré"(seiarres). Les deux barres reposant sur les épaules.
Explications de Joël Adagas sur Les amis du Lavedan (Facebook) : Le " siaré " ou carré de toile permettait le transport du foin le plus souvent à dos d'âne. La " saoumette " était garnie de tas de foins préparés en "mats " et rangés sur les 2 barres contre la barre verticale servant de retenue à l'avant , le tas de "mats " était serré par la barre mortaisée et verrouillée . Un mat était, grosso modo, la 1/2 ration d'une vache pour la journée, l'hiver. Petit film sur la fenaison en montagne bigourdane
https://www.youtube.com/watch?v=QSC9g1xwQg4


Porte foin   Samouette
                     Saoumettes  au musée pyrénéen ; à droite coll. privée. Photos J. Omnès

Saoumette  

    
   Saoumette en vallée de Campan                                                                


Les sonnailles.
Nom donné aux cloches accrochées au cou des brebis ou des vaches partant en estive. Ces esquères (esquires en béarnais) étaient généralement accrochées au cou des génisses et des béliers, animaux dominants, seuls capables de mener les troupeaux. Leur sonorité grave rythme avec la transhumance. Les autres animaux du troupeau sont équipés de clochettes au son plat ou esquerets. 
La sonnaille est composée d’une feuille de tôle brassée au four, enrobée de cuivre et de laiton, ce qui la distingue de la cloche fondue en laiton au son plus métallique. Les sonnailles bigourdanes comme les béarnaises sont longues et étroites. Elles peuvent être décorées à coup de pointeau. Chaque sonnaille a sa tonalité due à sa taille, sa forme et à la nature de son battant (bois, os, dent de cheval…) afin que le berger puisse reconnaître ses bêtes et surveiller la marche du troupeau par temps de brouillard. 

Sonnaille Ousté 2     Battant sonnaille                                                    

Sonnaille bigourdane d'Ousté. Fer martelé , décor à la croix.     Battant en os
Sonnaille façonnée par Monsieur Laplagne d'Ousté vers 1940.
Un des derniers fabricants français de sonnailles se trouve à Nay : les établissements Daban en activité depuis 1795.  www.daban.fr .  De nos jours, ils réalisent près de 18 000 sonnailles par an et exportent 15 % de leur production vers l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Visite sur rendez-vous. On peut parfois acheter des sonnailles réformées sur les marchés.

Vache et sa sonnaille                       Sonnailles
Vache et sa sonnaille                                                                              Sonnailles au château fort. Photo J. Omnès
 
Une adresse : Musée pyrénéen du château de Lourdes. Jadis au Château fort était exposée la seule collection complète de sonnailles. Il n'en reste malheureusement que quelques exemplaires, ici, accrochés au mur. On peut imaginer que les autres se trouvent dans les réserves.


Tranche caillé
ou brassus à cinq branches. Il permet de briser la masse de lait caillé séparé du petit lait.

Tranche caillé   Tranche caillé 2

 Photos André Grimbert Lourdes  

Objets de bois divers

Bois 1   bois 2                  
Quelques artisans, comme M Manau de Lourdes continuent à fabriquer et vendre sur les marchés des objets divers en bois                                            
                                                                       

Les clous forgés et cloutiers (forges)

La conjugaison de riches forêts pour la fabrication de charbon de bois, de torrents pour la force motrice et la présence de minerais de fer à Ferrières ont permis au sud du Piémont de voir apparaitre et se développer une industrie fort active, celle des cloutiers. Le pôle le plus réputé, même  jusqu’en Espagne et ce, dès le XIIIe siècle, était celui de Saint- Pé.

Forge XVIIe siècle
                                                                                           Forge au XVIIIe siècle Encyclopédie planche I, serrurier-ferronnier

Les cloutiers ou clabétès de Saint-Pé, ex Générès (devenue de Bigorre 1962).
Au XIe siècle, Saint-Pé était possession des vicomtes de Béarn et dépendait de l’évêque de Lescar. Le vicomte Centulle IV de Béarn voulant divorcer de Glisa, pour épouser la comtesse de Bigorre, Béatrix, demanda à l’évêque de Tarbes, Ponce,  d’intervenir auprès du pape Grégoire VII. Pour le remercier, Gaston VII offrit alors au prieur et à la communauté de Geyre, vers 1281,  la forêt de Trescrouts  avec ses bois et ses mines de fer proches.

La multiplication des forges traitant du fer venu de Ferrières (voir plus loin) s’accéléra au  XVIIIe siècle, à tel point que les fumées dégagées des ateliers obscurcissaient l’horloge de la tour  de l’abbaye et qu’il était impossible d’y lire l’heure. Même au XIXe siècle, il se disait que les pèlerins se rendant à Lourdes, arrêtaient de chanter leur cantique  en passant dans le village pour demander l’heure aux habitants, tant le halo de fumée était important sur la tour de l’horloge de l’abbaye et que ses sonneries étaient inaudibles.  Après les tisserands, les cloutiers représentaient la deuxième population du village. Ils faisaient vivre près de 300 personnes. La Révolution vit la naissance de la manufacture nationale du clou, avec l’utilisation de l’église de l’abbaye réquisitionnée. La demande était forte, du fait des guerres qui nécessitaient de nombreux clous pour les harnais et les chaussures des soldats, mais la collectivisation des moyens de production, n’était pas dans l’esprit des autochtones. Exit la manufacture et bonjour le déclin, qui ne tarda pas à arriver, suite à la production industrielle des trèfleries (comme celle des minoteries industrielles pour le pain). En arpentant les rues du village, on peut se rendre compte du travail exceptionnel de ses cloutiers. Ces derniers tenaient marché à Lourdes et l’été à la foire de Gavarnie où les Aragonais venaient s’approvisionner.
Les cloutiers de Saint-Pé s'étaient groupés en une confrérie fort puissante, avec leur bannière, toujours visible à l'intérieur l'abbaye. Elle présente saint Eloi, en habits d'évêque, avec aux quatre coins, les instruments de la forge : marteau et pinces. Bannière inscrite au MH depuis 1981.

Cloutier

Ces forges sont à l’origine du sobriquet concernant les habitants du village : eths ahumats : « les enfumés » ou « les embrumés » (Enquête C.G. 1986). Ou  Eths clavetons : « les cloutiers », (Rosapelly, vers 1910).
Barres de fer 3


    Tréfilés : botte de fer coulé, botte de fanton, triangle de fer arrondi, barre de fer plat, barre de fer carré. L’Encyclopédie, planche I, figures 1 à 5.

Les cloutiers de Ferrières
La présence de ce minerai de fer le long de la rivière l’Ouzom a entraîné depuis des temps très anciens  (les Romains semblaient en avoir connaissance)  la construction de forges pour la transformation du minerai en fer brut. La première forge pour laquelle on a des traces officielles d’existence est celle de Louvie, en contrebas de la mine de Baburet, en Béarn. Cette forge fut reconstruite par le seigneur de Louvie vers 1512. Le minerai de fer subissait plusieurs opérations, dont l’épuration, le raffinage et le pétrissage. Le produit fini sous forme de barres de 2 mètres de long, grâce à un marteau pilon hydraulique, était acheminé sur Oloron, Morlaàs, Lourdes et même Tarbes. Ce seigneur  possédait des droits exclusifs sur les forêts avoisinantes qu'il faisait exploiter pour pouvoir convertir le minerai en fer au contact du feu, d’après une méthode dite à la catalane.

D’autres forges vinrent s’ajouter à Baburet, dont celle d’Asson après l’ouverture d’autres mines : à Lareut et Béost. Ces forges situées sur la rive gauche de l’Ouzum en Béarn, fabriquaient du fer brut, qui ne pouvait être transformé en produits manufacturés qu’à partir de la rive droite, en Bigorre. Aussi, un chemin de transport traversant les gorges de Caillabet dut être réalisé pour alimenter les forges de transformation qui commencèrent à se développer au cours des siècles. Un hameau en surplomb de celles-ci et en amont du ruisseau prit naissance sous le nom d’Arbéost-Herrère. Un autre hameau se développa en aval des forges sous le nom de Haugarou. Tous deux dépendaient des communes d’Arrens et de Marsous. Haugarou qui prit de l’expansion sur l’autre rive du ruisseau Lanet  se trouvait sur le territoire de la commune d’Aucun. Ce nouveau quartier prit le nom d’Herrère-Aucun ou d’ Herrère-Debat. Tous ces hameaux étaient  habités par des cadets : forgerons ou  charbonniers et recevaient de nombreux journaliers surtout venus d’Espagne. L’activité métallurgique qui compta jusqu’à 600 ouvriers au XVIIIe siècle, prendra fin en 1866. Plusieurs causes en sont à l’origine, surtout la venue de hauts- fourneaux plus compétitifs et  l’imposition en 1860, du libre-échange décrété par Napoléon III.
En 1922, la Société anonyme des Mines et Hauts fourneaux de Baburet acquit ces mines et construisit un chemin de fer pour amener le minerai au village de Ferrières puis jusqu’à la gare de Coaraze-Nay.
De 1937 à 1961, près de 455 000 tonnes de minerai passeront par Coaraze-Nay. Puis viendront un nouveau déclin et sa fermeture définitive.

         le-site-de-baburet-ou-les-romains-exploitaient-deja-le 925345 490x368p      Ferrièresans-titre

                  Le site de Baburet. Tiré du cliché de Camp de base   
                                                                                                                                                  Armes de Ferrières

 
Les cloutiers d’Aucun
La présence des forges d’Aucun découle naturellement de celles d’Herrère-Aucun (Herrariis). Une partie du fer partait à dos de mulet à travers le col de Bazes vers le village d’Aucun. Les forges locales transformaient les tréfilés en produits manufacturés ; des forgerons s’étant petit à petit installés dans les boutiques dites à forgerons. Et en 1666, le petit-fils d’un certain  Claverie, seigneur d’Arudy,  Jean Cosme de Claverie obtint des droits d’exploitation en vallée de l'Ouzom, sur les territoires d'Arrens, Marsous et Aucun, avec faculté d'établir des forges. Une forge, dite du milieu, fut alors établie en aval de la Herrère d'Aucun, en face du hameau des Eschartès. Le concessionnaire ne poursuivit pas longtemps son exploitation. La lente disparition des forges fut accélérée surtout les forges avec cages à chiens après la  création en 1850, de la Société protectrice des animaux. Celle-ci lutta contre l’utilisation de chiens pour actionner les soufflets.
C’est l’une de ces forges qui a été sauvée de la destruction par André Fourcade que nous pouvons visiter de nos jours au musée montagnard d’Aucun, tenu par son petit-fils Éric Delgado. Cette forge a appartenu à un cloutier de Saint-Pé, Jean Cassadou, né en 1757, venu s’installer à Aucun. Il est à l’origine d’une dynastie de cloutiers. Cette forge a servi en 2014, au tournage du film de Gérard Holtz  sur le Tour de France http://www.ladepeche.fr/article/2014/05/16/1881771-gerard-holtz-silence-on-forge.html

Maison du M-F
 Maison du cloutier à Aucun. Photo J. Omnès

Forge   Le Gaulois     
                                                             

Forge roue     Aucun billot
Roue à chien (labrit)

Le billot, cliché Eric Delgado. Film 2014 sur le tour de France 1913, réparation de la fourche du "Gaulois" sans la forge d'Aucun, censée dans sle film être celle de Ste-Marie de Campan. Capture d'écran J. Omnès.

Les forgerons maréchaux- ferrants de Lourdes

Lourdes, ville étape pour atteindre les cures thermales abritait un certain nombre de forges, où, surtout l'on réparait  les calèches et ferrait les chevaux. La demande se multiplia après les Apparitions, vu l'explosion du nombre de voitures à cheval employées à transporter les touristes. Par information orale, nous avons appris qu'il y avait une forge en face la gare inférieure du pic du Jer, probablement pour l'entretien du matériel et une autre, chaussée du Bourg, près du Champ Commun où l'on ferrait les chevaux. Ceux-ci nous a t-on dit, allaient tout seul boire à l'abreuvoir des Champs et revenaient d'eux-mêmes à la forge. Celle-ci existe toujours et appartient à Monsieur Jean Vergès,  mais il manque le soufflet qui a dû peut-être servir de table ou d'élément décoratif.

Ancienne forge
                                                                          Forge Vergès, chaussée du Bourg. Photo J. Omnès
Le minerai
 
Ce minerai était riche en  fer (45 à 50 %), en hématite rouge facile à fondre et entre 12 à 14¨% de silice.
 Le charbon de bois pour les foyers provenait surtout de la forêt d’Estrem de Salles, du Val d’Azun et de  Saint-Pé (Trescrouts). La gestion des forêts était rigoureuse, les bois surveillés en permanence par des gardes, les coupes « illégales » et le pâturage des chèvres sévèrement réprimés. Au XVIIIe siècle, on estime que 600 personnes travaillaient à la fabrication et à l'acheminement du charbon de bois pour le besoin des forges de la vallée de l'Ouzom. On estime qu’une forge utilisait environ une centaine d'hectares de forêts par an, pour sa production de charbon. Les coupes étant effectuées tous les dix-huit ans environ, les maîtres de forge devaient disposer de 1 800 ha de bois par forge en activité.

Les propriétaires-exploitants
Après les Incamps, seigneurs béarnais (de Louvie), intervint la famille Claverie (seigneurs d’Arudy) et enfin celle d Angosse qui lui succéda en 1729, exploitant des mines et des forêts de la région.

Le matériel et accessoires d’une forge

Clouterie-Aucun 

                             La forge d’Aucun. Cliché Eric Delgado


Aucun La Forge 4
La forge d'Aucun. Photo J. Omnès

Les forges de transformation du tréfilés en clou ou matériel agricole ont pratiquement toutes le même matériel et les mêmes outils.
Il existe une forge du XVIIe siècle à Argelès-Gazost, son entrée d'origine possède  un claveau de porte daté de 1618 !
Elle n'est pas visible de la rue, car aux siècles derniers un bâtiment a été construit devant. La sortie, côté rue du 18 Mai, avec sa porte plein cintre est datée de 1672. À l'intérieur, tout semble figé depuis des siècles, le grand soufflet fonctionne toujours, mais il a été monté à l'envers.
Les propriétaires sont passés lentement, mais sûrement du métier de forgeron à celui de charron puis de constructeur d'automobiles au cours de la Grande Guerre. Pour laisser place à un garage de réparation  qui s'éteindra  vers 1960.


Argeles  forge  Argeles Forges
 
Forge à Argelès-Gazost , elle est datée sur le linteau  de 1672. Photo J. Omnès.

forge
      La forge Bégué d'Argelès-Gazost   Photo J. Guyot

Forge d'Ossen

Ou forge Capdevielle. Elle se trouve en bord de route et a hélas été vidée de tous ses éléments. Mais une photo de J-B Durruty nous donne une idée de l'intérieur.

Osssen  Photo J. Omnès

ossen0003 3 Avant sa fermeture. Photo J-B Durruty

Matériel du forgeron-maréchal ferrant-cloutiers

Le soufflet et son moteur
Pour les travaux utilisant de grosses pièces à façonner, tels les fers à cheval, l’action du soufflet (barquis) sur la matière incandescente peut être intermittente, la malléabilité des pièces de métal évoluant lentement. Une action manuelle sur le soufflet fixé au plafond peut suffire. Un contrepoids ramène à la position initiale le soufflet, après pulsation de l’air sur le feu. Cependant, pour les pièces à petit volume, tels que les clous où l’incandescence doit être permanente, l’action en continu du soufflet devient indispensable, ce qui nécessite un système  de sa mise en fonction permanente, ou au moins des plages horaires plus longues. Celui-ci est réalisé par un système de bielle-manivelle qui transforme un mouvement de rotation en mouvement vertical. Ce système est très adaptable aux forges utilisant la force motrice de l’eau, comme pour la roue d’un moulin. Pour les forges éloignées des cours d’eau, il devenait nécessaire de faire tourner ces roues par une autre traction, la traction animale. Aussi la forge comportait une roue de 1,20 mètre de diamètre environ, et un chien la faisait tourner.
Il parait que cinq séances suffisaient au chien, généralement un Labrit, parfois un Patou, pour qu’il comprenne ce que son maître attendait de lui et reste dans la roue. Il faut cependant ajouter qu’il était attaché à ladite roue par un collier mobile. Il parait qu’il apprenait vite les moments où l’arrêt ou un nouveau départ s’imposait : voix du maitre, sonnerie quelconque. Dans les forges importantes, plusieurs chiens se relayaient. La création en 1850 de l’Association protectrice des animaux, condamnant cette forme d’esclavage animal interdit son utilisation qui disparut progressivement avec le déclin de l’activité. 

Le billot ou établi et son enclume

C’était généralement une pièce de bois de hêtre ou de frêne rond renforcée par des  cercles de fer, sur laquelle se trouvait l’enclume, support de frappe. Au bas du billot, un récipient plat et percé, le curbel, servait à récupérer les clous nouvellement fabriqués et encore chauds, afin qu’ils refroidissent à l’air libre. Chaque forge utilisait plusieurs billots et enclumes.

Le foyer

Généralement positionné contre un mur de la forge, il est composé d’une grande plaque de fonte (sola) surélevée. Sur cette plaque, le forgeron faisait brûler du charbon de bois dont la combustion était attisée par un tuyau (tuyère) envoyant l’air du soufflet.

Le coffre à charbon de bois

L’armoire à tiroirs pour le rangement des clous. Ceux -ci étaient fabriqués au fur et à mesure des commandes. Le stockage était faible, mais nécessitait cependant une armoire à rangement. Celle –ci avait la particularité de comprendre de nombreux tiroirs.

Outils et accessoires

Les différents outils étaient surtout des marteaux. On distinguait deux types de marteau selon le genre de clou à confectionner : le marteau à gros manche avec sa protection à étincelles et le marteau courbé. On y trouve également l’émolette ou pince à ramasser les clous.

Des matrices en fer formaient la tête du clou et calibraient la section. Leur nom variait selon les régions : clatièra, clabièra ou claujera. Une forge en comptait plusieurs dizaines avec des têtes de forme carrée, ronde ou rectangulaire.

Matrice pour clous

       Clabières. Cliché Eric Delagado

Les clous
Leur forme était très diverse selon l’utilisation. On fabriquait des  clous de charpentiers, de menuisiers, de savetiers, de maréchaux-ferrants, des clous d'ardoises faîtières, des clous de sabots, des clous à glace pour les chevaux et pointes pour les cannes et les bâtons ... Étaient également  forgés les fers à cheval et les lames de faux ou dailles. 

Exemplaires-clous-forges                                                            
Clous de la forge d'Aucun. Cliché E. Delgado

La fabrication
Le forgeron recevait des paquets de barres liées entre elles ou bottes. Ces barres de 2 mètres étaient pour des raisons de manipulation coupées en deux. Les « baguettes » obtenues étaient posées sur l’enclume et chauffées grâce à l’activité du soufflet. Le martelage pouvait commencer dès que la couleur du fer qui passait du rouge au blanc était satisfaisante aux yeux du forgeron. Les premiers coups de marteau servaient à l’élaboration de la pointe qui était alors étirée. Les seconds façonnaient la tête. Puis le clou était introduit dans la clabière pour le calibrage, la verge était rompue par simple torsion et la tête en quelques coups de marteau était ajustée à la dimension de la clabière. Enfin, par un ultime coup sur la pointe, le forgeron faisait sauter le clou qui tombait dans le curbet.
D’après Raymond Delgado d’Aucun, un clou nécessitait 30 à 35 coups de marteau. Un forgeron pouvait produire entre 100 et 200 clous à l’heure en fonction des tailles. Il précise  l’ « on reconnait au simple coup d’œil le cloutier qui les a forgés. »
Voir l’article de Raymond Delgado Les clouteries et les cloutiers d’Aucun aux XVIIIe, XIXe  et XXe siècles. Lavedan et Pays toy, no 38, 2007.

 Clous 2

Pentures et clous. Planche VII de l’Encyclopédie

   Clou  XVIIe siècle 2  Esterre ou Luz
                                                                                                                                   
                                                            Clous XVIIe-XVIIIe siècles, Luz. J. Omnès


MaisonLias               Porte St Pé   
                                       Clouteries de Saint- Pé- de -Bigorre. Photos OT de Saint-Pé-de-Bigorre

Clous porte Lourdes  St Pé porte
   Clous de Saint Pé, porte lourdaise.                            Porte d'entrée de l'église, le bas a été défoncé lors des inventaires suite à la loi de 1905 .   Photos J. Omnès

Serrure 1
Travail de serrurerie. Petit musée de Gèdre.


Les différents métiers du travail de la forge

Si le métier de cloutier reste de nos jours le plus connu ou le plus visible en Pays des vallées de gaves, du fait de la présence de nombreuses portes ornées, on ne doit pas oublier que la forge permettait  l'exercice de nombreux autres métiers comme charron, serrurier, maréchal-ferrant, serrurier,coutelier, chaudronniers et ferblantier. Certains nécessitaient une présence fixe, d'autres comme celui de chaudronniers étaient beaucoup plus nomades. Les chaudronniers de notre région venaient surtout du Massif central. Quelques-uns de ces colporteurs se sont établis à Soues,  Lourdes et dans le pays de Barèges.
Dernier venu dans la profession de la forge, le ferblantier . Il utilisait du fer-blanc recouvert d'une fine couche d'étain. Cet "orfèvre du pauvre" va très vite, dès le XVIIIe siècle, remplacer les objets courants du ménage en terre cuite, par du fer-blanc. En 1872, six ferblantiers seront répertoriés à Cauterets, trois à Argelès et Luz,