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6- Le pèle-porc, l'echépélouquèro, le lin, les lessives, la fenaison et l'épandage

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Porc-noir-de-Bigorre-diapo01 Femme qui broie du lin Bigourdanes et leur quenouille Le lin

                                Le pèle-porc   Lou pèlo-porc


Cette coutume ancestrale qui couvrait toutes les Pyrénées et surtout la Haute-Bigorre, pays du porc par excellence, avait généralement lieu entre le début de décembre et la fin de février, lorsque les travaux des champs étaient au ralenti et les mouches à viande moins nombreuses à cause du froid. Il se disait que l’on devait tuer le cochon pendant la lune vieille ou après le vendredi de la lune nouvelle, il paraît que c’est le meilleur moment pour la conservation de la viande. Le verrat ou la truie qui devaient être sacrifiés étaient nourris avec un pâté fait de grains de maïs et de farine d’orge dans lequel on mêlait parfois de la pomme de terre. L’animal était engraissé en vase clos et sortait rarement. Il était sacrifié et cuisiné pour les besoins familiaux, après une diète de 24 heures.


Il était mal vu d’appeler le cochon par son nom, aussi l’affublait-t’on du surnom de moussu ou de ministre. Ce surnom fut à l’origine à Gems-sur-l’Oussouet d’un quiproquo qui faillit mal tourner. Un chef de clinique de l’hôpital des Quinze-Vingt reçut un jour un télégramme de  sa mère demeurant à Germs-sur-l’Oussouet « Tuons ministre samedi, t’attendons. » Ce télégramme fut intercepté par un employé zélé des PTT qui le porta à la police. Convoqué, notre chef dut expliquer devant des policiers incrédules, que ce message venait de sa mère. Il lui annonçait le pèle porc, fête de laquelle il ne pouvait se désister.

Toute la maisonnée et les voisins proches participaient à la fête qui durait jusqu’à sept jours, car il s’agissait bien d’une fête pendant laquelle la maîtresse de maison nourrissait copieusement ses invités et durant laquelle le vin abondait. Elle resserrait les liens entre les villageois.

triplex aspin                                                      Porcherie ou soue présente dans chaque ferme du pays. Photo J. Omnès

En premier, on faisait chauffer de grandes bassines d’eau. Cette eau chaude devait d'abord, rendre étanche la maie ou mey, sorte de pétrin, grand bac de bois. C’est dans ce bac qu’on étendait le cochon après sa mise à mort et que l’on versait sur son corps cette eau destinée à faciliter le raclage de la peau.

Porc-noir-de-Bigorre-diapo01

                                                                                                                                   Porcs noirs de Bigorre
 

 
La mise à mort

L’animal était attaché par la hure, avec l’aide d’un lien torsadé ou torcho-naè que l’echcanayré ou l’officiant vrillait afin de mieux maintenir la tête. La bête était alors tirée vers la maie. Une seconde personne était souvent nécessaire pour le pousser par derrière. Mise sur le dos à côté de celle-ci, sur un lit de paille,  les pattes en l’air. Les voisins venus aider, se saisissaient chacun d’une patte. Celles du devant étaient rabattues sur la poitrine et les membres inférieurs tendus vers l’arrière. Ce n’est qu’une fois bien immobilisé, que le tueur avec un couteau bien acéré et après avoir bien repéré l’endroit du cou près de la naissance des épaules, lui plantait la lame d’un geste sec. L’animal était alors immédiatement mis sur le flanc afin que son sang qui s’échappait de la plaie, agrandie par une rotation du couteau d’un quart de tour,  puisse être recueilli dans une bassine placée par la maîtresse de maison. Ce sang devait être brassé sans cesse afin de ne pas se coaguler. C’est lui, une fois filtré, qui servira à la réalisation de boudins et de miques.

Aussi cruel que cela puisse paraître de nos jours, il était important que le cochon survivre le plus longtemps possible, afin que son cœur serve de pompe à l’écoulement du sang sortant de l’aorte sectionnée. Pour lui faciliter la respiration, on relâchait l’emprise du torcho naé. Il fallait éviter que le sang ne sorte de la bouche. Maintenant, dans beaucoup de fermes, il est préalablement tué d’un coup de pistolet d'abattage sur le front.

La préparation de l’animal

Une fois que le sang  était récupéré, on plaçait l’animal dans la maie. On l’arrosait d’eau presque bouillante à l’aide d’une coussole ou grande casserole de cuivre munie d’un long manche. Celle-ci permettait de décrocher la peau qui était préalablement couverte de résine en poudre. On commençait par les extrémités des pattes afin de pouvoir mieux lui arracher les sabots de corne (16 doigts)  à l’aide d’une paire de tenailles et d’un crochet. Puis on continuait par le reste du corps que l’on tournait grâce à des chaînes terminées par des poignées ou canlies placées dans la maie avant la pose du corps.

Grâce à des  frictions avec le dos de cuillères on faisait décrocher la peau et à l’aide de couteaux, ou d’un morceau de faux appelé escarret on rasait les soies jusqu’à ce que l’animal soit tout rose. La tête, elle, était  placée à l’extérieur de la maie, son lavage nécessitait une plus grande attention. Bien pelée, rasée et lavée, la bête pouvait alors être suspendue. Il est à noter que dans certaines régions, il était mis le feu à la paille pour brûler les soies. Et dans d’autres, l’animal  n'était sacrifié qu’une fois accroché à l’échelle ou à une poutre, grâce à un palan ou un tracteur, afin que le sang descende par gravité.

pèle porc
                                                                           Le pèle-porc vu par le peintre lourdais Capdevielle. Photo J. Omnès

La suspension et le dépeçage

Les tendons des pattes arrière étaient dégagés afin de pouvoir passer dans l’orifice une corde qui devait permettre de suspendre l’animal aux deux crochets de l’échelle alors appuyée contre un mur abrité de la grange. Ainsi suspendue, la bête était une dernière fois lavée à grande eau chaude. La tête était coupée, puis le ventre, face à l’intervenant, était fendu à coups de hachette. C’est alors que l’on commençait à le vider. Tombaient aussitôt dans un torchon tendu par deux assistants, les intestins, le foie et l’estomac. Pour le foie, une attention particulière était nécessaire afin de ne pas percer la vésicule biliaire. C’est alors que l’echcanayré sciait le sternum, et dégageait le poumon, la trachée artère et le cœur et les posaient dans une bassine. Le dépeçage terminé, les flancs de la carcasse étaient maintenus ouverts  par un bâton de bois placé de travers. La carcasse vide reposait un jour, à l'air libre afin que la viande s'égoutte un peu et refroidisse. C'était mieux pour la travailler et pour la conservation. Femmes et enfants emmènent les boyaux et l’estomac du cochon au gave pour les dégraisser et nettoyer dans l’eau glacée. C’est ce qui constituera la peau du boudin, des saucisses et saucissons. C'était généralement après cette opération que tout le monde se retrouvait autour de la table pour un repas copieux. La poule au pot farcie, le poulet rôti et les beignets étaient de tradition.

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Ecarteur ou camaou. Photo Jean-Luc Laplagne
 
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Carcasse après sciage. Cliché ?  Le cochon dans sa maie.Cliché de Pierre Duffour Bigorre...gens d'ici, avec son aimable autorisation.  Édition Monhélios 2007. 

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                                       Pèle -porc en vallée de Batsurguère. Photos M-B Hourtané                            


De nos jours

Le pèle-porc est encore honoré de nos jours, dans quelques fermes qui élèvent des cochons ou qui l’achètent directement au boucher. Mais l’échelle à crochets est remplacée par le tracteur, la paille brûlée par le chalumeau et le charbon de bois par le gaz ou l’électricité. Tous n’utilisent pas le pistolet jugé peu efficace pour l’écoulement du sang.

Cliché Navarro Maie XIXe siècle

      Le Pèle-porc en  2013. Cliché Navarro-La Dépêche              Une maie au XIXe siècle. Photo J. Omnès

La tradition perdure : http://www.ladepeche.fr/article/2009/02/08/537193-societe-pele-porc-la-tradition-perdure.html


                                                                   L’élaboration des « cochonnailles »

                Porc pénut, arrés de perdut  - Porc une fois tué, rien n'est perdu


Les jambons

Ce sont les morceaux nobles du cochon qui sont mis au saloir pendant plusieurs semaines, puis enfouis sous une couche de cendres de bois tamisées puis pendus dans des sacs aérés (la toile ne doit pas toucher la viande), dans un endroit frais et sec, où ils vont s’affiner pendant deux ou trois ans. Ils donneront le fameux “Noir de Bigorre”, un jambon de caractère au gras doux et fondant.

jambon     Pèle porc 4 001
       Les jambons. Cliché Le confit n'est pas gras.
  Élaboration des cochonnailles en vallée de Batsurguère


Le saucisson

Hormis les beaux quartiers destinés à être salés,  il était fait avec le reste en deux  tas : un de gras et un de maigre. Puis à partir de ceux-ci de nouveaux  tas : un pour le saucisson, un pour les saucisses et un pour le pâté. Les morceaux étaient finement découpés, puis assaisonnés avec du sel, du poivre et de l’eau de vie. La pâte obtenue était ensuite malaxée. Pour le saucisson,  la farce était composée de 3/4 de maigre (cou, épaule) et d’1/4 de gras. Comme pour le boudin, il était mis en boyau à l’aide d’un entonnoir en faisant bien attention à ce qu’il n’y ait pas de poche d’air. Après avoir ligaturé à la longueur désirée, on le mettait à sécher dans un endroit frais et sec.

saucisson             Ici pas d’entonnoir pour gaver les oies, mais une moulinette (hachoir) Cliché "Le confit c'est pas gras"



La saucisse

Comme pour le saucisson, la viande est hachée et assaisonnée. La meilleure chair à saucisse est composée par des morceaux du cou, des épaules et des chutes de jambon. Cette viande était généralement composée d’environ 2/3 de maigre et 1/3 de gras. Cette farce remplissait l’intestin grêle avant de sécher et d’être « mise à la graisse », sauf quelques exemplaires que la maisonnée dégustait fraîches. De nos jours, on en congèle une grande partie.

Le pâté

Préparé à base de foie, de viande et de gras, traditionnellement le gras du cou, ou goula, il était assaisonné avec des échalotes et des épices, On hachait la farce plus ou moins finement en fonction des goûts. On la faisait cuire à feu doux dans une cocotte en fonte ou coquello, en remuant de temps en temps et en ajoutant sel et poivre. Une fois cuit, on mettait le pâté obtenu dans des bocaux de verre à fermeture étanche. Une fois refroidi, on le recouvrait d’un peu de graisse chaude afin d’obtenir une meilleure conservation

Le boudin

Pour cette préparation délicate, on employait un grand chaudron en cuivre ou en fonte, appelé selon les régions, la  caoutèro ou lou caoute.  Celui-ci restait sur le feu de charbon de bois puis sur les braises, dans la cour, pendant toute la durée de la fête. Dans un bouillon parfumé de légumes : oignon, ail, carottes, navets et herbes aromatiques : persil, céleri, thym, clou de girofle, cannelle, on faisait cuire durant trois heures tous les morceaux qui ne sont pas nobles. Ceux-ci correspondaient au goula (morceaux de collier), au courarè (poumons) et  à la calotte (estomac)  Quand la viande était bien cuite, on sortait la goula que l’on  découpait en petits morceaux. Le reste de la cuisson servait à la fabrication de miques. Ces morceaux étaient mélangés au sang et à nouveau assaisonnés d’épices et d’échalotes. Le tout était bien malaxé dans la grande terrine de terre cuite vernissée. Puis, c’était l’opération de remplissage de boyaux qui avaient été préalablement lavés et essorés et dont une extrémité avait été fermée. On introduisait par l’autre extrémité, le mélange obtenu, à l’aide de l’entonnoir à gavage des oies. Une seconde personne le faisait avancer avec une baguette ou avec les mains. Une fois plein, le bout libre était à son tour ligaturé. et était joint à l’autre extrémité et attaché à un bâton. Et l’on recommençait l’opération jusqu’à épuisement de la viande. Les boudins étaient ensuite prêts pour la cuisson finale, plongés à l’aide du bâton, dans le bouillon de la caoutèro, pendant environ une demi-heure. Ils étaient régulièrement maintenus sous l’eau car ils avaient tendance à flotter et étaient piqués avec une aiguille afin d’éviter leur éclatement et de vérifier la couleur du liquide ou jet de boudin. Celui-ci indiquait la qualité de la cuisson. Quand ils étaient cuits, on les sortait délicatement et on les posait sur des feuilles de choux préalablement mises sur la table.
Il était de tradition d’offrir un boudin à la maîtresse d’école.

La ventrèche

La poitrine était salée et séchée puis transformée en ventrèches  roulées ou plates comme du lard. Elle était emportée par les bergers, au départ des transhumances. Du gascon ventresca, ventre, ce mot est un régionalisme très vivant dans la mesure où le français ne fournit pas d'équivalent exact.

Les confits
Ils étaient élaborés avec des parties maigres du "ministre" ; ils étaient mis à cuire dans la graisse de l'animal.


Autres cochonnailles

Nombreux étaient les autres produits élaborés à partir du cochon comme les fritons, les camètes, les lards et les pieds. Après salaison, ces produits devaient être stockés dans un endroit pas trop froid ni humide et exempt de grosses fluctuations de température.

Cochonailles
                                                                      Les trésors du cochon. Cliché Michel Ibanes

Voir les différents plats à base de porc dans le dossier Patrimoine gastronomique.




        L’effeuillage des maïs ou l’echpélouquèro (déspélouquèro plus au Nord)

Avec le battage, le pèle porc, les vendanges et le plumage des canards, l’effeuillage du maïs ou echpélouquèro faisait partie des travaux qui nécessitaient aide et assistance des voisins.  À  ce titre, il renforçait la cohésion sociale du village.
Pendant des générations, depuis l’apparition du maïs dans la région au XVIIIe siècle, les hommes et les femmes de chaque maison se réunissaient et allaient d’une maison à l’autre pour aider à l’effeuillage des spadices  ou panouilles de maïs (1).
Cela se passait après le travail des champs, entre octobre et novembre. Il  fallait engranger la récolte débarrassée de ses feuilles ou spathes.
Les spadices  étaient entassés dans la cuisine si celle-ci était assez vaste ou  dans la grange pour les maisons plus importantes. Après la tombée du jour et un repas frugal, les graminées  étaient poussées  au milieu de la pièce. Les hommes et femmes se mettaient tout autour, en cercle sur des bancs et des chaises.  Les groupes pouvaient atteindre une vingtaine de personnes, enfants inclus. Elles  effeuillaient les maïs à la main, ou avec un outil fait d’un morceau de buis de sept centimètres environ, taillé en pointe à une extrémité,  tel un crayon.
Les spathes récoltées étaient  mises dans de grands sacs de toile pour être apportées plus tard aux animaux. Elles servaient de nourriture pour les vaches. Quelques sacs étaient réservés pour la confection de paillasses ou vendus pour la réalisation de papier.
Les épis, eux, étaient jetés dans des tichtails ou paniers de lattes de coudrier. Une fois les tichtails pleins, leur contenu était versé dans de grands sacs de toile afin d’être monté au grenier pour le séchage. Les épis étaient alors étendus  sur le plancher recouvert de grandes bâches. C’était le travail des hommes. On mettait de côté  les plus beaux spadices  pour « la mise en corde ».
Afin d’animer et de détendre l’atmosphère, durant  la soirée, le maître de maison offrait à sa famille et aux invités un peu du vin nouveau, le bourrèt.
Petit à petit, le tas diminuait, les gens devaient se rapprocher  et  le cercle se resserrait, jusqu’à la fin du travail, qui généralement avait lieu vers 22 heures.

D’après Gabriel Villeneuve, dans la revue Lavedan et pays toy de 1983, les participants organisaient pour se distraire, quelques jeux dont, je cite, le bourricadero, le cours-cours sabato ou le broco-cul. Voir page 230 de ladite revue. Les histoires locales meublaient également  ces soirées. Certains auteurs, dont Georges Peres, évoquent des jeux à gages, très prisés par les jeunes. L’effeuilleur  qui avait trouvé au milieu du tas, un épi de couleur, avait le droit d’embrasser sa voisine.
Après les jeux, les « despélouquères » passaient à table. C’était le moment de manger les châtaignes soit cuites à l’eau, soit grillées au feu de la cheminée, elles étaient parfois accompagnées  de saucisse et de pâté du dernier cochon tué.  On finissait le bourrèt. Des fruits avec du café  terminaient le repas, avant d’aller au lit. Et l’on remettait  cela, le lendemain soir chez un  autre voisin.

 Effeuillage 1

                                                                                 Effeuillage 2

                                                                                          Effeuillage du maïs. Photos P. Duffour avec son aimable autorisation.
La mise en corde


La tradition de la « mise en corde » avait lieu soit durant la soirée, soit le lendemain, en fonction de l’importance du tas de maïs à traiter. Il s’agissait de préparer les plus beaux épis mis en réserve, pour les exposer et les faire sécher en façade. Seuls les hommes de la maison, aidés parfois des mêmes  voisins, devaient relier les  épis entre eux par leurs spathes.  Ces liaisons se faisaient par groupes de quatre qu’on attachait à d’autres groupes de quatre par leurs feuilles, et ce,  sur une longueur de un mètre. Aucune spathe ne devait être visible. Ces « cordes » terminées, on attendait le dimanche matin avant la messe,  pour les suspendre sur la façade de la maison, au balcon de bois et  à tous les chevrons bien abrités. Tout le village pouvait admirer  le travail et l’importance de la récolte. Cette exposition faisait la fierté de la maisonnée.

La révolution industrielle

Après la seconde guerre mondiale, petit à petit l'apparition de machines modernes ou corn pickers et de moissonneuses batteuses qui ramassaient les épis directement,  mit fin à cette tradition. Les épis furent stockés dans des cribs ou séchoirs naturels et les sous- produits, tiges et  feuilles furent broyés et laissés sur place pour fertiliser la terre. Ils ne servaient plus à la fabrication de matelas ou de papier.

(1) spadices : l’épi avec ses feuilles (spathes). Certaines régions parlaient de panouilles. On dépanouillait le maïs.



                                                       Le lin et son travail, son utilisation
 
 Le lin Champs de linBigourdanes et leur quenouilleFemme qui broie du linDévidoir


Le lin ou linum usitatissimum est une plante annuelle de la famille des Linaceae. Certains botanistes dans le Nouveau Dictionnaire d’Histoire Naturelle de 1817, confirmant les recherches du naturaliste Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse (ami de Ramond de Carbonnières) en 1813,  ont distingué le lin commun de celui des montagnes, dont le lin des Pyrénées ou linum pyrénaicum. Ses fleurs sont plus grandes et d’un bleu profond.
Le lin est connu depuis les temps les plus lointains dans les vallées pyrénéennes où sa culture s’est développée du fait de la variété de ses utilisations. C’était une plante providentielle pour les paysans des villages de montagne, éloignés de tout mouvement commercial et vivant quasi en autarcie. Une exception, le piémont de la forêt de Trescrouts à Saint-Pé, où des estives étaient utilisées pour la culture du lin intensive à vocation artisanale et commerciale.

220px-Pico3 copie                              Le lin
         Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse                                                Le lin  

 
Son origine

On pense, sans preuve définitive, que son origine dans le bassin méditerranéen vient de l’Égypte des pharaons qui utilisait ses fibres pour réaliser des tissus très fins. Nous savons que les Gaulois et les Aquitains connaissaient cette fibre avant la venue des Romains et des Wisigoths.

Ses utilisations

Les utilisations de cette plante étaient très variées  et c’est pour cela que sa culture était très importante dans les régions pauvres. On employait ses graines, à des fins médicales : diurétiques et laxatives, pour obtenir de l’huile pour les lampes et également pour la fabrication d’encre et de peinture. La farine servait à faire des cataplasmes pour soigner les angines de poitrine. Elle servait aussi à l’alimentation des animaux de la ferme dont les poules pondeuses du fait de sa richesse en acides gras essentiels, ex -vitamine F (oméga 3).

Champs de lin     graines de lin
                             Champ de lin                               Graines de lin. Clichés Google.


 Ses fibres étaient et sont toujours utilisées pour le tissage de toile et la fabrication de cordes. Elles ont la particularité d'être longues (plusieurs dizaines de centimètres), à la différence de celles du coton et du chanvre qui sont des fibres courtes. Elles sont aussi, à la fin du XXe siècle à l’origine du linoleum.

Son implantation

La culture du lin était surtout importante en Béarn, et plus loin dans le Nord. En Bigorre et surtout en Haute-Bigorre, elle ne représentait au XIXe siècle, qu’environ 10 % de la production d’un département producteur : 200 kg contre 2500 kg pour les Basses-Pyrénées, selon les statistiques de la France pittoresque de 1880. C’est que sa culture était essentiellement une culture de consommation locale, mais importante aux yeux des autochtones.

Afin d’être autonome, ne serait-ce que pour la réalisation de vêtements, chaque maison se devait d’avoir son champ de lin. Aussi, les vallées  du pays étaient couvertes de  petits champs de couleur bleu lors de l’éclosion des fleurs. Cette information a été confirmée par Jean-Baptiste Picquet dans son Voyage aux Pyrénées françaises et espagnoles paru en 1789. Toutes les vallées traversées du Val d’Azun à Barèges en passant par Batsurguère et Dabant-Aygue avaient leurs champs. Et de citer « loup rat det li » le pré du lin de Chèze. Généralement il était peu éloigné de la maison familiale ; parfois les bordures des champs de maïs suffisaient à cette culture.

Celle-ci a complètement disparu de nos jours pour diverses raisons, dont l’importation massive de coton, l’industrialisation nécessitant de grandes surfaces et le désenclavement des vallées pyrénéennes plus proches des marchés du piémont. Son importance ancienne a été également occultée de nos mémoires collectives. Certains villages, comme  Sazos, essayent de rappeler aux touristes de passage, comment les locaux pouvaient vivre en autarcie, en partie grâce au lin.

Son industrie, comme nous allons le voir, tous les travaux, du champ au filage, se faisaient sur place, dans chaque maison. Le tissage de draps, toiles et mouchoirs se faisait chez le  tisserand le plus proche du village ou à Saint-Pé, grand centre manufacturier de la région. D’après Laboulinière, vers 1813, plus de 130 tisserands travaillaient dans cette région toute l’année. S’ajoutaient à ceux-ci, plus de 800 femmes ou filles qui s’occupaient à filer.

La culture

L’ensemencement du lin d’hiver se faisait en octobre et celui d’été en février. Le lin d’été était le plus courant en Haute -Bigorre. Sa récolte se faisait fin juin après la floraison et une centaine de jours de pousse, au bout desquels la plante atteignait dans les 15 cm de hauteur. Les rotations étaient très lentes, près de 6 ans sur la même parcelle, entre deux cultures. Celles-ci demandaient peu d’engrais et peu de produits phytosanitaires. On pouvait compter jusqu’à 1800 tiges par m².

La floraison intervient milieu juin, les champs se parent alors d’une subtile couleur bleue durant seulement une semaine. Les fibres ont alors atteint leur hauteur maximale. Il faut attendre environ quinze jours afin que les capsules à graines soient entièrement formées.

Début juillet, à leur entière maturité, les plantes étaient arrachées avec leur racine ou coupées à la faucille selon Michel Lacrampe, dans son article sur Lavedan et Pays toy no 13, 1981 ; puis rassemblées en manipoules (gerbes). Ces manipoules étaient déposées sur un champ pour le séchage. Lorsque les tiges étaient sèches, il fallait alors séparer les graines, les décapsuler. La méthode employée était très simple, si dans le Nord on utilisait des fléaux, ici on tapait l’extrémité des gerbes portant les graines sur un panneau de bois ou une pierre plate posée sur un grand drap. Les graines obtenues étaient divisées en plusieurs tas. Un, pour le prochain ensemencement, un autre pour l’huile des lampes et le dernier pour les préparations médicales : décoctions diurétiques, laxatives  et cataplasmes à partir de leur farine. Les tiges, elles, devaient subir plusieurs traitements. En Bigorre, elles étaient rarement utilisées  pour la nourriture du bétail.

Le traitement des fibres

Afin de nettoyer complètement les tiges de son mucilage (extraits des graines), il fallait le faire pourrir par rouissage, afin de ne conserver que des fibres propres.

Le rouissage consiste à déposer les manipoules (gerbes) dans un ruisseau, bloquées par des pierres, ou posées dans de l’eau  dormante une quinzaine de jour, afin de les faire fermenter et pourrir. Ceci, afin de séparer la fibre (faisceau de fibrilles) du bois de la tige (aubier).Cette opération dégageait des odeurs nauséabondes et entraînait des pollutions.
La fermentation  terminée, il fallait débarrasser les tiges de la matière gélatineuse, la pectose, qui s’était agglomérée durant le rouissage. Ce nettoyage avait lieu dans des cours d’eau vive.

Le lavage terminé, une fois propres, les tiges étaient à nouveau séchées au soleil dans les champs. Bien sèches après plusieurs retournements, et propres, les tiges enroulées étaient alors amenées  à la ferme.

Le broyage. Elles étaient broyées grâce à une machine manuelle le bargadèro (une broie). En gros : des lames articulées par une poignée « mâchurait » la paille sur un jeu de lames fixes entre lesquelles les articulées s’emboîtaient. Les pailles étaient ainsi broyées sans être coupées, et séparées de l'écorce et des déchets.
Il existait des broies à deux lames fixes et une mobile et des broies à quatre lames fixes et trois mobiles. Parfois on commençait  par un broyage grossier pour terminer par un broyage fin.

Femme qui broie du lin           broyeur de lin

Femme qui broie du lin de C. Courtry d’après J-F Millet                                              Broyeuse à lin

Les tiges étaient alors peignées grossièrement ou teillées afin de supprimer les paillettes, appelées anas. Ces paillettes ramassées servaient pour la confection de litière, du fait de leur pouvoir absorbant. Cette première transformation de la tige avait également pour but d’extraire les fibres de l’écorce rouie.
Pour cette opération de teillage, on  utilisait en Haute-Bigorre, un peigne de bois grossier ou peigne à teiller ou une planche dentelée contre lesquels on battait les gerbes en les tenants à deux mains. (Dans certains pays on utilisait une pierre recouverte de cuir pour ne pas abîmer la fibre). Cette méthode dégageait une très grande poussière.

Banc à lin
Banc à teiller le  lin. Musée Pyrénéen. Lourdes Photo J. Omnès



Puis venait la phase du peignage.
Le peignage était la seconde transformation du lin. C’est la finition du lin teillé pour pouvoir être filé. Les faisceaux sont divisés et mis en parallèle. On commençait par le peignage des pieds en tenant le faisceau par une extrémité puis venait celui des têtes en le tenant par l’autre extrémité. Les tiges restantes ou brins correspondaient alors à des fibres débarrassées de toute bourre. Cette dernière pouvait servir à la confection de feutre.

Peignes à lin  Peigne à lin
         Peignes à lin bigourdan. Musée pyrénéen.                    Peigne 1729 Petit musé d'Aucun Photos J. Omnès


Le filage. Les fibres peignées pouvaient alors être filées. C’est alors que commençait le travail des femmes à la maison, avec leurs quenouilles et fuseaux et/ou leurs rouets : Instruments de bois très ornés de dessins géométriques. Ils étaient souvent confectionnés par les bergers en estives.
Mais, malgré l’implantation du rouet en Occident au XIIIe siècle, avec sa roue actionnée à la main avec un bâton puis au pied par une pédale, celui-ci ne se substitua pas entièrement dans les Pyrénées à la quenouille-fuseau qui permettait un filage tout en marchant.
La quenouille est une tige de bois qui sert à maintenir et stocker les fibres, afin qu’elles ne s’emmêlent pas. Celles-ci étaient enroulées autour de la tige de bois souvent décorée de dessins géométriques. Un ruban les maintenait en place. Le filage s’effectuait sur le fuseau que l’on tenait à la main, la quenouille étant alors positionnée sous le bras.

Quenouille            fileuse argelès
Quenouille Nestalas. Photo J. Omnès.  Fileuse à la qenouille à Argelès-Gazost. Carte postale ancienne 


Son fuseau était composé d’un axe de bois comportant un volant d’entraînement fait de buis ou parfois d’une simple masse de plomb ajoutée à sa base. Mais dans les temps lointains, ce volant pouvait être de matière différente. D’après l’article de L. Coquerel (1), on a trouvé des volants du IVe siècle  en marbre à Maubourguet et en verre du XIIIe siècle, à Montaner. Plus étonnantes, furent les trouvailles proches du Lavedan, à Lourdes, aux Espélugues. Eugène Dufourcet, en déblayant ces grottes préhistoriques, découvrit entre 1873 et 1875, des volants en terre cuite appelés fusaïoles par les archéologues. Ils étaient ornés de dessins en pointillés (2). C’est dire que le filage en Bigorre ne date pas d’hier.

Ce filage était le symbole même du travail féminin. L’expression « tomber en quenouille » signifie, pour un bien, échoir à une femme, avec une connotation péjorative.

Fileuse à lin     Bobineuse de lin

                                      Fileuse à lin -                        Dévidoir  Musée pyrénéen Lourdes. Photos J. Omnès                                   
          
              
Cette fabrication de fil, aux gestes automatiques se faisait avec les quenouilles lors du gardiennage des troupeaux où en période creuse, l’hiver devant l’âtre. Le fil obtenu était ensuite enroulé, embobiné autour d’un dévidoir ou démouret afin de confectionner des écheveaux.

Bigourdanes et leur quenouille     Ustensiles à lin

Bigourdanes et leur quenouille et fuseau, gravure ancienne. Ustensiles à lin  dont une quenouille. Photos J Omnès


Dévidoir                             travail du lin
        Dévidoir.  Musée de la Civilisation                                         Femme au dévidoir. Dessin du XVIIIe siècle        

Les écheveaux obtenus étaient de couleur beige. Pour les blanchir, on les trempait dans un bain composé de cendres, parfois mélangées à de la chaux. Les écheveaux de fil étaient ensuite emmenés au tisserand ou tisné du village ou à ceux de Saint- Pé où une petite industrie du tissage s'était développée. Les tisnés de Sazos passaient, d'après Aristow- Journoud, pour les plus habiles dans la vallée de Barèges. Les principaux produits manufacturés  étaient les linceuls ou draps, les mouchoirs, les longues et étroites nappes et les capulets appelés sacs de tête.

Echeveau     Rouet  

                  Écheveau                            Photo de droite, j'opterai pour une fileuse à lin

Le Barèges

Si le lin servait à la confection individuelle surtout de drap, nappes et de mouchoirs, la laine de mouton, elle servait
à la confection de vêtements chauds et grossiers, tels les capules, capes, châles, pantalons et vestes.
Tissus fabriqués
en vallée de Barèges, essentiellement à Luz, chez Charles Rejaunier, mais pour la première fois, selon Anne Lasserre-Vergne à Bagnères-de-Bigorre (3). La fabrication la plus courante était celle du capulet qui recouvre la tête et peut retomber sur les pieds. Il était fait de deux tissus cousus ensemble, dont celui de la doublure en rouge.                           
             


1) Revue les Pyrénées no 106, avril –juin 1976. Autour du lin des Pyrénées.
(2) Les archives secrètes de Lourdes, page 194. B. Eschapasse et J. Omnès, édition Privé, 2008.
Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lin_cultiv%C3%A9
(3) Les Pyrénées au temps de Victor Hugo, édition Cairn, page 196.


                                                                                                   Les lessives

Les villages du Lavedan et Pays toy, riches en cours d’eau,  possédaient souvent plus de deux lavoirs communaux. Sans compter les petits lavoirs des particuliers dont la maison était proche d’un ruisseau.  En revanche,  il n’existait pas comme dans l’Artois, des lavoirs privés payants ouverts au public (1). C’est dans ces lavoirs communaux, qui avaient une véritable fonction de cohésion sociale,  que les nouvelles parvenaient dans les foyers, non sans quelques distorsions. Vu sur le mur d’un lavoir vers Gazost : « ici on lave son linge et on salit les réputations. »

Lavandière Omex                                                                                                              Tableau les lavandières au lavoir d'Omex. Photo J. Omnès 


La lessiveuse

Le petit linge était lavé régulièrement,  les draps et les nappes étaient lavés au moins deux fois par an lors des grandes lessives. Ils étaient trempés dans des lessiveuses de fer blanc, en bois avant l'apparition de la lessiveuse en fer blanc. Les plus grosses  taches faisaient l’objet d’un prélavage. Ce prélavage ou essangeage utilisait parfois l’eau chaude de la lessive. Puis l’ensemble du linge était mis dans la lessiveuse. On faisait bouillir l’eau en ayant mis auparavant de la cendre de bois de hêtre au fond du récipient, cendre recouverte par un couvercle percé de trous. Le liquide bouillant se chargeait de sel de cendre qui se transformait en lessive après saponification. Parfois on utilisait de la saponaire, plante dont les racines séchées ont un pouvoir moussant et lavant. Mais j’ignore l’importance de son utilisation en Haute- Bigorre. Parfois aussi  l’on mettait  des plantes aromatiques pour parfumer le linge. L’évaporation de l’eau par le tube central de la lessiveuse formait un courant d’eau qui traversait le linge.  De temps en temps,  on tournait ce dernier avec une longue pince de bois qui servait aussi pour l’extraire de la bassine. Les lessiveuses anciennes dont l’eau ne circulait pas comme représenté sur le dessin joint, possédaient un robinet au bas du récipient. Un commis était chargé de récupérer l’eau chaude pour la reverser dans le récipient et créer ainsi un mouvement d’eau. Ce travail était long et pénible. 

Lessiveuse 3 Bac à lesive
 Lessiveuses en bois ou cuveau. Voir  pierre à lessive. Petit musée d'Aucun. Photo J. Omnès

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Principe de la circulation de l'eau dans la lessiveuse

 


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                           Lessiveuse. Photos Google   

Le lavoir        

Le lendemain, on allait au lavoir du village, rincer la lessive pleine de cendre. On la transportait dans des brouettes à cause de son poids élevé. Le rinçage  se faisait à coup de battoirs. Certains battoirs, large planche de hêtre avec une poignée, étaient superbement décorés de dessins géométriques et de cœurs. C’était des cadeaux de mariage, rares cependant en Haute-Bigorre. Chaque battoir était adapté par sa forme et sa taille à l’utilisatrice. Un des côtés plats possédait un décalage dans l'épaisseur afin d'accrocher l'instrument au rebord du lavoir.

Afin de supporter les longues heures passées à genoux, les lavandières utilisaient des agenouilloirs formés par une simple caisse remplie de paille. Voir photo ci-dessous.

battoirPince pour lessive

  
Battoir de mariage de Bretagne ?. Photo Google                                       Pince à lessive. Coll. particulière. Photo J. Omnès          

Puis, les pièces propres  étaient tordues pour évacuer l’eau et placées sur l’étendoir au-dessus du bassin, puis, la lessive finie étendues dans les champs ou sur une  corde tendue entre deux arbres. 

agenouilloir  battoir 
                                               
Agenouilloir et son battoir. Photos J. Omnès
Les dates

La date principale de la grande lessive se faisait après l’arrivée de la Marie Blanche ou percnoptère qui correspondait au printemps.  La seconde lessive se faisait avant l’hiver, pour éviter les gels. Cependant, il était peu recommandé de laver durant la Semaine Sainte ou la Fête-Dieu, car disait-on, l’image de l’hostie ou de l’ostensoir venait s’imprimer sur le linge. Pas de lessive non plus le Vendredi saint, car on préparait alors son linceul. L’autre usage voulait que la lessive faite pendant la pleine lune, rende  le linge plus blanc.

Le grand ménage

La grande lessive de printemps se jumelait avec le grand nettoyage de la maison : on tapait les tapis, les rideaux, on enlevait les suies des cheminées et surtout les traces de levain du four et de son environnement ; le ferment, étant d’après une coutume biblique un symbole du mal. Il est dit dans l ’Ancien testament : « Pendant sept jours [période correspondant à la Pâque juive],  il ne se trouvera pas de levain dans vos maisons ; car toute personne qui mangera du pain levé sera retranchée de la communauté d’Israël.” (Ex. 12:19). On utilisait alors le four pour fabriquer du pain azyme durant la Pâque chrétienne.
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Tapette à tapis.                                         Machine à laver ‘’moderne’’ et essoreuse. Photos Google

(1) Voir la pièce Le Lavoir de Dominique Durvin et Hélène Prévost.

Un témoignage d'une mamie : courriel reçu.
"En premier lieu, prendre des cendres de bois tamisées. Les faire chauffer 1 ou 2 minutes dans de l'eau puis laisser reposer quelques heures de façon à ce que l'eau se charge des éléments. Filtrer cette eau, jeter les cendres.
Déposer le linge à laver dans une lessiveuse ou un cuvier que l'on remplit de cette préparation. Le linge doit être recouvert par ce lessif. Allumer le feu sous la lessiveuse, faire bouillir durant environ une heure. La lessiveuse est un récipient en  métal muni d'un arroseur central (tuyau ayant à son extrémité comme une pomme d'arrosoir). L'eau chaude s'écoule en permanence sur le linge.
S'il s'agit d'un  cuvier celui-ci est en bois muni d'un robinet dans le bas. On doit verser le lessif très chaud sur le linge puis  le récupérer grâce à ce robinet et recommencer l'opération (1 heure environ). Le lessif doit toujours être chaud, très chaud. Au bout de ce temps, laisser refroidir puis sortir le linge grisonnant et le savonner puis frotter et rincer à l'eau claire (froide au lavoir ou au bassin).
Pendant la guerre, maman  fabriquait le savon (suif de boeuf fondu mélangé à de la soude caustique). Le suif réchauffé dans une marmite donne de l'huile à mélanger à la soude liquide elle aussi. On verse ce mélange dans un récipient rectangulaire. Laisser refroidir et sécher. Couper en tronçons, le savon est prêt."

lessiveuses                                                                 Lessiveuses. Photo J. Omnès

A Lourdes, il y avait peu de lavoirs, malgré une population importante. Cela est dû à la présence du gave à fort débit, près des chutes des Clarisses, quai Saint-Jean. Le linge était séché sur les pentes  herbeuses des jardins des soldats au pied du château, juste derrière. On lavait le linge également à l'étang de l'You.
Après les apparitions, Lourdes dû multiplier les centres de lavage pour le linge des hôtels. Aussi, les villages de la vallée de Barsurguère, dont Omex, devinrent rapidement de grands lieux de lavage collectif. Les draps et serviettes étaient transportés par des breaks tirés par des ânes.

saint Jean Laveuses au quai Saint-Jean
Luz cab               Break exposé à Luz-Saint-Sauveur. Les freins sont les patins que l'on aperçoit à l'arrière. Ils étaient actionnés à l'aide d'une manivelle. Photo J. Omnès

Pierre à lessive, texte de J-L Laplagne

« Peyre de la bugade », Pierre de la lessive.

Son diamètre est de 1m20, la rigole en creux est large de 8 cm et profonde de 1 cm. Dans la rigole vient s'insérer la base de la paroi du cuveau. Celui-ci ressemble à un demi-tonneau en forme de cône tronqué, évasé vers le haut, composé de douelles en chêne cerclées de fer, et de un mètre cinquante de hauteur environ.
Le linge sale de toute la maison est d'abord trempé une journée entière, puis savonné. Le lendemain il est disposé dans le cuveau qui se trouve sur la « peyre de la bugade », la pierre de la lessive. On fait bouillir de l'eau dans un chaudron, on y ajoute de la cendre tamisée aux vertus hygiéniques connues depuis longtemps. On verse alors ce mélange brûlant dans le cuveau et sur le linge qui est ainsi baigné et traversé par le « léchéou », en bigourdan ; ce liquide s'écoule à travers le linge qu'il purifie, puis est recueilli dans un réceptacle creusé dans le sol, en contrebas du bec verseur. En effet, la pierre était incrustée au niveau du dallage et on marchait dessus le reste du temps. Une fois récupéré, on le fait bouillir de nouveau, puis on le reverse dans le cuveau, en répétant l'opération autant de fois qu'il faut selon la « daoune », la maîtresse de la maison, et souvent pendant toute la journée.
On attend que le linge tiédisse et refroidisse pendant une nuit, et le lendemain commence le transport, avec des bassines et des brouettes, jusqu'au lavoir. Il y est alors rincé, battu, re-rincé, et les femmes l'étendent ensuite sur l'herbe pour le blanchir et le sécher.
Une lessive égale un stère de bois, dix kilos de cendre tamisée, cent litres d'eau, trois personnes à temps plein pendant trois jours.

Mouniquet pierrePierre à lessive
Pierre à lessive  trouvée à la ferme Mouniquet, au-dessus de la Cité Saint-Pierre. Au pett musée d'Aucun. Photos J. Omnès

Pierre lessive Autre pierre à lessive. Petit musée d'Aucun. Photo J. Omnès


 

                                                                                   La  fenaison et l'épandage

La fenaison
C’est avec la saoumette que les agriculteurs de montagne pouvaient porter jusqu’à 80 kg de foin dans leur grand sac de toile ou "siaré"(seiarres) jusqu'au fenil. Les deux barres reposant sur les épaules.
Les tas de foin étaient préparés en  mats et rangés sur les 2 barres contre la barre verticale servant de retenue à l'avant, le tas de "mats " était serré par la barre mortaisée et verrouillée. Un "mat" était, grosso modo, la 1/2 ration d'une vache pour la journée, l'hiver.
Petit film sur la fenaison en montagne bigourdane. Le siaré permettait égalemnt de transporter le foin à dos d'âne.
https://www.youtube.com/watch?v=QSC9g1xwQg4


marcel-Gegaris  Samouette
Marcel Gégaris rentrant son foin dans son siaré. Cliché M.-B. Hourtané. Deux saoumettes, coll. particulière
Un petit film montrant les techniques des différentes étapes de la fenaison en pays montagneux


https://www.youtube.com/watch?v=QSC9g1xwQg4

L'épandage
La fumure se limite en de nombreux endroits au pacage des animaux après la fenaison. En
montagne, cette opération fait l'objet des plus grands soins. Ainsi à Grust (Luz-Saint-Sauveur), le fumier, soigneusement conservé, est moulu et réparti, dans les pâturages. L'instituteur, dans la monographie des instituteurs de 1887, a décrit avec une rare précision ce travail méthodique. Le fumier d'ovin était broyé dans ce genre de machine pour l'aérer, puis mis en petits tas dans les champs avant d'être épandu dans les champs.

Broyeur à fumier           Broyeur 2
   Broyeur de fumier d'ovin appartenant à Joseph Thirant. Axe mobile planté de nombreuses pointes  Photos J. Omnès

 broyeur a fumier 001 2 Photo SESV 46 (2015)