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2 - Autour des obsèques

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 Sac à cire Veuve candelépageCire de deuil C. privée  lourquet page parilla basque page 


Autour des obsèques

Les obsèques, comme les mariages, étaient des périodes importantes dans la vie de villages. Elles resserraient les liens communautaires qui ont complètement disparu de nos jours.
Jadis, lors de la mort d’une personne, tout le village était au courant par le son des cloches qui sonnaient alors les « agonies. » La distinction des sexes était marquée par le nombre de coups. Dans certains villages, comme à Arras, il y avait  treize coups pour un homme, onze pour une femme. Une cloche plus petite annonçait la mort d’une enfant. Dans certaines villes comme à Lourdes il existait des obsèques classifiées. Et le sonneur qui contrevenait aux usages, voire aux règlements communaux, risquait gros.
On évoque souvent en exemple l’affaire Soulié. Quelques années avant la Révolution, un prisonnier d’État nommé Soulié, enfermé au château en vertu d’une lettre de cachet, y périt consumé par les ennuis dévorants de la captivité. Ses compagnons d’infortune voulurent lui rendre des honneurs funèbres dignes de sa naissance, de sa fortune et de leurs regrets. Il y avait à Lourdes quatre classes de sonneries pour les enterrements : la première pour les prêtres, la seconde pour les membres du corps de ville, la troisième pour les bourgeois et la quatrième pour les pauvres. Le sonneur payé pour obéir, céda à la demande des prisonniers du château et fit usage de la sonnerie de deuxième classe. Les habitants ne voulurent pas tolérer que de tels honneurs fussent rendus à un étranger ; leur irritation devint si violente que le malheureux sonneur fut condamné à la prison. Pendant sa longue détention, il ne cessa de gémir et de s’écrier : « Ah ! Maudit Soulié, si ce n’eut été qu’une savate, je ne serais pas ici. » (1)
Le rôle des premiers voisins était également primordial pour prévenir le curé et la confrérie ou les responsables des « compagnies » ou « dizaines » quand le village n’avait pas de confrérie.
Les premiers voisins, dont les attributs étaient fixés par les usages, devaient avertir les parents et amis du défunt, le curé, le maire et le « valet commun ». Ce dernier désigné en début d’année devait avertir tous les habitants, dont les responsables de la confrérie ou  ceux des compagnies ou dizaines.
(1) Texte des Archives secrètes de Lourdes J. Omnès et B. Eschapasse, édition Privé, page 282.

Les confréries
Lors de la présence d’une confrérie ou fraïrie, ancêtre du secours mutuel, composée d’un membre par famille, les obsèques étaient entièrement prises en charge par cette dernière. 
Elle désignait le « valet commun », le fabricant du cercueil (choisi à l’année), les porteurs, les conducteurs du corbillard. La rémunération de la confrérie était fixée une fois par an en fonction du prix des messes, des cercueils, du fossoyeur… C’est elle qui prenait tout en charge.
Une mention particulière pour le sonneur de cloche. Ce poste était obtenu par adjudication souvent contre un paiement en nature, des sacs de blé par exemple. Il ne carillonnait  pas seulement  lors des obsèques, mais aussi lors des messes, des baptêmes, des noces, de l’angélus,  etc. Lors d’un décès il ajoutait un glas après l’angélus.

Les dizaines
Dans les villages sans confrérie, les obsèques fonctionnaient par la participation des villageois organisés sous forme de compagnies ou dizaines. Chaque « maison » choisissait un membre de la famille ; ceux-ci se regroupaient par unité de dix membres. Chaque unité avait un rôle particulier  dans le déroulement de la cérémonie. Les femmes étaient chargées de la toilette mortuaire, les hommes du creusement de la tombe. Nous apprenons grâce à Monsieur C. Parrou (1) qu’à Sireix où se tenaient quatre compagnies, le règlement interdisait à leurs  membres de manger et de boire dans la maison du défunt. Certains avaient dû, pense-t-on,  prendre la fâcheuse habitude de s’offrir un repas. Seule la parenté et les voisins se voyaient offrir après les obsèques un repas sans viande, ni vin rouge. Il était préparé par les anciennes de la maison aidées des voisines. Les membres des dizaines, du moins les hommes, prenaient alors l’habitude d’aller au bistrot avant de repartir chez eux.
(1) SESV, bulletin  de 1984.

Corbillard                                                                 Corbillard (Nestalas). Photo J. Omnès
Les voisins
Si les confréries ou les compagnies s’occupaient de la cérémonie officielle, les membres de la famille aidés des voisins s’occupaient des tâches ménagères. Elles consistaient à tresser les couronnes, confectionner les brassards, acheter et faire brûler les cierges, recevoir les visiteurs.

Vers l’église
Durant le trajet du corbillard et du cercueil précédés d’un drap mortuaire noir tenu aux quatre angles par quatre hommes ou femmes selon le sexe du défunt, portant un cierge à l’autre main,  puis  de la croix processionnelle, du curé, et des enfants de chœur, le glas était sonné.
Les femmes proches du défunt étaient couvertes d’un long capulet noir doublé d'un tissu rouge. Elles le mettaient le dimanche pour la messe, pendant un an, le reste du temps elles s’habillaient de noir ; le veuf et les proches portaient une cravate et un brassard noirs qu’ils gardaient également un an. 
Le cercueil dans l’église était entouré de chandelles mortuaires en cire d’abeille, appelées tracines.

Les cires de deuil ou tracines
C’étaient de fines cordelettes enrobées de cire et enroulées sous des formes différentes, atteignant parfois  la beauté d’une œuvre d’art (surtout en Pays basque). Chaque maison en possédait, car elles étaient censées protéger le foyer de la foudre et autres calamités. Elles  devaient être bénies à la Chandeleur. Pendant les mois de deuil, une voisine allumait ces chandelles ou cires de deuil à chaque messe d’anniversaire et la déposait sur le siège du défunt. 
Le lourquet (voir photo)  lui, se fixait à la croix processionnelle et était offert au curé qui s'en servait pour allumer les bougies de l'église.
Pour les fabriquer, on faisait passer une cordelette dans un bain de cire chauffée, plus ou moins liquide. Une fois refroidie et collée à la cordelette cette dernière était introduite dans un fileur qui donnait le diamètre voulu, Puis elle était enroulée sur un rouleau de bois. Voir photo ci-dessous de la machine à cires.
Le musée pyrénéen de Lourdes possède une collection importante de cires de deuil, dont malheureusement la grande majorité se trouve dans les archives.


candelépage   parilla basque page    lourquet pageCandèle                                        Parilla basque                                           Lourquet bigourdan. Cliché musée des Pyrénées


Au cimetière
Les parents et amis du défunt étaient entourés de leurs voisins. Lors de la mise en bière, il était fréquent que les femmes poussent des cris de détresse  et de  désespoir. Ce genre de manifestation avait déplu au chroniqueur J-M-J Deville, qui en 1818, remarquait « À quoi bon, par exemple ces lugubres hurlements que font certaines femmes, et qui troublent le silence respectueux qui doit présider à ces sombres demeures ? » Pour lui une couronne de fleurs aurait dû être suffisante. Sa désapprobation fut à son comble quand il vit que les organisateurs payaient des pleureuses professionnelles pour accompagner les convois funèbres. Pour lui cette « manie paraissait indigne du caractère bigourdan, opposé à la nature, insultante pour l’humanité. » Elles entonnaient des complaintes funèbres, poussaient des sanglots et célébraient les louanges du défunt, parfois se prosternaient face contre terre. Certaines étaient célèbres, comme Marie Asserquet dite Marie Blanque de la vallée d’Aspe voisine. Ses mélopées ou aürosts plus ou moins chantées et improvisées étaient célèbres.  Ces manifestations étaient bien ancrées dans les usages locaux, quoi qu’en pensait Deville. Leur origine est probablement romaine (les noeniae) mais sûrement arabo-berbère. Ces aroustayrès (aurostères) étaient également appelées chouettes sarrasines. Il faut dire que le clergé local surtout celui de Saint-Savin, n'appréciait pas trop ces manifestations de survivances païennes.

Avant la création des cimetières. Petit résumé historique des pierres tombales :
À l’instauration du christianisme vers le Xe siècle, les premières pierres tombales sans inscription, ni date se trouvaient à l’intérieur des églises. La famille omniprésente connaissait l’emplacement du défunt. Nul besoin d’y graver un nom et encore moins une date « le mort est entrée dans l’éternité, cela suffit » (1). Cette coutume d'enterrer les morts à l'intérieur des églises sans cercueil, les générations successives se superposant perdura jusqu'au XVIIIe siècle (ordonnance royale de 1776). Ce droit de sépultures des familles du village était associé au droit de s'agenouiller. L'endroit où les familles pouvaient prier, allumer leur cires de deuils (candélous) communiquer avec leurs défunts était délimité par l'emplacement de la dalle familiale. Ce "droit d'agenouilloir" était généralement inclus dans les actes notariés de vente de la case (maison).
Les prêtres étaient enterrés dans l’allée centrale de la nef. N’ayant pas d’assistant-témoins ou de liens familiaux avec le village, un signe distinctif devait rappeler leur mémoire, d’où la présence de certaines inscriptions et dessins gravés comme un calice, une croix, le monogramme du Christ. Les « errants » bohémiens, ouvriers agricoles, les sans attaches avec une maison-foyer  du village se voyaient relégués à l’extérieur de l’église, sous le porche. Pour distinguer leurs pierres tombales, des inscriptions s’avéraient nécessaires. Par la suite, avec l’évolution démographique, les pierres tombales émigrèrent dans l’enclos de l’église qui reçut alors toutes les personnes décédées dans le village avec ou sans  attache familiale. Afin de distinguer les défunts et leur appartenance à un « clan », à un métier, la pierre tombale fut vite surmontée d’une pierre verticale sur laquelle étaient gravés le nom, la date de naissance et de décès du défunt et parfois des instruments de son métier : marteaux, ciseaux, fils à plomb… L'enclos du cimetière et l'église attenante étaient des lieux sacrés, toute effusion de sang nécessitait leur fermeture et leur purification. Cela pouvait durer plusieurs mois.

Le Paschal ou Pascal de Saint-Savin
il y avait une règle particulère pour les enterrements (comme pour les mariages) des habitants des villages aux environs de Saint-Savin. En 944, le comte de Bigorre, Raymond 1er, plaça sous la seigneurie directe de l'abbaye de Saint-Savin, huit villages dont Saint-Savin, Lau, Balagnas, Adas, Nestalas, Soulom, Uz et Casted (disparu de nos jours). À ce Paschal (1), il fut rajouté peu de temps après d'autres villages  comme Arcizans-Avant et Cauterets. Cela voulait dire que pour les actes importants de la vie d'un chrétien : baptême, mariage et enterrement, les villageois des dits lieux devaient se déplacer à l'abbaye de Saint-Savin. En 960, le vicomte du Lavedan,  Fort Ané 1er, reconnaissait à l'abbaye  "l'exemption de tous les droits féodaux dont il jouissait dans toute l'étendue du Pascal". Puis de 1037 à 1060 furent rajoutés d'autres villages. De nombreux conflits s'engagèrent durant des siècles entre les pères abbés et les villageois qui ne pouvaient se déplacer, surtout l'hiver, qu'avec de grandes difficultés.


(1) Territoire sous l'autorité de l'abbaye.
Cire de deuil C. privée        Veuve
Bel exemple de cires de deuil. Collection privée.                                           Veuve et son long capulet. Photos J. Omnès

Durée du deuil
Le deuil durait une année. Année durant laquelle les membres de la famille proche, couramment appelée les perdants, se devaient d'offrir au défunt plusieurs messes. La première, le dimanche après la mort, appelée la messe des devoirs ets douets. Elle était suivie par trois autres messes : celle de la neuvaine, neuf jours après le décès, celle de la fin du mois et enfin celle clôturant l'année du deuil. La tombe était fleurie à la Toussaint et le jour de la fête patronale. La coutume voulait que l'on vienne prier sur la tombe, tous les dimanches après la messe.

Lanternes de deuil
Le prêtre emportait avec lui, lors de la visite d'un mourant, une lanterne spéciale dite lanterne du viatique. Elle était composée d'une toile ronde surmontée d'un toit conique. Elle était ajourée de cercles concentriques percés au  poinçon. Certains y voient un symbole solaire. Les plus anciennes remontent au XVe siècle. Elles étaient identiques, mais plus volumineuses,  avec un trou à la base, pour le passage d'un bâton. Elles servaient pour les processions d'enterrement.

Sac à cire                  Cire protectrice du foyer
         Sac à cire                                           Cires protectrices du foyer. Photos J. Omnès. Musée pyrénéen

 Cires de deuil 2  Enrouleur de cire
            Différents types de cires                       Enrouleur de cires. Photos J. Omnès. Musée pyrénéen, Lourdes


Lanterne deuil       Lanterne
                 Lanterne de deuil à main et sur support. Coll. privée. Photo J. Omnès