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01 - la via Charlemagne

ImprimerLa Via Charlemagne ou la route de légendes  européennes en Pays des vallées des Gaves.

Lahitte    Bencus   Chateau de Lourdes

La via Charlemagne est à l’origine d’un projet touristique européen permettant, entre autres, de jumeler les chemins de Saint-Jacques aux légendes médiévales. L‘objectif : la mise en valeur du patrimoine commun européen représenté par les vestiges naturels ou bâtis ayant pour fondement l’histoire de Charlemagne de son neveu Roland et les chansons de geste, d’origine carolingienne, dont les fameuses légendes des quatre frères Aymon et de leur cheval Bayar (Baïar). Légendes connues dans toute l’Europe. La longue épopée de nos héros était au XIIIe siècle, appréciée des Jacquets (1), car elle était racontée non seulement par les trouvères et troubadours, dans les différentes cours seigneuriales d’Europe, mais aussi par tous les bateleurs de foire.


 

Cette route  de légende s’appuie sur deux facteurs essentiels : l’histoire et les légendes intimement liées. Difficile de distinguer les faits historiquement prouvés de leur légende. Cette thématique concerne aussi bien les amateurs d’histoire que les êtres portés sur le rêve et l’imaginaire. Gageons que les nombreux touristes européens sauront apprécier à leur juste valeur, cette plongée dans notre imaginaire commun, en venant dans les Pyrénées. Plongée qui facilite, non seulement la communication entre les gens des différents pays, mais aussi entre les générations.

(1)   Pèlerins de Saint-Jacques

Lavedan
En rouge, les sites concernés : Lourdes, Ourdon, le Castelloubon, Vidalos, Ayzac,Saint-Savin, Le Saugué,
Gavarnie et brèche de Roland. Plan de l’ouvrage de Lourdes à Gavarnie. J. Omnès, 2007

 

                                                             Les faits historiques locaux

Lourdes
Toute l’histoire officielle de la présence de Charlemagne dans notre région provient d’un document du XIIe siècle (1118), selon G. Marès (2), écrit par un moine irlandais, le moine Marfin et découvert au XVIIe siècle, par l’historien  Marca dans les archives paloises. Voir le document et sa traduction en annexe.
Charlemagne se rendant en Espagne pour venir en aide au cheik de Saragosse, Soliman Ben Alarabi en lutte contre son seigneur, l’émir de Cordoue, Abd Al Rahman, se serait arrêté à Lourdes, étape du piémont, avant le col du Boucharo, passage retenu par certains pour traverser les Pyrénées.
Le document raconte l’histoire légendé bien connue du siège du château de Lourdes par le roi Charles et la reddition de l’occupant, un sarrasin au nom de Mirat. Suite à un « miracle » (3) qui donna lieu à une négociation entre lui et l’évêque du Puy, ambassadeur de Charlemagne, Mirat accepta de se rendre, non pas au roi des Francs mais à la reine du Puy, la Vierge Marie. Mirat se converti et en échange garda la ville et le château appelé alors Mirambel. Le parchemin donne même plusieurs précisions, dont les trois lieux du siège : Ferragut, Hyppolite et Saint-Georges.
Or, il se trouve que ce document apocryphe est pour de nombreux érudits, un texte destiné à confirmer la vassalité la ville de Lourdes et de son château fort, au chapitre des moines du Puy.
L'objectif de Marfin était probablement de conforter l'origine authentique du « diplôme » du comte Bernard 1er, qui, en 1062, plaça l'ensemble du comté de Bigorre sous la protection de la Vierge du Puy en versant annuellement un cens aux moines du chapitre de N-D d'Anis (ancien nom de N-D du Puy). Ce diplôme ne fait nullement allusion à l'acte d'allégeance antérieur du Sarrasin Mirat. Pierre de Marca lui-même avait un doute sur l'authenticité de cette histoire de conversion.
Faut-il préciser qu’aucune trace de présence sarrasine n’a été trouvée à Lourdes et dans sa région.


(2) G. Marès, 1894. (3) En pleine famine, un aigle laisse tomber un poisson dans l’enceinte du château assiégé : origine du blason de la ville. Voir annexe II
Chateau de Lourdes
Château fort de Lourdes, vu du pont Vieux
Photo J. Omnès

Les deux principaux textes du IXe siècle qui dépeignent le Charlemagne réel, la Vita Caroli d'Éginhard et la Gesta Karoli Magni attribuée au moine de Saint-Gall Notker le Bègue, n’évoquent pas ce siège de Lourdes.

Mirat le Puy
                                           En route pour le Puy avec des bottes de foin piquées dans les lances. Carte postale.

Mais pour les tenants de l’historicité de la présence d’un Mirat (émir) arabo-berbère au lieu et place d’un comte carolingien, l’existence d’un seigneur de Lourdes, issu de l’’émir converti et à la nombreuse descendance est une pierre qu’ils n’hésitent pas à mettre dans la balance des preuves. Voir  Le seigneur de Lourdes (à compléter);

Vita Karoli Vita Karoli Photo Google

Aspin
Charles, après le siège de Lourdes serait passé par la voie traditionnelle pour accéder au col de Boucharo par Batsurguère où se trouvait son principal poste de siège à sen Yordi (Saint –Georges). Point haut à Aspin dominant la ville et à l’origine probable d’un temple romain où l’on a trouvé certains éléments de construction difficilement datable.
Sur la butte qui se présente à notre droite, après les restes d’une ancienne carrière se trouvent les fondations de la chapelle sen Yorli ou Yorly (Saint Georges). Ce podio Georgii aurait servi d’après le manuscrit du moine Marfin du XIIe siècle, à Charlemagne (avec deux autres points, à Poueyferré : podio Ferragut et à Adé : podio Yppoliti), à réaliser son hypothétique siège de Lorda. En fait, l'origine de cette chapelle n'a toujours pas été élucidée. Il peut s’agir de la christianisation d'un ancien temple romain comme d'une construction carolingienne Seule une fouille pourrait nous faire avancer dans cette recherche.
Ce qui est sûr, c'est que cette butte était déjà occupée à la protohistoire. Différents chercheurs ont noté la présence d’une forge et des traces d’un habitat  en matériaux légers (nodules de torchis, coupes, urnes  et clous)  probablement de l’âge du Fer.  Le censier de 1429, cite un enclos et un four à chaux, dont il ne reste que les fondations et quelques murs de la chapelle dont le soubassement de l’autel. Il est incontestable que de site élevé, en bordure de la route d’accès à Batsurguère, bordée par les contreforts du Béout et le gave, était un passage obligé, facile à défendre.

Aspin 1  Aspin 2
Butte de Saint-Georges (Sen Yorly) dominant le Gave et la cité de Lourdes. Photo J. Omnès

Ayzac-Ost

 Puis, Charlemagne se serait arrêté à Ayzac invité par le seigneur local.
Grâce aux monographies des instituteurs de 1887, nous apprenons l'existence à cette époque, de ruines d'un très ancien château dans le secteur :
"Sous le règne de Charlemagne, le chef qui gouvernait à Ayzac-Ost était le seigneur de Mamelon. Sa demeure, une espèce de château en rotonde, était bâtie sur une élévation dominant le village d’Ayzac. On peut encore en admirer quelques ruines. La chapelle de service du château, quoique fort délabrée est même encore debout. Lorsque Charlemagne fut de retour de son expédition d’Espagne, la race des Mamelon s’était éteinte. Le grand empereur fit don à l’abbaye de St Savin du château et de ses dépendances." Nous sommes partis sur les traces de cette présence, nous pensons que l'emplacement, dont il ne  reste que peu de bâti, se trouve à Ayzac, dans la forêt des châtaigniers centenaires.
En fait, sous Charlemagne, il devait s'agir d'une motte féodale. Il est évident que les ruines vues par notre instituteur sont bien postérieures. Jean Bourdette nous signale qu'en 1900, il existait encore une borde, un pigeonnier en ruine, de vieilles masures, un bois de haute futaie et un pré, le tout "entouré par des murailles construites avec chaux, pierre et sable."  Le presbytère, son jardin, et un verger faisaient d'après lui, partie du domaine. Le premier seigneur connu d'après Bourdette était Fort, en 1060. Actuellement, sur le site, il y a une maison appelée  par la commune, "le château" et qui possède des éléments du XVe siècle (portes et fenêtres en réemploi). C'est une propriété privée qui ne peut être visitée. Le propriétaire actuel nous informe que l'historique de la maison se trouve dans le fonds François Faure du musée basque à Bayonne.

ayzac Château d'Ayzac. Carte postale ancienne.

Vidalos

Cette tour de 18 m de haut et de 6 mètres de côté est le dernier vestige d’un château  construit en 1175, par le comte de Bigorre Centulle III (dit Centot), pour défendre la vallée, des incursions incessantes des pillards aragonais, basques ou navarrais. Mais nous pouvons sans difficulté, penser, vu le côté verrou contrôlant la vallée,  qu’il y a eu une fortification depuis les temps les plus anciens avant la construction en pierre de la fortification toujours visible. Vidalos étant un avant-poste de la marche sud du royaume carolingien face aux incursions des arabo-berbères.
Il ne faut pas oublier que nous sommes sur les terres de la villa gallo-romaine de Vitalis (5), dont la présence atteste l’ancienneté du site.

(5) Découverte en 1990 dans la propriété de M. Soutric, à l’ouest de l’église du village, de structures gallo-romaines (bassin et canal) par Jacques Omnès et Roland Coquerel. Bulletin de la SESV, 1992.

Tour de Vidalos Tour et murailles de Vidalos. Photo J. Omnès

Saint-Savin (Sen –Sabi)

Avant d’atteindre la Bila-Bencus (Villa Bencus) et son abbaye (Saint-Savin), ravagée quelques années auparavant par les sarrasins d’Abdéramane, Charlemagne aurait offert de nombreuses donations, dont les vallées du Lavedan et fait reconstruire l’abbaye des moines bénédictins (6). Malgré la Révolution, et grâce à Prosper Mérimée, l’abbatiale a pu être sauvée et restaurée. 

St Savin
                                                 L'abbatiale de Saint-Savin. Photo J. Omnès

(6) Bourdette, Annales du Labeda t1, p71-Faure 1898 4 volumes).      

Les titres et donations sont tous perdus. Mais il est communément admis  que le roi des Francs passant probablement pas loin,  par le col du Perthus ou du Somport se serait rappelé de l’importance sur les marches de son royaume de cette abbaye et de son œuvre civilisatrice et lui fit des dons.
Quant à la villa Bencus, à l’entrée du village actuel, sur son emplacement se trouve une ferme qui a conservée quelques éléments médiévaux. La maison porte encore le nom de "villa Bencus". Cette tradition semble confirmer l'hypothèse qu'elle fut construite à l'emplacement de la villa gallo-romaine qui a donné naissance au village de Saint-Savin. D'après les documents du XIIe siècle, cette villa était une exploitation agricole. Elle devait probablement se trouver là lors du passage hypothétique de Charlemagne. Les traces de tour ancienne (XIIe-XIIIe siècle) font supposer qu'elle pouvait ressembler à une ferme fortifiée.

Bencus
                                                  Villa Bencus. Photo J. Omnès

Cheust
Village situé dans la vallée du Castelloubon, fief des vicomtes du Lavedan, vassaux des comtes de Bigorre aurait été édifié d’après Michel Chéoux (7) par un « capitaine » de l’armée de Charlemagne nommé Chéous venant d’Austrasie (Wallonie) et originaire de Chéoux, dont seraient issus également les membres de la famille de M. Chéoux. Ses hommes auraient édifié la tour d’observation de Hiéous au pic d’Alian, dont il ne reste rien, mais qui aurait été mentionnée dans une bulle papale de 1050.
(7) nom du livre de Mr Chéoux : L’énigme, l’enquête.

 
Gavarnie
Il n’existe aucune trace du passage de Charlemagne et de son armée par le col de Boucharo, situé à l’ouest du célèbre cirque. Mais ce passage pour atteindre l’Aragon par la vallée du Broto et Pampelune semble pour certains érudits une évidence pour d’autres une possibilité. Pour Jean Bourdette dans ses annales (tome 1, p. 71) : « Le souvenir de son passage et des preux qui l’accompagnent est conservé dans nos montagnes par cette tradition populaire dont le fondement n’est jamais sans vérité, mais, que souvent  le merveilleux altère, à mesure que s’éloigne les siècles où elle a pris naissance. »
L‘ordre des Hospitaliers n’était pas encore installé, mais il est probable qu’à ce site proche de la frontière naturelle, en marge du royaume franc, face aux invasions du Sud, il y avait un poste militaire.


Gavarnie

                                                                    En route vers l'Espagne.



                                                      Les légendes

L’un des objectifs des « inventeurs » de la Via Baïar-Charlemagne, en plus des lieux historiques précités, est de faire découvrir, par des circuits,  les points visuels de ces légendes médiévales qui connurent de nombreuses versions et de nombreux avatars : les Quatre frères Aymon, Renaud de Montauban (le frère qui tua Bertholet), Maugis d’Aigremont, la mort de Maugis, Vivien de Mombrac… La plus connue et qui concerne notre région est celle des quatre frères Aymon avec son point d’orgue, leur ennemi Roland, le neveu de Charlemagne.
L’évocation d'un chevalier franc, Roland, devenu héros aquitain a été d'une importance capitale pour les pèlerins sur la route de Saint-Jacques. La très populaire chanson de geste qui a été son creuset, a alimenté durant des siècles, l'ardeur des marcheurs vers la Galice, transformant l'épée Durandal du héros, en croix divine prête à affronter tous les dangers.
Les Pyrénées et le Lavedan en particulier, ont été depuis l’époque médiévale, le théâtre de combats gigantesques entre Roland le Bon souvent représenté comme un géant, et le Diable. Les pèlerins se sentaient protégés par la présence des lieux sauvages.
La « vulnérabilité du chemin » a multiplié les récits et les mythes où Roland, ce « civilisateur des Pyrénées » décrit par Robert Borie (1), dans le archives du Montaigu.  Ses différents passages se sont matérialisés dans la pierre par ses pas, ceux des sabots de son cheval et même par sa main. Et ses passages ont été véhiculés par les légendes carolingiennes.
(1) d'Orincles, fin connaisseur de l'épopée de Roland.

                                 La plus célèbre des légendes celle des quatre frères Aymon :
article légendes
                                                            Dossier sur les légendes médiévales.

La légende des quatre frères Aymon
C’est la légende médiévale la plus populaire chantée par les trouvères et les troubadours, à travers les duchés et comtés de la France au XIIe siècle. Aussi, et même plus connue, que la chanson de geste de Roland de la même époque, elle subit de nombreuses variantes selon les régions et est à l’origine de plusieurs textes, dont la chanson de Renaud de Montauban et plus tard celle de Maugis d’Aigremont (XIIIe siècle). C’est dans la région Champagne-Ardenne qu’elle était et est la plus vivante, du fait de l’origine du cheval- fée. Bien que né d’une serpente et d’un dragon, c’était un cheval de trait Ardennais (6). Avec une telle monture, les frères franchissaient montagnes et cours d’eau, afin d’échapper aux colères de l’empereur Charlemagne. Délivré par l’enchanteur Maugis, d’une île volcanique, au nord de la Sicile et plus tard des eaux du Rhin (ou de la Meuse) où l’empereur l’avait précipité, une meule au cou, il enchaînait prouesse sur prouesse. Rien ne l’arrêtait et ses coups de sabots abattaient tout rocher, toute muraille qui s’opposait à lui. D’où le nombre de lieux, au nom évocateur de pas de Baïar.
C’est ainsi, que partie des Ardennes, la fratrie, après de nombreuses péripéties, se retrouva dans les Pyrénées, poursuivie par les hommes de Charlemagne, dont Roland qui voulaient aussi s’approprier du cheval magique. Ils laissèrent dans notre région quelques traces de leur passage. Mais en Pyrénées, c'est surtout Roland qui chevauche le cheval des frères Aymon (prêt par ces derniers à leur principal ennemi ?) et les traces imaginaires de sabot ou de pied sont en Bigorre, appelées pas de Roland.
Le succès populaire vient probablement du fait que dans cette légende, ce n’est pas l’empereur qui a le beau rôle. Son côté subversif plaisait au peuple.

(6) Son orthographe varie en fonction des lieux. Le nom vient de la couleur de sa robe  baie.
Les différents passages dans notre régionen partant de Bagnères (voie jacquaire du Piémont) se sont manifestés successivement à :

                                                                                   LE CASTELLOUBON                                    Le Castelloubon

 Arrodets  
 

Ici, en Castelloubon,  il s'agit d'un « bénitier de Roland », petite cavité due à l’épée du héros ou au sabot de son cheval, dans les environs d’Arrodets, au Malh Ségnadé (rocher où l'on se signe). C'est sur le chemin qui rejoint Arrodets au château des Angles. Le « bénitier » où suintent l’eau de la montagne et la rosée du matin, symbolisait pour les premiers pèlerins, la sacralité des lieux de mythes médiévaux où le drame originel de l’humanité est pris entre le bien et le mal, le paradis de Dieu et les ténèbres du diable. D'après Robert Borie (1), selon que l’on abordait ce « bénitier » par le côté droit ou le côté gauche, on vénérait Dieu ou on conjurait le mauvais sort. Et il continue :  "Roland, le bon géant, aurait empilé le rocher-bénitier et ouvert le passage là où évidemment Satan avait mis ses embûches. Toute la zone des collines en avant du massif du Montaigu a été le théâtre d’un affrontement gigantesque entre Roland et le Diable. Celui-ci, est devenu le diable chrétien qui a hanté toutes les nuits et parfois les journées des anciens chemins de la baronnie des Angles et du Marquisat. Comme Roland vient lui-même d’un héros premier de l’ère des Titans, époque où le monde était encore livré au chaos, on est ici dans cette tradition qui est restée, à peine avouée désormais, mais toutefois christianisée par la religiosité populaire, devant le cas le plus évident d’un syncrétisme pyrénéen." Robert Borie (2) .

Chemin Espélugue  Bénitier
Chemin de l'Espélugue (3), ancien chemin d'Arrodets à Lourdes, via les Angles

La main dans le bé   CIMG9543
Main dans le bénitier. Un grand combat entre Roland le Bon et Satan a ouvert le chemin.
Bénitier 2 Le bénitier de Roland. Photos J. Omnès

(1) Grand connaisseur des lieux légendaires locaux ayant un rapport avec Roland
(2) Archives du Montaigu
(3) Une grotte ou un abri sous roche se trouve en contrebas  de la crête, semble t'il, au niveau du bénitier, d'après Robert Borie.

Arrayou-Lahitte
 Le pas de Roland. Une  empreinte, celle d’un pas d‘homme, cette fois, se trouve au sud de la commune d'Arrayou-Lahitte, au lieu-dit Sarrat. (Monographie des instituteurs de1887). Après Lahitte, faire 2km environ après plusieurs tournants, c'est à droite, en contrebas d'un petit pavillon isolé (Réservoir d'eau), c'est sur la pente d'un champ ; en bas sur la gauche, on aperçoit une citerne verte. Cette empreinte de pied aurait  été laissée par Roland, soit en descendant de cheval soit en se battant contre le diable. D'après l(inventaire du CPIE, la pierre aurait marqué la limite d'un ancien territoire.

Pied de Roland    Pied de Roland
Nous faisons tous les deux du 42 !

 
Montaigu
Le cheval de Baïar à Montaigu où se trouverait l'empreinte de ses quatre sabots qui aurait ouvert le passage du chemin. D'après Robert Borie dans ses archives du Montaigu,  une empreinte des quatre sabots du cheval, sur une pierre légendaire se trouverait au sud de Germs-sur-l'Oussouet. Après avoir passé les  sources Sourdès et le col de la Courtade, à la côte 1530 m sur le plan IGN 1747 ET, il faut descendre  près du ruisseau Toulàn qui serait une déformation de Rulàn.

Montaigu Passage dans le chemin. Cliché Robert Borie
pas de Roland Montaigu Traces des sabots du cheval de Roland. Cliché Robert Borie.

Astugue
Rocher conique avec trou  dans une ancienne châtaigneraie pentue,  au bas duquel se trouve le pas du cheval de Roland qui a fait un bon du Montaigu. Le trou servait probablement pour y planter qq chose : un bâton, une croix ? Une source se trouvait dessous, elle a disparue, mais alimente le ruisseau Mounic (surnom du Diable: celui qui grimace). Le rocher était recouvert de mousse, enlevé depuis peu avec le bouchon de terre du trou, par Robert Borie.


Astugue Cliché Guy Trousselle

Ourdon
On peut noter la présence, d'après le maire du village, d’une "pierre de Roland-- Peyre de Rolan, visible sur les hauteurs du village, sur le chemin pastoral. Plan IGN 1646E. Prendre le chemin du Soum de Fremou qui va à Ousté et sur la crète, tourner à gauche vers le turon du Lac (995 m). Comptez 1h 15 de montée.
Son originalité d'après Monsieur le maire c'est qu 'elle aurait été fendue par l'épée de Roland. Effectivement une hideuse barre de fer a été plantée dans la fissure (sans panneau explicatif) probablement pour rappeler ce fait légendaire. Or,  d'après Robert Borie, les traces du sabot du cheval de Roland se trouvent justement sous le creux visible. Le cheval qui venant de Montaigu, aurait pris un tel élan pour arriver au Pibeste qu' il a fait rouler la pierre. (Courriel du 1er mai 2015 )


Ourdon Ourdon 4
La" pierre de Roland" se trouve tout en haut dans le creux, sur un chemin de crête. Photos J. Omnès
,
Ourdon 1 Ourdon 2
                                                                         Vue du chemin de crête; le village est en bas. Photo J. Omnès

Ourdon Rolan  Les empreintes sont dessous. Photo J. Omnès

Saint-Créac
Le mail d'Ally (Ailli)  ou peyre de Rolan. Rocher à légende, à la frontière de trois communes : Saint Créac, Berberust-Lias et Ousté, évoqué par J-L Laplagne dans le blog Les Esprits libres, il. y a deux cent ans, l'arpenteur du cadastre se penche sur ce rocher précis, bien pratique pour borner le territoire des trois communes par triangulation. Les gens du pays l'ont appelé Peyre de Rolan. Il reporte sur son plan, mais son collègue aux écritures le renommera Pierre d'Arrolan. 

Lors de la création de la commission pastorale au Mail d'Ally (Ailli), les éleveurs entreprennent de le clôturer pour y faire pacager les bêtes. Quand il fait chaud des  brebis ont pris l'habitude de se réfugier à l'ombre de la pierre, d'où les traces de peinture bleue , diluée par leur suint et leur sueur qui se sont  déposées sur la partie protectrice.


peyre Ousté Mail dAlli
Clichés J-L Laplagne


Mail DAlly


                                     PAYS DE LOURDES  D'ARGELES ET DE LUZ

 Lourdes

A l'étang de l'You se trouvaient imprimés dans le sol, les genoux de Roland. (Recherche de documents). Depuis l'assèchement du plan d'eau et la réalisation des jardins toutes traces antérieures ont disparues.


Adé

Une pierre dite de Roland porterait les empreintes des sabots de son cheval. Elle se trouve au fond du val de l'Atouret sur le ruisseau, le Mouret. (Il parait que ce ruisseau aurait charrié les cadavres de la bataille de la lande Mourine, au sud de l'aéroport).
Pour y accéder, pénétrer dans la forêt du Mouret, à la barrière de la zone de chasse, descendre jusqu'au pavillon des chasseurs ; laisser là la voiture. Revenir à pied en arrière, au second chemin à gauche, suivre le ruisseau rive droite, à 20 minutes on rencontre au milieu de l'eau plusieurs rochers dont l'un est marqué des sabots du cheval légendaire. En face, sur le côté droit, sur la hauteur dans les buissons se distingue la grotte d'où le cheval aurait sauté. Cette grotte a servi d'abri aux maquisards pendant la dernière guerre.


Adé Roland 3 Adé Roland 4

Adé Roland 2 Le rocher d'où a sauté le cheval de Roland. Photos J. Omnès
Agos

Le caillou de l'Aouzéro
C'est une pierre qui  se trouve dans la faille de l'Aouzéro, derrière la gare inférieure du Pibeste. Ce rocher appelé rocher de Roland, aurait servi à notre héros pour se défendre et tuer l'un de ses ennemis, seigneur local. Il serra si fort la pierre que les empreintes de ses cinq doigts y sont gravés pour toujours. Bulletin de la société académique des H-P, 1858. Instituteur Beauxis. Un des locaux interrogé m'affirmait lui, que cette pierre avait été envoyée par les voisins d'en face (de Geu) en guise de représailles (?).

 Esquièze-Sère
Les traces les plus marquantes de ces aventures se trouvent à Esquièze. Dans ce village a été  exécutée durant des siècles une danse dite du Baïar ou Bayar. Elle retrace les prouesses du cheval qui, cette fois est monté par Roland devenu l’allié des quatre frères Aymon (dans cette région). Mais parfois aussi par Renaud. Ils délivrent une belle captive, fille d’un seigneur local, des griffes d‘un sarrasin (7). Dans la danse, le cavalier et le cheval ne font qu’un, comme dans les danses souletines  avec l’homme- cheval-jupon ou Zamalzain. Voir l’histoire et les détails de la danse en annexe I

(7) Initialement, c'était la fille d’un villageois enlevée par le seigneur local.

Cheval Esquièze Tête du cheval de la danse Baïar à la mairie d'Esquièze. Photo J. Omnès

Plateau du Saugué
Sur le  plateau de Saugué proche, se trouve une  trace du pas de Roland. Dans les légendes locales, Roland laisse ses propres empreintes ou celle de son cheval. Les légendes de Baïar et de Roland s'interpénètrent. Ces traces s’appellent indifféremment qu'elles soient celle du pas ou du sabot " pas de Roland."

Pas de Roland 1

Pas de Roland 2 Pas de Roland et Madame Chourré. Photo Chourré

Chaos de Coumély
Un autre pas de Roland, en fait le sabot de son  cheval est visible au chaos de Coumely près de Gèdre.

Coumély 1Coumély 2
Pas de Roland à Coumély à la via ferrata, le rocher, à droite du pont.  Photos J. Omnès

D'après la légende rapportée par les guides Joanne, le cheval Baïar (Bayard) aurait fait un saut de 4 lieues à partir du Marboré.

 
Brèche de Roland

Ce sommet du cirque de Gavarnie bien connu est appelée ainsi depuis la Renaissance par des érudits ayant lu le Roland Furieux (Orlando Furioso) de l’Arioste. Ce dernier ne faisait que reprendre la célèbre chanson de geste du XIIe siècle : la chanson de Roland. Celle-ci a été inspirée par l’histoire réelle de Roncevaux du moine Eginhard (829-836). Ces érudits imaginèrent que notre héros (Roland) avait réalisé cette ouverture béante entre les deux parties de la montagne avec son épée Durandal. Voulant la briser, afin  qu'elle ne soit pas prise par les Sarrasins qui le poursuivaient, il la jeta contre la montagne et c’est la montagne qui se brisa. Ce qui lui permis cependant d'un bond de son cheval fée, de  sauter par-dessus la montagne et "atterrir" au chaos de Coumély où il reste encore une trace d'un sabot.  Dans la version donnée par Marie-Germain Noguès, procureur du roi au XVIIIe siècle, Roland blessé venant d'Espagne et poursuivi par les Sarrasins trouvant la montagne trop haute la cassa d'un coup de sabre pour pouvoir passer par l'ouverture et de conclure :" son cheval ayant pris l'élan, l'avait porté d'un trait sur un gros rocher que l'on voit près de l'église, sur lequel, ajoute-on, on reconnait les traces du fer à cheval".

 
450px-La breche de roland 2  
Cliché de Jens Buurgaard Nielsen, Wikimedia.

Même le long de l'autre chemin jacquaire, celui du Val d'Azun, nous avons des traces de l'influence de Roland sur les esprits locaux. Face au lac du Tech :

Cailhoù agusadé (Tech).
Le rocher où l'on aiguise (les faux et couteaux). Plan IGN 1647 OT. En montant  sur la droite face au lac, le premier chemin en direction des cabanes de Bouleste, à une heure de marche, pas loin d'un point d'eau, se trouve au bord du chemin, une grosse pierre dans le  replat, là où les vaches ont l'habitude de se regrouper. (à compléter).

                                                                               PAYS DE SAINT-PE

Saint-Pé

Le village abritait un musée d'objets d'art et de tradition populaire créé par M. Mengelle. Depuis 2014, il est fermé et les collections ont été dispersées. Parmi les objets hétéroclites il yaurait eu une roue appelée localement roue de Roland et qui aurait été une roue d'un char carolingien. D'après le collectionneur, il s'agirait d'un char de l'expédition de Charlemagne à son retour d'Espagne. Sans explication, le CPIE dans son inventaire de 1999-2000 affirme :" Son authenticité ne ferait aucun doute" Le conditionnel impose le doute...

Prolongement en Béarn...
                                       
Fontaine Fontaine 2
Fontaine -source de Roland à Sus au N-O d'Oloron-Sainte-Marie  Photo Topoguide64.

Ces empreintes du passage de Roland »  ont un petit frère en Pays basque, près de Roncevaux, à Itxasou, où le même Roland  fit également une brèche, prolongent en Béarn avec la fontaine de Roland et en Aragon avec el salto de Roldan qui encadre la gorge du rio Flumen, au-dessus de la plaine de Huesca.
 
                                ANNEXE I LA LEGENDE DE BAIAR ET SES AVATARS DANS LES PYRENEES

La danse du Baïar est l’une des émanations de la fameuse légende du cheval-fée Baïar et des quatre frères Aymon. Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bayard_(cheval

Son impact dans les Pyrénées
C’est sous la forme d’une danse que cette légende a été revisitée dans les Pyrénées, point de passage obligé vers Compostelle : la danse du Baïar. Le cheval-fée et ses quatre cavaliers  ont été transformés en homme-cheval, appelé en Pays basque, zamaltzain. Mais ses prouesses ne sont plus tournées contre l’empereur à la barbe fleurie pourtant, pilleur de Pampelune, mais contre les Maures (Sarrasins). Ces derniers, toujours présents dans la région, n’hésitaient pas à faire des incursions (razzias) et de voler femmes et bétail. Et dans une région où passaient nombre de Jacquets, la lutte contre l’infidèle leur donnait du courage. Dans la danse, l’homme-cheval que certains souletins associent au roi Sanxto, défend le village avec les siens, contre les envahisseurs et va délivrer une belle captive aux mains des « méchants ». Des méchants, car au cours des siècles, l’identité de ceux-ci évolue, d’infidèles, ils deviennent bohémiens, puis simplement étrangers. Mais les protagonistes gardent toujours les mêmes couleurs de vêtement : noire pour les méchants et rouge pour les bons, défenseurs du village. Cette danse ou « mascarade » a toujours un grand succès populaire en Soule et en Guipúzcoa. Mais, de nos jours, sous forme de simple divertissement.

Et en Lavedan 
Transposé en Lavedan, au village d’Esquièze, la présentation a subi nombre de modifications au cours des siècles. Il ne s’agit plus de luttes vives entre deux factions, mais d’un rite silencieux, grave, fait de mouvements synchronisés. Sont présents dans cette légende, un seigneur local du château Sainte-Marie, et un roi maure qui vient enlever une belle princesse, la fille du seigneur. Les chorégraphies ont sans cesse évolué du fait, surtout, de l'origine inconnue et mystérieuse de son introduction à Esquièze.
Le seigneur entraîne le village à aller la délivrer. Le roi maure capturé s'enfuit trois fois, trois fois il est repris.  Le déroulement se divise en deux parties : le passa carrèra, ou passe-rue  (défilé sur une seule ligne) qui parfois descend du fort Sainte-Marie et le Gabaret. Le cortège silencieux du passa carrèra arrive devant la maison d'un notable disposé à offrir des rafraîchissements, devant la mairie puis d'autres demeures. Les tableaux qui s'ensuivent représentent les conciliabules entre le seigneur du village et le roi maure capturé. Les deux protagonistes et la belle sont assis sur une chaise, la troupe les entoure à l'arrière.  En fait, la belle est amoureuse de son beau ravisseur et tout se termine par un mariage.
Le costume est  différent de celui des danseurs basques ou souletins. La « croze » couvre-chef du Baïar souletin ou Zamaltzain est composée de plumes et de verroterie.
D’après le site de L’Adouréenne qui a cette danse à son programme :
« Le costume des danseurs se compose de bas blancs, de sandales ou de gros souliers selon le temps et d'un jupon de calamandre, étoffe fabriquée dans le pays en coton blanc à rayures de coton rouge, d'un châle de soie ancienne posé en écharpe, d'une large ceinture de soie, d'une chemise blanche toute couverte de nœuds de rubans multicolores : aux poignets, aux coudes, aux épaules, au cou. Enfin, sur la tête une sorte de diadème (croze) formé de deux bandes d'écorces de tilleul, l'une posée comme une couronne sur les cheveux et l'autre placée debout comme un arceau sur le premier, toutes deux entièrement couvertes de nœuds de rubans multicolores pour les danseurs et jaunes d'or pour la croze de Baïar qui est en plus surmontée d'un bouquet".

Costume 2 Costume 1 Lhomme cheval

costumes et zamaltzain
Costume 3  Costume 5
Robes et croze musée pyrénéen. Photos J. Omnès

Les instruments de musique comme en Pays Basque se limitent à deux, la flûte à trois trous et le tambourin. Parfois a été rajouté curieusement, l'accordéon en 1909 et 1942.

écrit le Bondider
Description du vêtement par Madame Le Bondidier. Château de Lourdes. Photo J. Omnès

Description du costume recueilli par Madame Le Bondidier. Ici Bayar est devenu Ben Yar. Aucune explication de cette danse n'est donnée par le musée du château fort de Lourdes. Mais le terme de Ben Yar pour l'homme-cheval nécessite quelques explications. Il y a en effet, du fait de l'origine incertaine de la danse, nombre de confusions et d'amalgames autour du nom Baiar ou Baïart. Tantôt il est assimilé au cheval Baïar des 4 frères Aymon, tantôt à celui de Roland, neveu de Charlemagne, qui pourtant s'appelait Veillantif. Mais, parfois, il désignait le roi maure lui-même, sous le nom de Ben Yar.
Cette danse-rite, en principe, était exécutée tous les sept ans. Elle été présentée en 1856, devant Napoléon III, à Saint-Sauveur. Puis elle a été exécutée à des dates diverses : 1895, 1909, 1923, 1942... Un film a été réalisé en 1942, Pyrénées, terre de légendes, par Jean Lods avec la voix de Jacques Dufilho. En introduction, l'œuvre présente le village, puis la légende et se termine par la danse.
Ci -dessous photo de la troupe d'Esquièze du film de 1942.

danseurs
Troupe de la danse du Baïar 1942. Coll. Particulière. Photo J. Omnès
 
En 1956, le ministère de la culture, dans une série d’ethnomusicologie a réalisé un certain nombre de photos sur les  différents intervenants et la réalisation des quelques instruments de musique.

passa carreta  Adouréenne à Tarbes (Jardins Massey). Photo Adouréenne.


Monsieur Henri Laffont de la Société d'études des sept vallées a réalisé pour le bulletin de l'association, une étude complète sur la légende et la danse avec de nombreuses photos. Bulletin de 2009. Nous tenons à le remercier pour le contenu  DVD (films) qu'il a bien voulu nous offrir.
                              
                                                                                    ANNEXE II
                                                                            LE TEXTE DE MARFIN
Traduit par Bascle de la Grèze
« Dans ce temps-là, Charlemagne, Roi des Français et Empereur Romain, s’était emparé de la cité et de tout le comté de Horra [Bigorra], excepté du château de Mirambel. Depuis longtemps il tenait assiégé sur trois points différents du côté de Ferragut, du côté d’Hyppolite et de celui de Saint Georges, Mirat seigneur de Mirambel avait été sommé de se rendre et de devenir chevalier de Charlemagne, après avoir reçu le baptême ; mais il répondit, que tant qu’il aurait la possibilité de se défendre un seul jour, jamais il ne consentirait à se soumettre à un mortel quelconque. C’est pourquoi, le roi fatigué de ses ennuis d’un long siège songeait à se retirer. Mais Sainte-Marie, mère de Dieu, Notre-Dame du Puy en Velay, invoquée par d’humbles prières, opéra un miracle de la grâce. Un aigle saisissant dans ses serres un énorme poisson du lac, l’avait déposé intact sur une des parties élevées du château qui conserve aujourd’hui me nom de « pierre de l’aigle ». Le commandant étonné, se hâta de l’envoyer à Charlemagne en lui faisant dire qu’il se trompait fort s’il espérait je réduire par la famine, tant que son vivier lui fournirait de si beaux poissons. Le roi fut tout à fait déconcerté.
Mais l’évêque du Puy, devinant la vérité, rassura Charlemagne et lui dit : « Prince, la Mère de Dieu, Sainte-Marie du Puy, commence à opérer merveilleusement, et le Roi répondit : « Qu’il en soit ainsi !» Et alors l’évêque comme bon serviteur et ambassadeur de ladite Dame Sainte-Marie, s’en vint trouver Mirat, et entr’autres paroles lui adressa celle-ci : « Mirat puisque tu ne veux pas te rendre à Charles le Grand, le mortel le plus illustre de l’univers, puisque tu ne veux pas reconnaître un maître, reconnais au moins une maîtresse, rends-toi à la plus noble dame qui fut jamais, la Mère de Dieu, Sainte-Marie du Puy. Je suis son serviteur, deviens son chevalier. »
A ces mots, Mirat, déjà éclairé d’en haut par un rayon de la grâce, lui dit : « Je rends les armes et je me livre avec tout ce qui m’appartient à la Mère du Seigneur, à Sainte-Marie du Puy ; je consens en son honneur à me faire chrétien et devenir son chevalier ; mais j’entends m’engager librement et je veux que mon comté ne relève jamais que d’elle seule, soit pour moi, soit pour mes descendants. L’Evêque, diplomate per excellence, prit dans ses mains une pognée du foin du pré sur lequel il se trouvait dans ce moment avec Mirat, et ajouta : «  Ne veux-tu rien accorder en signe d’hommage à la Mère de Dieu ? Offre-lui au moins ces brins d’herbe pour montrer que tu deviens son vassal. »
Mirat répondit : « Je n’ai pas de conseil à prendre de toi : j’accorderai ce que je voudrai. »
« Il en sera ainsi » répliqua l’évêque.
Et alors celui-ci revenant auprès de Charlemagne lui demanda ce qu’il lui plairait de faire. Le Roi, ayant réuni tout son conseil, fit cette réponse : «  Il me plaît que tout hommage soit rendu à Notre-Dame du Puy, et j’accorde qu’il en soit ainsi. »Et l’évêque alla rejoindre Mirat. Les conventions furent arrêtées comme il a été dit avec l’approbation du Roi.
Mirat et tous ses soldats, mettant des guirlandes de foin au fer de leurs lances en signe de soumission de la place, se rendirent au pied de Sainte-Marie du Puy et firent litière de ce foin en l’honneur de la Mère de Dieu.
Mirat obtint le titre de chevalier pour lui et se ses enfants. Il reçut en baptême le nom de Lorus : tous ses biens lui furent remis : il reprit possession de Mirambel.
Suivant l’usage des gentilshommes, il donna son nom au château, qui depuis lors, s’appelle Lordum.
Ceci eut lieu en 778.
C’est ainsi que l’histoire légendée servit bien plus tard, à la réalisation du blason de la ville.

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Texte revisité
L'ouvrage "Merveilles de Lourdes" des Sanctuaires de la ville a revisité le texte. Cela monte l’importance qu’attache l’Eglise à ce document malgré le doute sur l’authenticité sur le plan historique. Ici Marfin curieusement est contemporain de l’évêque Turpin, mais la description plus poétique de l’évènement est malgré tout proche du texte du moine.

Le Sarrasin et La Reine du Ciel
« Turpin, l’évêque du Puy-en-Velay, aumônier de Charlemagne, et le moine Marfin, émaillent d’interminables conversations les langueurs de l’été 778, au monastère de Lavedan. _ Ce que je m’apprête à te raconter, frère Marfin, tu n’es pas obligé de le croire. Mais je t’en prie, écoute-moi avec ton cœur et ta foi. L’évêque marque une pause.
_La citadelle de Mirambel est un édifice extraordinaire. Ses constructeurs furent divinement inspirés, tant l’habileté et l’intelligence avec lesquelles ils la conçurent en font une place stratégique quasi imprenable. Grâce à elle, un simple prince, Mirat le Sarrasin, a pu résister pendant des mois aux terribles assauts de la puissante armée de Charlemagne dont je faisais partie. Vraiment, Marfin, ce siège semblait durer depuis toujours. Et si l’imposante roche rendait impossible la sape des fondations, les ressorts et les cordes des balistes, eux, fonctionnaient à plein, lançant pierres, poutres et charognes par-dessus les épaisses murailles. Mais aucun instrument de guerre ne venait à bout de ses puissantes fortifications. Or, ce prince sarrasin n’était probablement pas le mécréant que l’on imaginait : un homme capable de repousser les limites du supportable, d’obtenir le soutien indéfectible des siens, de leur inspirer la force et le courage de combattre à un contre dix….le penses-tu si éloigné de Dieu ?
_Certes, l’homme a de l’étoffe. De là à en faire un homme de foi, non, je ne crois pas, répond Marfin les sourcils arqués par le scepticisme. Pourquoi n’a-t-il pas prêté allégeance à Charles le Grand ? Pourquoi laisser obstinément flotter son étendard et infliger aux siens les affres de son orgueil ?
_Je pensais comme toi, jusqu’à ce qu’un événement assez singulier auquel j’ai pu assister, vienne ébranler mes certitudes.
Marfin, ayant eu vent dudit incident, contemple l’évêque avec un air dubitatif.
_Qu’un aigle majestueux survole la forteresse et dépose un saumon encore vif aux pieds de cet infidèle, n’est-il pas un fait troublant ? reprend Turpin. Quand Mirat le ramasse, son attention se porte instinctivement vers l’origine du présent. Cherche-t-il une trace de l’aigle si généreux ? Non, son regard est immobile. Il fixe le ciel. Un indicible sourire se dessine sur son visage. Du haut des remparts, il regarde la tente de notre auguste roi et crie : " Comment quitter les largesses de cette terre ? Autour de moi, je ne vois que profusion et fertilité. Ce saumon est magnifique ! Mais ce n’est qu’un parmi des centaines. Prenez-le, la nature semble moins charitable avec vous !" Et il jette le poisson en notre direction.
Pour les soldats Francs, atteints dans leur chair, las d’un siège sans fin, c’est le coup de grâce. Chez notre roi aussi le doute commence à germer. Tous songent à reculer.
C’est à ce moment précis que je décidai d’aller vers ce Mirat qui prétendait posséder abondance et force. Plusieurs détails, imperceptibles pour mes compagnons, m’autorisaient à croire en la présence de Dieu à l’intérieur de ces fortifications. Je n’aurais qu’à parler, et Dieu ferait le reste. J’en étais convaincu.
Je demandai alors à notre roi de me laisser tenter une ultime manœuvre. Les échecs successifs et l’insupportable idée de la retraite suffirent à le persuader. J’entrai bientôt seul à la rencontre de ce prince sarrasin.
Devant le délabrement de ses troupes, affamées, épuisées, malades, je compris que je ne ressortirais de là vivant que si mon intuition était juste, car jamais Mirat ne me laisserait révéler sa faiblesse à l’extérieur de son camp.
Il m’attendait.
"Prince Mirat, tout comme mon roi, j’admire le courage et la loyauté que tu inspires à tes hommes. Tu as prévenu que jamais tu ne te soumettrais à un mortel, quel qu’il soit, et tu as tenu parole. Je ne viens donc pas m’entretenir de cela, mais te parler du hasard. Ce matin, un aigle a déposé à tes pieds un superbe saumon…"
Mirat, étrangement serein, me coupa la parole : " C’est exact. Je n’y ai pourtant pas vu de hasard. j’y ai vu un signe. Cet aigle, dont les serres laissent échapper un si beau saumon…Les saumons remontent les cours d’eau pour perpétuer leur race et meurent peu de temps après. Pourquoi ne restent-ils pas en pleine mer. L’espace de liberté est infini, la nourriture abondante…C’est comme si le point central, le sens de toute leur existence se situait là : souffrir en allant à contre-courant, et enfin donner la vie. Nous souffrons tous ici, mais à quoi pourrions-nous donner naissance qui surpasse le simple fait d’exister ? Le sais-tu ?"
"Oui, répondis-je. A une cité libérée de tout fief terrestre, une cité ne relevant que de la plus noble Dame qui fût : Sainte Marie du Puy, Mère de Dieu, à laquelle même Charlemagne, le plus illustre des mortels, se soumet. Deviens son chevalier et offre au pays de Bigorre la plus glorieuse et la plus juste des gouvernances. L’histoire se souviendra de toi comme du fondateur d’une cité divine, n’appartenant qu’à la Reine du Ciel."
Pour la seconde fois de ce jour extraordinaire, Mirat sourit.
La suite, tu la connais, frère Marfin. Mirat, baptisé, s’appelle aujourd’hui Lorus. La cité, théâtre de cet authentique miracle, portera bientôt son nom, Lourdes, et deviendra le fief céleste et exclusif de la Vierge Marie, sainte Mère de Dieu pour toujours. »

                                                                                     ANNEXE III
                                                              LA VIA CHARLEMAGNE EN EUROPE


Carte Via C