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03 - Circuit Lourdes Médiéval

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                        Circuit de Lourdes Médiéval

 

Les textes que nous présentons sont dus principalement à la plume de Jacques Omnès, archéologue amateur, ex-propriétaire-restaurateur du Castet Naü d’Azun. Ils ont été proposés à la Ville de Lourdes pour l’élaboration d’un projet de parcours touristique « Evocation de Lourdes au Moyen Age ».
La réalisation de ce projet tardant, son auteur bénévole, pressé par le temps, nous a demandé de  publier ces textes afin d’en garantir une certaine existence. J'y ai rajouté quelques compléments d'informations.

                                            PARCOURS EVOCATION DE LOURDES AU MOYEN AGE

Lourdes au Moyen Age est un parcours historique tentant d’évoquer l’importance de la cité médiévale de Lorda (Lourdes), avec son château fort, lieu de résidence des comtes de Bigorre au XIIème siècle, et ses deux lignes de fortifications aux douze tours.
Le Lourdes historique a été victime de son  développement économique depuis les évènements de 1858. Les destructions du patrimoine médiéval n’ont jamais cessé, jusqu’à une date récente. Seules deux tours des remparts sont encore visibles, dont une transformée en habitation collective.
C’est donc un cheminement en grande partie virtuel auquel nous vous convions, en espérant que les illustrations et les plans présents sur les panneaux arriveront, l’espace d’un instant, à vous faire approcher ce Lourdes médiéval.
Le parcours, réalisable en une heure, comporte 15 stations. Trois escaliers  le rendent peu accessible à des gens à mobilité réduite. Pour un accès plus aisé, le parcours peut-être fait à l’envers.




1/ Fort de Lourdes

C’est  une élévation défensive naturelle, placée au centre d’un bassin glaciaire, et défendue, pour partie, par le Gave. Le développement militaire, économique et politique du site vient de cette situation stratégique.

Antiquité. Certains auteurs y ont vu l’Oppidum novum de l’itinéraire d’Antonin. Rien ne permet d’appuyer cette hypothèse, malgré la présence de céramique de la fin de l’Age du Fer et de l’Epoque gallo-romaine. L’occupation du site est connue par des trouvailles, en remploi, relevant d’un lieu de culte (dévotion à Mithra) sur le replat dominant le Gave.
Haut Moyen Age. Un texte du XIIIème siècle conte le siège de la place par Charlemagne, en 778, contre le sarrasin Mirat. Ce récit, considéré comme légendaire, est à l’origine des armes de la ville.
Bas Moyen Age. Le premier château de pierre est antérieur à 1020. C’est la résidence des comtes de Bigorre jusqu’en 1195. Par ses grandes qualités stratégiques et défensives, le site comtal est l’objet de nombreux conflits, parfois ponctués de sièges, comme celui de 1407, pendant la guerre de Cent ans : le fort est repris au parti Anglais, qui le tenait depuis le traité de Brétigny (1360).
XVIème siècle.  Au gré des alliances et des conflits, il passe de mains en mains, dont celles du roi de Navarre, comte de Bigorre et futur Henri IV. Il fut pris et la ville dévastée pendant les guerres de Religion.
XVII-XVIIIème siècles.  Suivant les préconisations de Vauban, le fort a été grandement modifié pour résister au développement de l’artillerie. Sous Louis XIV, il deviendra prison d’Etat.
XIXème siècle. De très importants travaux du Génie modifient l’aspect général du site, avec la construction d’un système complexe de défenses sur les dehors de la fortification. La place s’enterre complètement pour mieux résister à la force de l’artillerie moderne. Malgré tout, le fort est déclassé en 1889. Il est racheté par la Commune en 1894.
XXème siècle. Pendant la Grande guerre, le fort, réquisitionné, sert de prison pour les soldats allemands, puis pour les soldats   d’origine alsacienne-lorraine. En 1921, à l’initiative du Touring Club de France, est inauguré le Musée Pyrénéen.

Chateau fort                                                      
Le château vu de l'hôtel Solitude. Photo J. Omnès

2/ Jardins suspendus – Le rempart de ville

Les jardins suspendus doivent leur existence à la création d’une porte bastionnée permettant d’accéder à la basse-cour du fort (barry ou demi-lune). Cette porte, sorte de poterne moderne, est mise en place suite à la visite, en 1685, de Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, dit Vauban, ingénieur du roi. Cette préconisation est réalisée avant 1715. Le nouvel accès, côté falaise,  a nécessité la mise en place d’une sente créée par apport de terre. Durant les deux siècles qui suivent, des terrasses sont formées grâce au  soutien de murettes. L’espace créé sert de potager à la garnison, libérant les anciens jardins dans le barry. En 1809, onze parcelles d’une centaine de m2 carrés sont en place. Après 1858, elles sont exploitées par des propriétaires d’auberges et de pension de famille du quartier du fort. A la fois potagers, poulaillers, porcheries, étendoirs à linges d’hôtels, elles sont peu à peu abandonnées avec la disparition de cette hôtellerie.
Le rempart de ville. L’extrémité Sud du fort présente deux grands assommoirs (1845) dominant le départ du rempart de la ville, qui est encore en place en 1734. Démoli pour le passage de la sente, il en subsiste quelques restes, dont deux  segments bordant la terrasse de la proche résidence hôtelière : celui de gauche est en moyen appareil  calcaire (XII-XIIIe) ; celui de droite  est en briques (XVe), mais est  malheureusement enduit. Il bordait un ancien escalier en pierre, à trois volées, donnant accès au plateau sous le château, qui comportait une tourelle de plan carré.

jardins 1
Aménagement des jardins suspendus, début 2015. Photo J. Omnès

Accès jardins Accès aux jardins par la rue du Fort

3/ Tour du Baüs – Le rempart de ville

La tour du Baüs, Baous ou de Baux, doit son nom à la falaise qui supportait la partie Sud de l’enceinte de ville, et le long de laquelle courait la Carrerette (petite rue), actuelle rue de la Grotte. L’urbanisation a fait disparaitre la vision topographique des lieux.  La tour-porte  se trouvait  au milieu de cette rue, au niveau de l’Hôtel de Rome. Comme d’’autres tours de ville, elle mesurait 13,50 m de haut. Elle servit de prison à plusieurs époques. Par exemple, en 1615, elle a pour locataire Jean Bartette, dit Peteau. En 1820, 6000 frs de travaux sont effectués pour en faire une maison d’arrêt. Mais en 1871, la Commune décide de la raser, auparavant elle abritait le garde- champêtre Caillet, celui qui amena Bernadette Soubirous à l'interrogatoire du maire Jacomet, le 25 février 1858. Sa démolition fut rendu nécessaire par le développement des pèlerinages, depuis 1858, il rendait difficile le franchissement de la voûte de cette tour-porte par les fiacres et calèches.

Rajout Jean Omnès  : Cette tour devint après des travaux d'aménagement engagés en 1820 et arasement du quatrième étage, prison en 1824, lorsque celle des Petits-Fossés fut désaffectée. La ville de Lourdes vendit le local des Petits Fossés à un maçon, Jean-Pierre Taillade. Lui-même l’a ensuite légué à son neveu, André Sajous. C'est dans ce local que viendra se loger après 1858,  la famille Soubirous. Il prendra le nom de cachot. Cachot toujours visible et visité par de nombreux pèlerins.

baous 2
La tour sur cette photo de 1879, se trouve à droite, derrière la maison au toit à quatre pentes en hauteur. Sur l'extrême droite, la tour de Guigne.

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Emplacement où se trouvait la tour, au passage piétons. rue de la Grotte. Sur la gauche, des escaliers étroits indiquent l'ancien emplacement du chemin de ronde. L'hôtel de Rome dans son jardin, abrite les arches romanes qui soutenaient ledit chemin. Photos J. Omnès


4/ Tour du Castillet – Sépulture néolithique

Cette tour est encore présente sur le plan très précis de 1715. Il s’agit d’une tour quadrangulaire, ouverte à la gorge ; c'est-à-dire sans façade coté ville (Une tour semblable, la Bonnette,  est toujours présente à 220 mètres de là, à l’extrémité Est de l’enceinte).   Le souvenir de cette tour est peut-être dans le nom commercial de la toute proche  pension de famille « Le Castillet ».
Sépulture néolithique. Dans la cour de cette ancienne pension, construite sur le sommet d’une falaise (baüs), s’ouvre une galerie karstique qui renfermait une sépulture collective, avec les restes de sept individus, dont deux enfants, rapportable au Néolithique final (Datation C14 : 4.380 +- 140 B.P.). Le mobilier comprenait les restes d’au moins cinq poteries, dix-sept  pièces de silex,  un fragment de coquille de Cardium, et enfin une pointe de flèche en os, à soie, sans pédoncule, prototype de pointes en os connues à l’Age du Bronze dans le Sud de la France.

Entrée de la grotte du Castillet Entrée de la grotte du Castillet. Photo J. Omnès

Les sépultures préhistoriques. D’autres grottes sépulcrales sont connues dans le massif des Espélugues, comme dans les falaises de l’Arrouza. Les sépultures mégalithiques sont aussi présentes sur le territoire lourdais, comme au dolmen de Peyre Dusets (Néolithique-Chalcolithique), en bordure du chemin Henri IV ; comme des tumuli funéraires (Age du Fer), tels ceux sur les hauteurs du Buala, au Nord de la commune. 

5/ Tour de Guigne

La tour de Guigne doit son nom à sa position topographique permettant de regarder tout le bourg, comme le château,  en enfilade, du coin de l’œil. A l’époque moderne, elle a pris le nom du quartier, devenant la tour du Garnavie. Cette tour, propriété communale depuis l’origine, a miraculeusement survécu à l’urbanisation de la cité. En 1994, elle a été dégagée des maisons qui l’enserraient, pour être restaurée.

tour guigne
Tour de Guigne. Photo J. Omnès

Cette tour mesure 16,70 m de haut, pour 5,30 x 6,50 m de côté. Il s’agit bien d’une tour du rempart de la ville : son entrée, à 7,25 m de haut, est côté ville, sur une façade moins épaisse (1,20 m) que les trois autres (2,30/1,95/1,40 m); et surtout, elle présente sur sa façade Ouest, la trace de l’ancrage du mur d’enceinte, sur huit mètres de haut, épais de 1,20 m. L’accès à la porte haute se faisait par un escalier en maçonnerie, dont il reste le soubassement. Le premier étage repose sur un cul de basse fosse accessible par un large trou d’homme. L’espace est réduit (1,80 x 3,50 m). Le second niveau, planchéié comme le premier, est éclairé par quatre baies quadrangulaires. Il comporte, sur la façade Est, des latrines  en encorbellement, sur double corbeaux. A droite de ces latrines, a été aménagé, dans l’épaisseur du mur, un escalier à double volée pour accéder à la terrasse reposant sur une voûte en berceau. La façade Sud de cette terrasse est armée d’une bretèche sur triple corbeaux. En 1846, la terrasse était couronnée par un parapet de 1,50 m de haut,  percé de meurtrières, hautes de 0,80 m : quatre sur la face Sud, trois sur les deux autres faces.A une époque indéterminée, une poterne a été ouverte dans l’angle Est avec le rempart. Elle a été supprimée par la suite.Cette tour, malgré l’absence d’éléments caractéristiques, est rapportable au XIIIème siècle.                                                       
Jusqu’en 1875, la tour et ses importants restes de rempart était totalement isolée dans un environnement de rochers. Emile Zola a écrit : « on prétendait que chaque samedi, les sorciers et les sorcières allaient faire leur sabbat à la tour de Gavarnie (sic), et pas un enfant, pas même une grande personne ne se serait hasardée de ce côté ».

6/ Chaussée et rue du Bourg

La chaussée du Bourg était le prolongement de la rue du Bourg, au-delà de la Carrerète (rue de la Grotte). La chaussée, comme son nom l’indique était une voie traitée à la chaux, pour durcir son sol caillouteux. Le chaulage était plus économique qu’un pavage.  Au n° 29 de la rue de la Grotte, à quelques mètres de la chaussée, se trouve, curieusement conservé, uniquement le pignon gauche en pierre de taille, d’une maison gothique à colombages, avec étage en encorbellement. Les archives municipales relèvent qu’en 1614, les consuls de la cité ont refusé la construction de maison contre le mur de la ville, en rappelant que c’est à ce niveau que, passant par les étages de maisons, les troupes huguenotes du baron d’Arros prirent la ville, et la saccagèrent.

Maisons 2 M A      Maison M-A
Maison du 29 rue du Bourg et son corbeau médiéval. Photo J. Omnès

La rue du Bourg, ou rue Noble, comme son nom l’indique, était la rue principale de la cité, entre la Carrerète et la porte Dembarrère. Là  se trouvaient les maisons nobles et bourgeoises, dont certains hôtels particuliers des XVII-XVIIIème siècles  sont encore visibles : au n°4 et en face, l’hôtel du général de division et baron d’Empire, Jean-Pierre Maransin ; à l’extrémité Nord de la rue, l’hôtel du général de brigade, comte d’Empire et pair de France, Jean Dembarrère. A proximité, au n°4 de la rue portant son nom, se trouve aussi la maison du baron d’Empire Jean-Pierre Duprat, commissaire ordonnateur de la Grande Armée.

Rajout Jean Omnes : C'est dans cette rue que se trouvait la chapelle Saint-Marc, à l'angle de la rue Baron Duprat; cette dernière appelée au Moyen Age carrèro d'eth Moundou (rue Moundon) abritait la maison commune où s'administrait la justice et où les consuls tenaient leur audience. C'est à cet endroit que fut construit sous Napoléon Ier (1808) le commissariat actuel  toujours visible.


Ecurie Maransin
Rue du Bourg, Maison Maransin. Photo J. Omnès

Ecurie Maransin    Armes
Ecurie Maransin, armoiries. Photos J. Omnès

7/ Tour de la Bonnette – Rempart de ville – Maison des Hospitaliers de Saint-Jean

Une bonnette est une fortification en avant de la ligne de défense, ce qui est bien le cas ici. Cette tour défendant l’angle Sud-Est de la première enceinte, ouverte à la gorge (c’est-à-dire sans façade côté ville), construite sur une petite falaise (espenettes), dominait la place du marché (marcadal), elle-même défendue par une seconde ligne de défense faite de palissades et une tour dite de «  Cledes » ou de « Lascledes » (comprendre plessis), à l’entrée de la place, au pied de laquelle se trouvait un cloaque qui amena sa démolition en 1774 ; démolition ordonnée par un brevet du roi, donné à Versailles, le 4 juillet 1773.
Si aujourd’hui, des aménagements, comme l’élévation de la façade devant vous,  rendent cette tour de la Bonnette peu perceptible, nous savons que lors du tremblement de  terre de 1660, son « boisage est tombé de l’effort du tremblement de terre », et a été porté dans la maison de ville par deux hommes. Ce « boisage » peut correspondre à un hourd de bois couronnant la tour.
Le rempart a été ouvert pour le passage de la ruelle, toutefois, il est toujours présent dans le mur de clôture de l’immeuble en vis-à-vis, au sommet des escaliers, à main gauche.

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Tour de la Bonnette transformée en appartements. Photos J. Omnès

Bien hospitalier. C’est à l’abri de ce rempart que se trouvait dès 1367, un ensemble de biens comprenant une maison, appelée Cazaria de Gabarnio, avec environ cinquante arpens de terre. Un bien de la « maison  et hospital de Gavernie » (Hospitaliers de Saint-Jean- de -Jérusalem). Ce fief est toujours en possession de l’ordre en 1603 avec   la maison,  alors dite d’Augaa, entre la rue  Burlaygues (rue des Petits Fossés) et la Carrerette (rue de la Grotte) ; et une grange (borde), un verger et des terres pour un journal, tenue par Jean de Lombes, dit d’Augaa, « confrontant le chemin allant au camp Vesiau et les rochers voisins des murs de la ville ». De la Cazaria de Gabarnio,à l’abri du rempart, il reste encore une tourelle, debout et entourée d’un jardinet (ne se visite pas). Le surplus a été aliéné à la Révolution.

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Une tour à gorge. Derrière ce mur, la tourelle de la Cazaria des Hospitaliers. Photos J. Omnès


8/ Tour de la Carrerette – Petits fossés

Tour de la Carrerette. A regarder le plan des fortifications de Lourdes, il est obligatoire que cette ancienne entrée de ville était défendue par une tour-porte, sise au pied de la pente fortifiée des espenettes  (escaliers), et à l’extrémité Sud des petits fossés doublant le rempart. Curieusement, à son emplacement, sur le plan de 1715, nous ne voyons qu’une place, sans défense apparente. Il est à supposer que la création de la seconde ligne de rempart, englobant le marcadal (marché) et l’église, a rendu, à l’époque moderne,  cette tour moins indispensable. D’une manière générale, c’est le siècle des lumières (XVIIIe), période de paix intérieure, qui connaîtra les plus grandes destructions des enceintes médiévales, au nom d’un certain modernisme et de nécessités sanitaires (suppression des fossés en eau, des cloaques,…).

Petits fossés. Au Moyen Age, ces fossés étaient en eau, comme l’implique l obligation pour une des maisons de la ville de faire taire les grenouilles, quand le comte était au château. Les petits fossés furent comblés pour donner naissance à la rue de même nom. Le rempart la bordant fut démoli, ou utilisé au bénéfice de la construction  de maisons. La rue des petits fossés n’avait pas la qualité de la rue du Bourg. C’est ainsi qu’au milieu du XIXème siècle, on y trouvait un modeste logis,  dit le « cachot ». Cette appellation de « petits » fossés permet-elle de penser à l’existence de grands fossés ? 

Cachot  Petits fossés
Rue des Petits fossés, le Cachot. Photo J. Omnès

9/ Tour de l’Horloge – ou des Embarats

Au Moyen Age, cette tour-porte centrale, avec pont-levis ( ?), après franchissement des fossés en eau, donnait accès à la rue du Bourg. A une époque plus récente, elle supportait l’horloge de la ville.  En 1581, pendant les guerres de Religion, elle fut saccagée par les troupes du baron d’Arros. Bien avant 1652, on échangea la vieille horloge contre une autre, chez le sieur Galiay, de Bagnères-de-Bigorre, moyennant un supplément de 150 livres. Galiay reçut également, en sus du prix, un brochet qui lui avait été promis. En 1745, celle-ci fut transportée sur le clocher de l’église paroissiale, aujourd’hui disparue. Un forgeron, désigné par la ville, était chargé de son  bon fonctionnement et recevait, pour cela, une allocation mensuelle. Cette tour servit aussi de prison : « L’an 1643, le 22e du mois de décembre, décès de Cathaline de Laborde, décédée dans la tour de l’horloge de la ville ou elle estoit dettenue  prisonière, estant accusée d’estre sorcière ».
Jusqu’en 1989, englobé dans un bâtiment, subsistait un fragment du rempart, avec porte en ogive, à l’emplacement de l’actuel parking du commissariat. Restes de la tour ?  A ses pieds, stagnaient les « embarats », les eaux sales des  fossés  défensifs; après comblement. 

La Commune souffre d’absence d’archives antérieures au XIVème siècle. En 1374, la ville fut incendiée par les troupes du duc d’Anjou. .                                                                                                      


10/ Eglise Saint-Pierre et sa nécropole – Temple antique – Tour de Marcaladouze - Tour du cimetière

L’ancienne église Saint-Pierre, aujourd’hui disparue, était  à l’extérieur  du premier rempart. Il s’agissait d’une église-collégiale, un collège de chanoines prébendés l’ayant desservie jusqu’à la Révolution. Elle était construite sur une éminence (toujours perceptible à l’Ouest et au Nord), défendue par des fossés et des palissades : l’actuelle place du Monument aux Morts. Pendant la guerre de Cent ans, comme beaucoup d’églises, elle fut renforcée par un système  de chemin de ronde. A proximité se trouvait le « pourtal de l’Aurette ».

Lieu de culte païen - Eglise paléo chrétienne. A l’origine se trouvait ici un lieu de culte gallo-romain, comme le prouvent  trois  autels votifs, dont un dédié  à Tutèle, divinité des eaux. Deux fontaines coulent en contrebas de la place.
Durant l’Antiquité tardive (IVème ou Vème siècle), un premier édifice chrétien fut édifié. Ses substructions furent découvertes deux mètres sous le chœur de l’église romane, au milieu de restes  de tuiles de couverture à la romaine (tegulae  et imbrices). Une nécropole de sarcophages de pierre, de production locale (Béout) apparait vers la fin du Vème siècle, pour se développer à l’époque mérovingienne (VI-VIIème siècle). Cette nécropole s’étendait jusqu’au pied du rocher du château.

Eglise romane. Au XIème siècle, l’église romane fut construite par-dessus cette première église primitive. Nous savons qu’en 1085, c’est devant le porche de l’église que le comte Centot Ier recevait les hommages annuels de ses vassaux, comme ceux du seigneur d’Aster : un épervier à percher sur l’ormeau devant le porche, ou fournir six sols, à défaut de l’épervier. Ce cimetière perdurera jusqu’en 1804 (an XII), où il fut déplacé hors les murs, dans le quartier désert de L’Egalité, auquel il donna son nom. Cette église, dont l’architecture  évoluera au cours des siècles, fut démolie en 1904-1907 ; les autorités la trouvant trop petite et trop vétuste pour accueillir les foules de Lourdes. Son mobilier, comme certains éléments lapidaires, sont conservés au Musée Pyrénéen.
Ci-dessous : ancienne église paroissiale. Mine de plomb. Anonyme. Musée du Louvre, département des arts graphiques.

Ancienne église Saint Pierre à Lourdes 

  

eglise 2                     

La Tour de Marcaladouze se trouvait face à l‘extrémité Ouest de l’actuelle rue de Bagnères (rue de Marcaladouze ), ou à l’entrée de l’actuelle rue de la Grotte, à côté du Marcadal (marché) auquel elle semble avoir emprunté son nom. Un document de 1412, relatif à l’achat de terrains près de la porte de « Marcaladoza », la déclare sise près des fossés. Elle peut correspondre à la tour-porte défendant la place de l’église, telle qu’on peut la voir sur cette gravure  représentant la ville avant les démolitions des années 1774-1775.

Tour du cimetière. En 1991, au cours des travaux de terrassement du parking souterrain, furent mise au jour les fondations d’une tour carrée, de 7,70 m de côté, avec des murs en 2,30-2,50 m d’épaisseur, en bordure de la rue Basse, à gauche de l’entrée de l’église.

11/  Cuve baptismale de l’église du Sacré-Cœur

Cette cuve baptismale monolithique, d’un diamètre de 1,15 m, en marbre de Lourdes (calcaire à lumachelles, huitres fossiles), est d’âge roman. Elle se caractérise par la présence aux quatre angles de son socle, de quatre faces humaines, dont deux barbues, semble-t-il casquées à la mode du XIIème siècle. Le dessous de la cuve se réduit par une succession de retraits, dont le dernier  est décoré d’une torsade.  Le socle octogonal est un rajout moderne pour surélever la cuve.   Bernadette Soubirous a été baptisée en 1844 sur ces fonts qui étaient dans l’ancienne église paroissiale Saint-Pierre, rasée en 1904-1907.  
  
       fond baptismal    baptistère      
                                     Fonts baptismaux, détail. Photo J. Omnès
                                                                 

12/  Sépulture de l’Age du Bronze – Voies antiques – Rue Traversière

Sépulture de l’Age du Bronze. Après la grotte sépulcrale néolithique du Castillet, se trouvait ici (sous l’escalier Nord) une sépulture collective en fosse, associée à une grande dalle, à l’origine dressée. Les restes d’un adulte et d’un enfant étaient associés à au moins deux vases polypodes rapportables à l’Age du Bronze moyen (1500-1200 av. J.-C.).
Carrefour antique. En 1990, les travaux de terrassements pour le parking souterrain ont aussi mis au jour un carrefour de voies antiques : l’une, d’orientation Ouest-Est, parallèle à la rue des Quatre Frères Soulas, ancienne rue Traversière; l’autre, d’orientation Nord-Sud, parallèle à la rue Saint-Pierre, était bordée par le lieu de culte païen. Les voies, composées de galets et de sable compactés, présentaient,  en direction Est-Ouest, des ornières produites par les roues des chars. Les bas-côtés, bordés de grosses pierres, comportaient une bande sableuse réservé aux piétons. Un as de Nîmes date ces voies de la fin du Ier siècle avant J.-C., ou du Ier siècle après J.-C.

La proximité d’autant de structures cultuelles est étonnante : la tombe de l’Age du Bronze, avec son menhir, a pu faire office de repaire pour la création du carrefour antique ; et c’est le long de cette voie qu’un édifice cultuel paléochrétien a recouvert un espace consacré par des autels votifs antiques. Et cette pérennité a perduré jusqu’en 1907, jusqu’à la démolition de l’église Saint-Pierre et à la fermeture du cimetière environnant. L’actuel Monument aux Morts prolonge l’esprit de lieu de dévotion.

13/ Porte des Arrieux– Fontaine des Trois becs

Tour-porte des Arrieux. Au bas de cette rue Basse (carrère Bache), se trouvait la tour-porte de l’entrée Nord de la ville, avant la création de la chaussée Maransin et de son pont enjambant le ruisseau du Lapacca (les Arrieux ou Arrius). On pénétrait dans la ville en se laissant glisser dans la pente de la Côte d’Enjouan, pour arriver au pont des Arrieux (place Jeanne d’Arc) où se dressait cette tour-porte, bordée de palissades. Sa partie supérieure fut démolie pour cause de vétusté en 1604. Ses dimensions étaient de 7 x 8,30 m pour une hauteur de 13,50 m ; les murs avaient 1,50 m d’épaisseur. Nous savons, grâce aux archives municipales, qu’en 1632, des travaux de réparations furent faits « pour faire la guarde  à cause de la peste de Pontacq et Barlest ». Elle fut démolie en l’an XII (1804).

Fontaine des Trois-becs. Plus  près de nous, se trouve aussi au bout du passage et de la rue de la Fontaine, la fontaine aux Trois becs, dont l’origine, de par la topographie favorable, remonte probablement à l’origine de la cité. Une autre fontaine se trouvait aussi en haut de la côte d’Enjouan (1).
(1) Face à l'hospice-hôpital

fontaine 3trous Fontaine des  trois becs. Photo J. Omnès

Précisions : Cette fontaine était située dans l'enceinte de la ville, rue de la Fontaine la bien nommée, vers la rue du Bourg. Elle fut améliorée en 1811 avec un un bec verseur, des reposoirs pour les seaux et un aigle impérial en terre cuite vernissée dans la niche prévue à cet effet. Puis, elle fut  entièrement rénovée en 1881, par le conseil municipal du 4 novembre  qui décréta :" La ville de Lourdes n'a dans son enceinte, pour abreuver les habitants qu'une fontaine dont la source très abondante sort du mamelon où elle est bâtie. Cette fontaine est dans le plus grand désordre"...
Donc, on régula la sortie de l’eau avec trois becs de cuivre et on édifia six marches pour y accéder. D’où son nom la fontaine aux Trois trous ou Trois becs. Elle est toujours visible, telle qu’elle était en 1881, à l’exception des six bandes de fer pour y asseoir les cruches et de l'éventuel aigle qui n'a fait l'objet d'aucun descriptif. On a jugé bon cependant de surélever la margelle d’accès et de placer un quatrième trou avec robinet, dans la niche de l'aigle. Elle débitait en 1872, 75 000 litres par jour  (assez pour 15 000 personnes). En 1895, vu son débit important 3l/s, on mis sous conduite la source pour alimenter le quartier de Saint-Frai (Hôpital N-D des 7 douleurs). D'après Roger Mézaille dans les Maires de Lourdes, édition Atlantica, l'eau de la fontaine aurait été analysée en 1899, et déclarée "mauvaises en tout et dangereuse".


14/ Porte d’Embarrère – Entrée cavalière du fort – Chemin de Maupas

Porte Dembarrère. En fait, malgré sa dénomination courante au XVIIIème siècle, il s’agissait à l’origine probablement d’une tour-porte importante, car elle donnait directement accès à l’extrémité Nord de la rue du Bourg, et surtout à la rampe cavalière du château-fort. Il est probable que l’entrée de la rampe castrale, à dix toises de là, possédait son propre système de tour-porte, ou de châtelet d’entrée. En 1810, lors de la démolition de cette entrée de ville, à la demande de la famille Dauzat-Dembarrère  (hôtel particulier attenant), le « pourtet » mesurait 2,40 m de large, et était surmontée d’une galerie de défense.

Mur M A   Dembarrère
Ce qu'il reste du mur de la porte Dembarrère. Hôtel  Dembarrère, surélevée vers 1920. Photos J. Omnès


Chemin de Maupas. Le bien nommé : « mauvais passage ». Dangereux par son exigüité, sa pente et surtout par la proximité menaçante de la rampe du château-fort percée de multiples fentes de tir. Le glacis séparant le chemin du rempart du fort, malgré sa forte déclivité, était loué par l’armée, en quatre lots, comme prés de fauche. Avec le développement des auberges et pensions de familles après 1858, ces prés pentus servirent aussi d’étendoirs pour draps d’hôtels.

Maupas    Maups 2
Entrée chemin Maupas, à gauche.  Photo 2, le chemin est derrière les maisons, face aux remparts. Photos J. Omnès

15/ Chapelle Saint-Jean des Cagots

Qui étaient les Cagots ? Lourdes, comme d'autres villages des Pyrénées, a connu, au Moyen Age et jusqu'au XIXème siècle, une population victime de ségrégation, dont l'origine reste mystérieuse. Ces parias vivaient toujours isolés dans un quartier insalubre, à la périphérie du bourg ; à Lourdes, au-delà des moulins.  
L'origine des cagots reste incertaine. On a parlé de descendants de peuples vaincus, comme les Sarrasins ou les Wisigoths. Ils ont ensuite été assimilés aux lépreux. Pour éviter que se transmette leur éventuelle maladie, les cagots étaient cantonnés dans les métiers du bois (bûcherons, charpentiers), car on pensait que le bois ne transmettait pas de maladies. Le mot cagot ne vient pas de « chien de goth » comme on peut lire souvent, mais de la racine « cac » qui signifie sale ou laid. Si le terme « cagotz » n’apparaît qu’en 1551 dans « Fors et coutumes du Béarn », leur existence semble être citée bien plus tôt sous la forme « Christianum » (Lucq –de- Béarn, an 1000), « Gafo » (Navarre 1155), « Chrestiàas « (Gaston VII de Béarn 1288), « Gahed » (Testament de Pierre Amanieu 1300). Dans certaines églises de montagne, les cagots avaient leur petite entrée latérale et un bénitier réservé. A Lourdes, ils avaient leur propre chapelle.
Chapelle Saint-Jean. Nous savons peu de chose de cette chapelle Senjouan, ou Saint-Jean,  disparue il y a peu. Elle est désignée vers 1604 comme la « capelle de St-Jean -du -Gaou » (Gave), et aujourd’hui,  comme la chapelle des cagots. Elle était encore debout en 1872, où elle servait  de grange au propriétaire des Bains de Senjouan établis à côté. En 1911, le bénitier des cagots était chez Marceline Saint-Jean (70 ans), propriétaire du domaine du même nom. Elle déclarait que c’était son grand-père qui avait rasé la dite chapelle. Son père y a vu dire la messe. Son grand-père fit don à la paroisse de la statue de Saint-Jean-Baptiste (XVIIIème, classée MH), présentée actuellement dans l’église paroissiale ; et d’un tableau représentant le même saint (un temps dans la crypte de l’église).

Creche animéeLourdes St Jean
La crèche animée à l'emplacement de la chapelle des Cagots et des bains Saint-Jean. Statue offerte à la paroisse
Photos J. Omnès

Bains Saint Jean St Jean Tabeau

Les bains de Saint-Jean sur la droite, où se trouvait la chapelle des Cagots. Toile représentant saint Jean


                                                                           Les tours médiévales de Lourdes

D’après E.  Duviau la ville entourée de remparts au début du  XVe siècle, avait  huit tours :1) la tour de Guigne, 2) la tour du Mauhourat,3) la tour de l’Horloge, 4) la tour des Arrieux, 5) la tour du Baous, 6) la tour de la  Bonnette, 7) la tour de Cledes et 8) la tour Lindro. Certaines ont été démolies en 1775 par la municipalité J-P Picqué
 

1) La tour de la Guigne, ou tour du Garnavie à l’est du château, qui a survécu aux démolitions de 1775, a  été restaurée en 1995. D’une dizaine de mètres de haut, elle fait l’objet d’un texte dans le dossier Patrimoine architectural : tours et châteaux.

2) La tour Mauhourat, à l’angle de la rue du Bourg et de la rue du baron Duprat, anciennement rue Municipale Certains la nommeront tour de l'Horloge ? Il semble qu il y ait confusion chez certains auteurs dont chez J-P Thomas notamment (Lourdes avant Lourdes). Ce serait deux tours différentes; l'une derrière l'autre. A vérifier cependant

3) La tour de l'Horloge ou des Embarrats (rue des Petits Fossés). Très détériorée, elle a été démolie en 1775 par la  municipalité J-P Picqué. Elle servit de prison

4) La tour-porte des Arrio(e)ux, bas de la rue Basse. Rasée en 1806, elle avait sept mètres de haut.

5) celle du Baous, à l’intersection de la rue de la Grotte, anciennement rue de la Carrerète et de la rue des Pyrénées devant l’hôtel du Rocher. Elle servit après celle de l’Horloge, de prison en 1821, libérant ainsi celle dite du cachot où logera la famille Soubirous, rue des Petits fossés. Visible sur les photos anciennes, elle a été démolie après les Apparitions, en 1871, pour laisser le passage aux véhicules. Et la prison jugée insalubre, sera déplacée  rue de Bagnères en 1843 (emplacement du Clair Soleil).

6) La tour de la Bonnette vers les Espenettes, toujours debout. Elle a été transformée en appartements.

7) La tour Lasclèdes ou Clèda qui se trouvait place Marcadal. Elle a été démolie en 1775 par la municipalité J.-P. Picqué, car elle avait creusé un cloaque nauséabond au pied du marché.

8) La tour Lindro, démolie en 1775 par la municipalité J.-P. Picqué

A ces sept tours et sa tour-porte nous pouvons rajouter 4 tours-portes :
9) La tour-porte de Carrerette ou Carrere basse, rue Basse
10) La tour-porte d'Embarrère, ou porte de Saint-Pé, au bas de la rue du Bourg. Il reste un pan de mur
11) La tour-porte de Marcalaouze ou Marcalouze actuelle  rue de Bagnères Elle a été démolie en1773.
12) La tour-porte de l’Ouest qui donnait sur la tour du Baous.

Il existe peu de textes et de plans sur ses tours et ses portes. Elles mériteraient une étude plus approfondie et un marquage au sol.   

Lourdes rempart3
 Plan de 1715. L'échelle est en toise 1 toise = 1, 949 m


Remarques : la rue de Bagnères= rue Marcalouze, la rue de la Grotte = rue Carrerète, puis rue du Baous, la rue Baron Duprat = rue Municipale.

La Tour du Lindro le 8, emplacement inconnu, la tour de Lasclèdes le 7 serait place Marcadal, mais où ?, pas de trace de la tour Mahourat le 2 (angle rue Municipale et rue du Bourg, de même pour la tour -porte des Arrieux, le 4, rue Basse. Pas de tour- porte au bas de la rue du Bourg, celle de Dembarrère, le 10 ou tour de Saint- Pé est plus haute.                              


remparts Lourdes

Estampe de 1650 environ, L'Histoire de Lourdes, édition Privat. En partant de doite nous avons la tour-porte des Arrieux puis vers la gauche, l'église paroissiale et son enclos, A sa gauche la tour- porte semble être celle de la rue Marcalouze, actuelle rue de Bagnères. Elle est censé être la tour de Mahourat dans l'ouvrage cité (?). Derrière elle, nous avons probablement la tour-porte de la Carrerète (rue de la Grotte) derrière elle, la tour- porte du Baous et à l'arrière gauche, la tour de la Guigne (Garnavie).



 tour moulin Tour du moulin
Hors les murs, on peut rajouter la tour du Moulin, de l’ancien moulin comtal fortifié du Lapacca, et dont la démolition avait été prévue par la municipalité Artiganave. En aval du ruisseau du Lapacca, au pied de la Coustète, se trouve toujours cette tour du XIIIème siècle, dernier vestige d’un moulin, d’égales dimensions que celles de la tour de Guigne. Ne se visite pas.Voir le  texte dans patrimoine architectural, tours, châteaux.